Les allégations de tentative de corruption à Laval ont rebondi jusqu'à Ottawa, hier. Les conservateurs de Stephen Harper ont réclamé la démission du député bloquiste Serge Ménard de ses fonctions de porte-parole en matière de justice, pour avoir omis pendant 17 ans de révéler que le maire Gilles Vaillancourt lui avait offert de l'argent pour sa campagne politique.

Mis à jour le 17 nov. 2010
Malorie Beauchemin LA PRESSE

«On a appris hier soir que l'actuel porte-parole du Bloc québécois en matière de justice dit s'être fait offrir, en 1993, une enveloppe contenant 10 000 $ en argent. Au lieu d'en parler immédiatement à la police, le député aurait plutôt choisi de garder le silence pendant 17 ans. Une telle attitude irréfléchie le rend inapte à exercer ses fonctions de porte-parole en matière de justice. Le chef du Bloc québécois doit donc exiger sa démission sur-le-champ», a déclaré le député conservateur de Lévis-Bellechasse, Steven Blaney, à la Chambre des communes.

«Les politiciens sont le reflet de la société dans laquelle ils vivent, a-t-il ajouté à sa sortie du parlement. La question que je me pose aujourd'hui c'est pourquoi avoir attendu 17 ans avant d'avoir déclaré ces faits-là, alors qu'entre-temps, il a occupé des fonctions importantes au niveau de la sécurité et de la justice, des fonctions où on doit faire preuve d'une très grande probité et vraiment être un modèle à cet égard.»

Le Bloc défend son député

Le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette, a rejeté cette demande de démission et défendu son porte-parole, jugeant que les agissements de M. Ménard sont sans tache.

«C'est totalement ridicule, a lancé M. Paquette. Je pense que tout le monde comprend bien que M. Ménard a non seulement refusé l'enveloppe, mais en plus a fait la preuve au cours de sa carrière politique non seulement de son intégrité, mais de sa compétence. C'est quand même le ministre de la Sécurité publique qui a mené l'opération Carcajou contre le crime organisé. Alors sa réputation est au-dessus de tout soupçon.»

M. Ménard restera dans l'équipe du Bloc, et demeurera porte-parole à la justice tant que le chef, Gilles Duceppe (rentré hier soir d'une tournée en Europe), «va considérer que c'est son rôle», a dit M. Paquette. «Ce n'est certainement pas M. Blaney qui va venir nous dire comment on va répartir les responsabilités au sein du caucus du Bloc.»

En fin de journée, M. Ménard a refusé de réagir à la mise en demeure envoyée par le maire Vaillancourt, qui le somme de se rétracter.

«Serge Ménard maintient tout ce qui a été dit dans le reportage (de Radio-Canada). Il a répondu la vérité aux questions posées et il est prêt à répéter le tout en cour. Il collaborera avec les autorités et il a l'intention de demeurer en poste. Il ne fera pas d'autre commentaire», a rétorqué l'attaché de presse du Bloc québécois, Carl Boisvert.

Relations tendues entre Mulcair et Vaillancourt

Par ailleurs, l'ancien député provincial de Chomedey, de 1994 à 2007, Thomas Mulcair, assure n'avoir jamais reçu d'argent ou s'être fait offrir une enveloppe par le maire Vaillancourt ou son entourage, dans ses fonctions autant à Québec qu'à Ottawa. L'ancien ministre du gouvernement Charest, de 2003 à 2006, aujourd'hui député néo-démocrate d'Outremont, a indiqué que ses relations avaient toujours été tendues avec le maire Vaillancourt lorsqu'il était titulaire du portefeuille de l'Environnement. Mais M. Mulcair refuse de «jeter le blâme» sur le député Ménard.

«Je suis un peu préoccupé quand j'entends quelqu'un qui est devenu ministre de la Justice et procureur général dire que même lui ne pensait pas qu'il pouvait faire quelque chose avec ça, a-t-il toutefois souligné. Ça me préoccupe au niveau de nos institutions.» La députée libérale fédérale de Laval-Les Îles, Raymonde Folco, a aussi assuré hier n'avoir jamais reçu d'argent ou d'offre d'argent du maire Vaillancourt.