Le gouvernement Harper ne peut réduire le poids politique du Québec à la Chambre des communes en accordant de nouveaux sièges à trois autres provinces s'il reconnaît véritablement que les Québécois forment une nation au sein du Canada.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Le débat sur le poids politique du Québec à la Chambre des communes a tourné à l'affrontement mardi entre le Bloc québécois et le NPD d'une part et le Parti conservateur et le Parti libéral d'autre part.Le Bloc québécois a profité de sa journée de l'opposition pour déposer une motion visant à dénoncer la décision du gouvernement Harper de déposer le projet de loi C-12 pour accorder 30 nouveaux sièges à trois provinces - l'Ontario (18 sièges), l'Alberta (5 sièges) et la Colombie-Britannique (7 sièges) - ce qui aura pour effet de «marginaliser la nation québécoise».

Mais cette motion, qui sera mise aux voix ce soir, est vouée à l'échec, même si le NPD a décidé de l'appuyer afin de protéger le poids politique du Québec au sein de la fédération canadienne. Les députés conservateurs et les députés libéraux voteront en effet contre.

«Ce que fait le projet de loi C-12, c'est d'ajouter 30 sièges à la nation canadienne, sans donner un seul siège à la nation québécoise. Cela est totalement inacceptable. On nous a reconnus comme nation, alors il faut bien qu'on nous donne les moyens de nous faire entendre», a affirmé mardi le député bloquiste Pierre Paquette, donnant le coup d'envoi au débat sur la motion bloquiste.

La seule façon d'être équitable envers le Québec, selon M. Paquette, c'est de lui accorder aussi huit sièges de plus, de sorte qu'il conserve son poids politique (24,3% des sièges actuellement, soit 75 sur 308 sièges). S'il n'obtient pas de nouveaux sièges, le Québec passera à 22,1% des sièges dans une Chambre des communes qui comptera 338 sièges au plus tard en 2012.

M. Paquette a aussi rappelé que l'Assemblée nationale avait adopté unanimement, en octobre dernier, une motion parrainée par le Parti québécois demandant à Ottawa de renoncer à adopter tout projet de loi qui aurait comme conséquence de diminuer le poids politique du Québec aux Communes.

Le député néo-démocrate d'Outremont, Thomas Mulcair, a pour sa part soutenu que la seule province qui sort perdante de cette réforme est le Québec. Certes, il faut s'assurer que les autres provinces obtiennent de nouveaux sièges, mais il ne faut pas diminuer le poids de la seule province francophone au pays.

«Si on est sincère quand on dit que le Canada comprend un nation, les Québécois, qui est la seule nation distincte au sein de cette fédération, il faut prendre des actions concrètes pour donner une valeur à cette reconnaissance», a-t-il plaidé.

M. Mulcair a aussi fait une virulente sortie contre «l'hypocrisie» des libéraux de Michael Ignatieff qui tentent, selon lui, de ménager la chèvre et le chou. Le député libéral Marcel Proulx a affirmé, durant le débat, que son parti ne veut pas que «le poids du Québec au sein de ce Parlement soit dilué», mais qu'il votera contre la motion bloquiste.

Le député a soutenu que le projet de loi C-12 doit être étudié plus à fond en comité parlementaire et a accusé le Bloc québécois de «vouloir faire du millage politique» en déposant cette motion.

«Les députés du Bloc québécois ne ratent jamais une occasion d'envenimer les discussions et de faire croire aux Québécois qu'ils sont là pour eux. Selon moi, c'est faux. Ils disent clairement qu'ils veulent un Québec souverain. Dans mon livre à moi, un Québec souverain, ça veut dire aucun siège pour le Québec (aux Communes). Alors que d'une part, ils prônent plus de sièges pour le Québec, d'autre part, ils n'en veulent aucun. (...) C'est de l'hypocrisie», a dit M. Proulx.

Le ministre d'État à la réforme démocratique, Steven Fletcher, a aussi repris cet argument en plus d'affirmer que les provinces affichant une croissance démographique obtiennent de nouveaux sièges. La représentation à Ottawa en fonction de la population est la pierre angulaire de la démocratie canadienne, selon lui.

Il a aussi certifié que le Québec conservera toujours au moins le même nombre de sièges. «Notre projet de loi garantit au Québec à toutes les autres provinces qu'elles conserveront leurs sièges.