Le gouvernement Harper a été contraint de justifier hier sa décision d'accorder un contrat de 19,8 millions de dollars à une firme privée pour qu'elle lui suggère les compressions nécessaires pour éliminer le déficit fédéral d'ici à 2014.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a affirmé qu'il est souhaitable d'obtenir l'avis du secteur privé compte tenu de l'ampleur de la tâche à accomplir.

Le contrat en question a été accordé le 15 août à la firme Deloitte et prend fin le 31 mars. Il équivaut à un paiement de 90 000$ par jour.

Le premier ministre Stephen Harper avait pourtant demandé en juin à tous les ministères de produire deux plans de réduction des dépenses en prévision du prochain budget. Le premier plan doit permettre des compressions de 5% et le deuxième doit engendrer des économies de 10%.

Le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, doit passer au peigne fin les plans de compressions des ministères et soumettre un plan final à Jim Flaherty avant qu'il ne dépose son budget en février. En tout, l'objectif est de réduire les dépenses de fonctionnement de l'État de 4 milliards de dollars par année.

«Nous avons besoin d'avoir l'avis du secteur privé au Canada. En toute franchise, il n'est pas bon d'avoir un gouvernement qui s'auto-examine. Il y a beaucoup d'expertise au Canada en matière de productivité du secteur public. Nous avons hâte de recevoir les conseils de Deloitte», a affirmé le ministre Flaherty.

«C'est un projet énorme. Cela comprend tous les ministères du gouvernement et nous estimons qu'il était prudent de solliciter les conseils du secteur privé sur un examen aussi imposant», a-t-il ajouté.

Aux Communes, hier, le NPD a vertement critiqué cette décision du cabinet d'accorder ce contrat, accusant le gouvernement de «sous-traiter ses basses oeuvres à fort prix».

«Vingt millions de dollars, c'est la somme accordée à une firme privée pour étudier les coupes dans les services publics. C'est 90 000$ par jour en gaspillage! Le président du Conseil du Trésor lance l'argent par les fenêtres pendant qu'il élimine des emplois», s'est indigné le député néo-démocrate de Rosemont-La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice.

Au cours des derniers jours, plusieurs cas de dépenses douteuses ont été révélés au sein de l'appareil gouvernemental. La semaine dernière, il a été révélé que le chef d'état-major de la Défense, le général Walt Natynczyk, a utilisé à plusieurs reprises les avions gouvernementaux pour assister à des matchs de hockey ou des parties de football ou encore pour rejoindre sa famille en vacances dans les Caraïbes. Ces vols ont coûté 1,5 million de dollars aux contribuables depuis 2008.

Or, La Presse a obtenu des documents qui démontrent que le ministère de la Défense a autorisé d'autres dépenses controversées au cours des dernières années. À titre d'exemple, il a dépensé 5 millions pour des sondages afin de jauger la perception qu'ont les Canadiens des Forces canadiennes et de la mission en Afghanistan; il a dépensé en moyenne 2 millions de dollars en frais de taxi par année uniquement pour ses employés dans la capitale nationale; et il a consacré 16,7 millions de dollars en cinq ans en frais d'accueil.