L’appui de l’aile parlementaire de Québec solidaire au projet de réforme de la loi 101 du gouvernement Legault a suscité l’indignation de nombreux militants. Gabriel Nadeau-Dubois veut maintenant clarifier le message en dénonçant les aspects « controversés » de la mesure législative.

Mis à jour le 28 mai
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Ça a fait beaucoup jaser. […] On entend les craintes, on entend le mécontentement », a reconnu samedi le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, qui s’exprimait devant un parterre de militants réunis à Montréal pour le Conseil national du parti, consacré à la préparation de la campagne électorale de l’automne.

Le co-porte-parole a défendu son appui au projet de loi 96 de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui contient plusieurs éléments « conformes » à la plateforme de QS, notamment l’application de la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale. Mais deux éléments font tiquer. Le délai « arbitraire de six mois pour obtenir des services en une autre langue que le français » pour les nouveaux arrivants, et le refus du gouvernement Legault d’exclure les peuples autochtones des exigences de la loi.

Beaucoup ont dénoncé ce choix. La militante Hélène Bissonnette croit que les élus solidaires sont « tombés dans le piège » de la CAQ. Elle estime que le « show de boucane autour du déclin du français est un piège », et que cela ne justifie en rien l’appui au projet de loi 96, a-t-elle soutenu, comme beaucoup d’autres militants et candidats.

Pour faire taire la grogne, M. Nadeau-Dubois et la direction du parti ont fait adopter une motion pour inscrire noir sur blanc que « Québec solidaire s’engage formellement à revenir sur ces décisions dès son arrivée au pouvoir », et qu’il « réitère ses engagements en matière de reconnaissance officielle et de protection des langues autochtones ». M. Nadeau-Dubois a souligné qu’avec l’imminence de la campagne électorale, elle lui permettrait d’être « clair sur le projet de société qu’on propose ».

Même s’ils ont appuyé ce projet de loi, les solidaires n’ont pas été tendres envers le gouvernement Legault, qui a choisi de diviser avec une loi 96 « sans cœur » pour les immigrants.

L’ancienne députée et cofondatrice du parti Françoise David a ouvert le bal en matinée en dénonçant dans un discours les « dérives électoralistes et conservatrices » et la « rhétorique mesquine » de François Legault. Mme David s’oppose à « l’odeur d’autoritarisme » de la CAQ, dont le Québec « n’a ni besoin ni envie ». Elle rejette « le courant du nationalisme conservateur de la CAQ et de plusieurs chroniqueurs québécois » et y a opposé le nationalisme de Québec solidaire. « Il faut s’attendre à ce que la définition même de la nation soit au cœur de la prochaine campagne », a-t-elle prédit.

Colère et indignation

Cette « indignation » et cette « colère » ont motivé plusieurs personnalités à se lancer en politique sous la bannière de Québec solidaire, a expliqué la Dre Mélissa Généreux, ex-directrice de santé publique de l’Estrie et candidate dans la circonscription de Saint-François. « L’injustice nous répugne », a-t-elle expliqué, dénonçant l’approche « un peu plus top-down dictature » de la CAQ lors de la pandémie.

L’avocat spécialiste en immigration Guillaume Cliche-Rivard, lui, a raconté avoir défendu récemment avec succès le cas d’une demandeuse d’asile haïtienne, mère de famille monoparentale dont le mari a été assassiné. De retour chez lui, il a entendu les commentaires, à la télévision, de « Legault et [du ministre de l’Immigration] Jean Boulet comme quoi ce sont de faux demandeurs d’asile ». « Ça me mettait vraiment en tabarnac », a-t-il lancé, suscitant l’approbation de la foule.

En soirée, Gabriel Nadeau-Dubois s’en est pris à François Legault sur le même thème dans un discours prononcé devant plusieurs centaines de militants réunis à la salle Pierre-Mercure pour une soirée de musique et de politique, qui a débuté par plusieurs chansons en anglais de la chanteuse Emma Beko, et où le chanteur Émile Bilodeau s’est également produit.

« François Legault va faire campagne en prétendant défendre le Québec contre des gens qu’il voit comme des envahisseurs. […] François Legault va faire campagne en pointant du doigt ; nous, en ouvrant les bras », a-t-il lancé.

Face au chef caquiste qui veut faire campagne sur l’immigration, M. Nadeau-Dubois a demandé un « mandat fort pour l’environnement » et promis quatre semaines de vacances pour tous.