(Ottawa) Le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, affirme collaborer avec le gouvernement du Québec pour qu’un plus grand nombre d’immigrants francophones arrivent dans la province.

Publié le 19 mai
Émilie Bergeron La Presse Canadienne

« On est en train, toujours, de travailler avec le Québec pour améliorer (et) accélérer l’arrivée d’immigrants qui parlent français au Canada et au Québec », a-t-il dit jeudi en mêlée de presse avant de se rendre à une réunion du conseil des ministres.

Il a soutenu qu’Ottawa et Québec travaillent « très bien » ensemble sur ce front.

M. Trudeau était questionné à savoir pourquoi il n’accorderait pas les pouvoirs supplémentaires en immigration réclamés par le gouvernement de François Legault, dans la foulée d’un sondage mené par la firme Léger pour le compte de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le coup de sonde, dont les résultats ont d’abord été rapportés par le Journal de Montréal, indique que 42 % des répondants voient le nombre élevé d’immigrants ne parlant pas la langue de Molière comme la principale menace au français.

D’autres ont plutôt répondu, dans des proportions nettement moindres, qu’il s’agit de l’attractivité culturelle de l’anglais (20 %) et du fait que des Québécois francophones se tournent vers l’anglais (14 %).

Par ailleurs, 68 % se sont dits d’accord pour que le gouvernement québécois fasse de la maîtrise du français une exigence pour obtenir un certificat de sélection du Québec.

Réagissant aux propos de M. Trudeau, le bureau de M. Legault a déclaré par courriel que le gouvernement caquiste « sera toujours là pour collaborer avec le gouvernement fédéral, mais (qu’) il doit prendre ses responsabilités ».

« Actuellement, il est incapable de traiter dans des délais acceptables les dossiers des personnes déjà sélectionnées par le Québec ! Nous réitérons notre demande : rapatrier au Québec la gestion de la catégorie de la réunification familiale », a-t-on ajouté.

La leader parlementaire adjointe du Bloc québécois, Christine Normandin, a abondé dans le même sens, disant avoir plusieurs réserves face à l’affirmation de M. Trudeau voulant que la collaboration entre ordres de gouvernement se passe bien.

« Québec est tout à fait légitimé de vouloir avoir davantage de pouvoirs en immigration de par sa situation linguistique », a-t-elle soutenu.

Toutefois, les résultats du sondage indiquent que 33 % ne souhaitent pas que Québec obtienne plus de pouvoirs en immigration, comme le réclame le gouvernement Legault. Ce n’est que 10 points de pourcentage de moins que les 44 % de répondants qui appuient l’idée.

Par ailleurs, deux répondants sur trois se sont prononcés contre l’idée de hausser les seuils d’immigration au-delà des 50 000 personnes.

Sur ce point, le premier ministre fédéral a dit que son gouvernement « reconnaît aussi qu’on est dans une pénurie de main-d’œuvre et ça prend plus de monde ».

Ce discours semble faire écho à celui d’organisations telles que le Conseil du patronat du Québec qui demande d’atteindre l’accueil d’« au moins 80 000 immigrants, et [d’]idéalement tendre vers 100 000 personnes ».

« Le sondage est clair : les Québécois estiment qu’à 50 000 immigrants par année, le Québec a atteint sa capacité d’intégration. Nos seuils sont adéquats et acceptés », a déclaré le bureau de M. Legault.