Brian Topp s'avance dans des eaux que plusieurs politiciens préfèrent éviter en n'excluant pas la réouverture du débat constitutionnel au pays. Il ne mâche pas ses mots non plus quant à la politique fiscale qu'il souhaite défendre, qui inclurait non seulement des hausses d'impôts pour les grandes entreprises, mais aussi pour les Canadiens les plus riches.

Fannie Olivier LA PRESSE CANADIENNE

En entretien exclusif à La Presse Canadienne, le candidat à la direction du Nouveau Parti démocratique (NPD) a fait valoir qu'il restait «du travail à faire sur la structure de la fédération» canadienne. Il croit cependant qu'il faudra s'assurer que «les conditions gagnantes» soient réunies avant de tenter de ramener le Québec dans la Constitution.

«Ce n'est pas un dossier mort», a-t-il souligné en entrevue.

«Mais ce n'est pas un dossier dans lequel on veut mettre notre orteil avant qu'on sache que ça va marcher», a-t-il conclu.

Brian Topp est considéré par plusieurs comme le candidat à la succession de Jack Layton qui part avec une longueur d'avance dans la course. Non seulement a-t-il l'appui de gros noms comme celui de l'ancien chef Ed Broadbent, mais il possède une fine connaissance des rouages du parti, ayant été son président jusqu'à tout récemment.

S'il n'a pas élaboré sur la teneur de ces «conditions gagnantes» qui pourraient permettre au Québec d'adhérer à la Constitution du pays, il veut s'assurer qu'Ottawa ne répétera pas les mêmes erreurs que pour l'Accord du lac Meech ou celui de Charlottetown. «Parce que la prochaine fois qu'on ouvre cette boîte, il faut que ça marche.»

Pas moins de 59 des 75 sièges du Québec à la Chambre des communes sont actuellement détenus par des députés néo-démocrates, un résultat qui a fait extrêmement mal au Bloc québécois. Brian Topp n'est pas prêt à enterrer le mouvement souverainiste, mais il ne croit pas qu'il soit en grande forme.

«Nous allons toujours avoir des compatriotes qui croient que le Québec devrait être souverain», a-t-il avancé. «Mais je pense que cette opinion est une minorité dans notre société, l'a toujours été et l'est toujours.»

Selon le candidat, les Québécois ont compris lors des dernières élections qu'il y avait de l'espoir pour en finir «avec les vieilles querelles entre les rouges et les bleus sur des questions symboliques».

Brian Topp est né à Longueuil et a étudié à Montréal, à l'Université McGill. Dans les années 1990, il a été chef de cabinet du premier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow. Proche de Jack Layton, il a oeuvré à titre de directeur de campagne du NPD pour les élections de 2006 et de 2008. Il était aux côtés de Jack Layton lorsque ce dernier a rédigé, quelques jours avant de mourir, sa lettre aux Canadiens.

Taxes et impôts

Brian Topp ne croit pas une seconde qu'il faudra que son parti se range un peu plus vers la droite pour espérer battre les conservateurs aux prochaines élections générales. Qui plus est, il avance même que les impôts sont trop bas pour les riches du pays.

«Je pense que de viser à obtenir les impôts corporatifs les plus bas du monde industrialisé est irresponsable», a-t-il tranché en entrevue. L'abaissement du taux d'imposition des entreprises effectué par Stephen Harper constitue à son avis «une dépense de l'argent du public grossièrement inefficace».

Et même les particuliers les plus riches devraient faire davantage leur part, selon lui.

«Je pense que les dépenses fiscales dirigées vers les particuliers à haut revenu sont une autre priorité inappropriée», a signalé M. Topp. Ces gens n'ont pas besoin de l'aide du gouvernement, a-t-il ajouté.

Il a affirmé à La Presse Canadienne être sur le point de mettre la «touche finale» sur les positions politiques qu'il entend prendre et annoncer en détails dans les prochaines semaines. Il a refusé d'avancer des chiffres précis sur les hausses d'impôts qu'il aimerait imposer aux grandes entreprises et aux Canadiens les plus riches, puisqu'il y réfléchit encore pour l'instant.

Quant à la TPS, M. Topp n'envisage pas à court terme un changement de taux, mais il croit inévitablement que «ce sera un enjeu à un certain point».

Le ministre des Finances Jim Flaherty n'a pas tardé à réagir vendredi à la proposition de Brian Topp d'augmenter les impôts des riches, arguant que cela faisait partie des idées «qui ne font aucun sens». Selon lui, ce sont les Canadiens de la classe moyenne qui remplissent les coffres de l'État, et non pas les personnes faisant partie du un pour cent des plus fortunés.

«Si quelqu'un pense (...) aux États-Unis, au Canada ou en Europe que vous pouvez taxer ce un pour cent ou 0,5 pour cent et récolter de l'argent, ça n'a aucun sens», a-t-il lancé.

Le président américain Barack Obama a pourtant proposé le mois dernier d'exiger davantage des citoyens les plus riches, notamment en fixant un impôt minimal pour les contribuables dont les revenus s'élèvent à plus d'un million de dollars par année.

M. Topp, qui n'a jamais tenté d'obtenir un siège de député - pour des raisons familiales, dit-il - entend renverser cet état de fait aussitôt que possible. Il essaiera de se faire élire à l'occasion d'une élection complémentaire, idéalement dans la région de Toronto où les siens sont installés.

Au total, six candidats ont déclaré leur candidature au leadership néo-démocrate. Outre Brian Topp, les députés Thomas Mulcair, Paul Dewar, Nathan Cullen et Roméo Saganash, de même que l'homme d'affaires néo-écossais Martin Singh, briguent tous l'investiture néo-démocrate.