(Québec) Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, met en garde tous ceux qui seraient tentés de comparer le cas de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, aux autres entreprises qui polluent au-delà des normes environnementales avec la bénédiction du gouvernement du Québec : « personne ne va mourir », a-t-il lancé à la presse parlementaire.

Mis à jour le 17 août
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Il faut les contextualiser. Je n’ai pas toute la liste, mais il faut faire attention. Personne ne va mourir. Il faut faire attention, il ne faut pas généraliser. Horne, c’est un enjeu, il n’y a aucun doute, mais je n’appliquerais pas Horne aux [autres entreprises] », a dit M. Fitzgibbon en mêlée de presse avant la réunion du Conseil des ministres, mercredi.

Le gouvernement Legault est sur la sellette depuis le début de l’été avec le cas de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, qui profite de ce régime d’exception pour émettre plus d’arsenic dans l’air que ce qui est autorisé dans la loi. Mais ce sont 89 entreprises, en tout, qui ont l’autorisation de déroger aux normes environnementales québécoises, dont des compagnies minières, des papetières et des alumineries.

Le ministre de l’Économie plaide pour la patience. « Les normes changent. Il faut donner le temps aux entreprises de se conformer. Les pâtes et papiers, je viens de là », a-t-il dit.

Si on change les normes, il faut laisser le temps passer. Règle générale, les sociétés veulent respecter les règles, mais ça prend du temps pour le faire. Ça prend des investissements.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

Il croit qu’elles devront un jour se conformer, sans s’avancer sur un échéancier.

QS veut les mettre au pas

Québec solidaire (QS) va beaucoup plus loin que la CAQ. Il promet de mettre au pas les 89 entreprises qui polluent au-delà des normes environnementales avec la bénédiction du gouvernement du Québec. S’il prend le pouvoir, le parti de gauche « s’assoira avec ces entreprises » dans les 100 premiers jours d’un mandat pour faire un « plan de match pour mettre fin le plus rapidement possible » à cette situation.

La députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, a dénoncé l’attitude du ministre de l’Environnement, Benoît Charette, qui se traîne les pieds dans ce dossier, selon elle.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Émilise Lessard-Therrien, députée de la circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue

LISEZ « Les demandes de la Fonderie Horne cachées au public »

La loi actuelle prévoit d’ailleurs la création d’un registre public permettant d’obtenir des informations sur ces pollueurs, mais cinq ans plus tard, sa création n’est toujours pas terminée.

Mais la situation serait sur le point de changer. En après-midi, le ministre Charette a fait une sortie pour annoncer que cette fameuse liste de pollueurs serait diffusée dans les prochains jours et que des consultations publiques auront lieu à l’avenir pour toutes les reconductions de ces autorisations.

La liste sera publique, dit Charette

« On va dévoiler la liste entière de ces 89 cas d’espèce avec toute l’information qui est requise, la nature de l’autorisation, le degré de contamination excédentaire, mais également les mesures correctrices qui sont attendues », a-t-il affirmé.

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Benoît Charette, ministre de l’Environnement

[Notre ministère n’a] jamais retenu d’information [sur la liste. Ce] n’est pas la pression populaire des dernières semaines qui a guidé notre action.

Benoît Charette, ministre de l’Environnement

La députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue combat depuis des années l’entente ministérielle qui permet à la Fonderie Horne d’émettre dans l’air plus d’arsenic que ce que permettent les lois environnementales du Québec.

Elle veut maintenant entendre les directions de santé publique régionale sur toutes ces dérogations. « À partir de ces discussions, on établira un plan de match. Mais l’idée est de se sortir le plus rapidement possible de ces passe-droits donnés aux entreprises pour polluer davantage l’environnement », affirme Mme Lessard-Therrien.

Un danger pour la santé

Pour Mme Lessard-Therrien, cette permission ministérielle de polluer « met en danger » la santé de la population québécoise, contrairement à ce qu’avance le ministre de l’Économie. « La pollution de l’air, c’est le quatrième tueur au monde. Si des populations sont en danger, la réponse, c’est oui », dit-elle.

Depuis des décennies, on est gouverné par des gouvernements qui mettent en opposition économie et santé des gens et environnement. C’est un modèle dans lequel on ne jouera jamais. C’est terminé, ce moment où on se couche devant les multinationales pour leur permettre de polluer au nom de l’économie. C’est terminé.

Émilise Lessard-Therrien, députée de la circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue

La question de la qualité de l’air, tant à Rouyn-Noranda qu’à d’autres endroits au Québec, fait les manchettes depuis quelques mois, notamment le rehaussement de la norme de nickel dans l’air du gouvernement Legault contre l’avis de la Santé publique régionale et du maire de Québec. « Dans ces deux dossiers, on trouve une norme fixée pour des raisons économiques et non de santé, et un gouvernement qui ne réagit – un peu – qu’à la controverse médiatique », a déploré la candidate du Parti québécois dans Taschereau, Jeanne Robin.