Le chef libéral, Michael Ignatieff, estime que le gouvernement conservateur accorde trop d'importance à la militarisation de l'Arctique et pas assez aux problèmes sociaux.

Mis à jour le 27 août 2010
Daphné Cameron LA PRESSE

Alors que Stephen Harper poursuivait sa tournée de l'Arctique canadien, hier, L'Express libéral était de passage à Longueuil. Lors d'un arrêt dans une résidence pour personnes âgées, le chef du PLC a critiqué la stratégie de ses adversaires pour défendre la souveraineté canadienne dans le Grand Nord.

Les conservateurs «ont militarisé la question de l'Arctique, mais il y a des questions sociales qu'il faut aborder d'abord», a expliqué M. Ignatieff. «J'étais à Iqaluit il y a deux semaines, et tout le monde parlait de la crise dans le système de justice, de celle dans le système de logement et des problèmes de scolarisation. Les Inuits sont l'avenir de l'Arctique. Si nous voulons nous assurer de la souveraineté dans la région, il faut faire beaucoup plus que des manoeuvres militaires.»

Selon M. Ignatieff, les conservateurs «utilisent» les soldats canadiens à des fins politiques. Depuis plusieurs jours, les Forces armées canadiennes mènent des exercices dans le Grand Nord.

«Ils le font sans aucune hésitation depuis des années, mais hier (mercredi), c'était pour moi le comble, a-t-il affirmé. Pour une séance photo de 30 secondes, ils ont déployé des hélicoptères, un navire de la Garde côtière, des hommes-grenouilles, des soldats, des sous-marins et des avions de chasse. Qu'est-ce que tout cela a coûté aux contribuables?» Selon ses estimations, cette campagne d'image aurait coûté plus de 1 million de dollars.

Un achat injustifié

Mercredi, Stephen Harper est arrivé dans la région de Resolute, au Nunavut, quelques heures après qu'on eut dépêché deux avions de chasse canadiens (CF-18) pour escorter deux bombardiers russes qui s'étaient approchés à une cinquantaine de kilomètres de l'espace aérien du Canada.

M. Harper a alors réitéré la pertinence de l'achat de 65 nouveaux avions de chasse, au coût de 16 milliards de dollars. «Nous sommes dans un déficit de 54 milliards de dollars, alors 16 milliards, ce n'est pas de petits sous», a déploré M. Ignatieff.

«Les Russes font des tournées près de notre espace aérien depuis plus de 60 ans. Et depuis 60 ans, les conservateurs essaient de nous faire peur de l'ours russe qui nous menace, a-t-il ajouté. Les Russes sont là. Ils sont là depuis toujours. Il faut se défendre, mais ce n'est pas en soi une justification pour faire cet achat... On joue à la guerre froide dans un contexte où la guerre froide est terminée depuis 20 ans.»