(Lévis) L’ex-journaliste et analyste politique Martine Biron confirme sa candidature pour la Coalition avenir Québec (CAQ) et a fait un plaidoyer pour un nouveau lien autoroutier entre Québec et Lévis, qu’elle critiquait pourtant par le passé.

Mis à jour le 10 août
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Quiconque vit à Québec sait que ça prend un troisième lien. […] Nos ponts sont vieillissants. Il nous faut un troisième lien, un lien de remplacement », a lancé Mme Biron en point de presse mercredi.

D’entrée de jeu, le chef caquiste François Legault, qui présentait sa candidate, a lui-même défendu ce projet. « Le Grand Québec est en train de devenir la deuxième métropole du Québec. Je ne vois pas pourquoi il y a autant de mépris de la part des oppositions pour donner des infrastructures supplémentaires pour cette grande métropole qu’est le Grand Québec », a-t-il lancé. « On va le réaliser, le tunnel Québec-Lévis », a-t-il ajouté.

Comme analyste à Radio-Canada, Mme Biron critiquait pourtant le projet de tunnel autoroutier entre Québec et Lévis. « On se demande si ce n’est pas un projet rétrograde. Ça a sorti finalement comme un projet plutôt électoraliste », disait-elle l’an dernier. Elle estimait que « la justification de dépenser une telle somme pour faire le tunnel, elle n’est pas faite […] même à Québec ».

Elle croit maintenant au troisième lien, même si elle reconnaît qu’il y a toujours « des questions qui sont sans réponses ».

J’en ai discuté avec M. Legault. On est conscients de ça. Il y a un bureau de projet en place, on va répondre aux questions. Je suis confiante que rapidement dans le début du prochain mandat, on va être capables.

La candidate de la CAQ, Martine Biron, à propos du troisième lien

Et si Mme Biron estime que tous les gens de Québec sont favorables au projet d’infrastructure de 6,5 milliards, il faut rappeler que l’ancien maire Régis Labeaume s’y oppose et que le nouveau maire Bruno Marchand n’est pas davantage convaincu. « C’est sûr qu’on va avoir de la difficulté à cautionner un projet qui additionnerait de l’étalement urbain », a dit M. Marchand en avril.

« Éthique du début à la fin »

Mme Biron tentera de se faire élire dans Chutes-de-la-Chaudière, une circonscription acquise à la CAQ située sur la rive sud de Québec. Le vétéran Marc Picard, élu sans interruption depuis 2003 sous les couleurs de l’Action démocratique du Québec de Mario Dumont, puis de la CAQ, ne s’est pas représenté.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le député sortant de Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, avec la nouvelle candidate Martine Biron et le premier ministre François Legault

Martine Biron a été approchée une première fois en janvier. Elle a décliné l’offre en raison d’une conjoncture défavorable : elle n’avait pas terminé son projet de mémoire de maîtrise, et cette décision était incompatible avec son rôle d’analyste politique. Elle a été sondée à nouveau cet été, pendant ses vacances. Sa maîtrise est alors terminée. « J’envisageais de revoir mes défis après l’élection », a-t-elle expliqué. Elle a donc saisi l’occasion.

Des critiques ont été émises en raison de cette transition soudaine d’analyste politique à candidate pour un parti qu’elle scrutait quelques jours avant de faire le saut.

Elle estime de son côté avoir été « éthique du début à la fin » et affirme n’avoir jamais porté les deux chapeaux de future candidate et de journaliste, même si elle dit « comprendre » le malaise.

Lorsqu’un journaliste lui a mentionné qu’elle avait donné dans une chronique récente la palme d’or de l’arrogance au caucus caquiste de Québec en parlant de la « grosse tête » de la ministre Geneviève Guilbault, elle a rétorqué qu’il s’agissait d’une démonstration qu’elle ne faisait pas « campagne dans le secret de sa pensée ». Elle a ensuite lancé des fleurs à Mme Guilbault, une femme « brillante » qui représente l’avenir de la politique.

Un mal nécessaire

Le candidat caquiste dans Lévis et ancien animateur Bernard Drainville connaît bien ce passage des médias vers la politique : il l’a emprunté deux fois, pour le PQ puis pour la CAQ. Il estime que les journalistes votent et qu’ils ont le droit comme tous les citoyens « de se lancer en politique ». Quant à la séquence chronologique, il s’agit d’un « mal nécessaire ».

PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL

Les deux candidats sur la rive sud de Québec et anciens journalistes Martine Biron et Bernard Drainville

« Tu couvres le Parlement, la fin de session arrive en juin, et avec les élections à date fixe, il y a un horizon de quelques semaines pour prendre une décision. Les circonstances font que tu es souvent obligé de mener cette réflexion à l’intérieur d’un laps de temps très, très court », a-t-il expliqué.