(Ottawa) Le député conservateur Ed Fast a été dépouillé de ses fonctions de porte-parole en matière de finances quelques heures après avoir affirmé que l’engagement de Pierre Poilievre à renvoyer le gouverneur de la banque centrale s’il est porté au pouvoir nuit à la crédibilité du parti.

Mis à jour le 18 mai
Michel Saba La Presse Canadienne

« L’honorable Ed Fast m’a informé aujourd’hui qu’il quittera ses fonctions de ministre du Cabinet fantôme conservateur responsable des Finances », a déclaré dans un bref communiqué de presse transmis en soirée la cheffe par intérim du parti, Candice Bergen.

Mme Bergen ne fait pas référence aux évènements de la matinée, mais rappelle que M. Fast a publiquement déclaré son soutien à l’un des candidats dans la course à la direction du parti, soit Jean Charest, et qu’il souhaite offrir « un soutien plus dévoué à cette équipe ».

Lors d’une mêlée de presse à son entrée au caucus conservateur, mercredi, M. Fast a affirmé que Pierre Poilievre fait que son propre parti « perd de la crédibilité ».

PHOTO JEFF MCINTOSH, LA PRESSE CANADIENNE

La semaine dernière, lors du premier débat officiel de la course à la direction, Pierre Poilievre a annoncé qu’il licencierait le gouverneur Tiff Macklem parce que le taux d’inflation au pays atteint des sommets jamais vus depuis des décennies.

Appelé à confirmer qu’il s’exprime sur cette question à titre de coprésident de la campagne de Jean Charest, il a plutôt indiqué qu’il parle « en tant que porte-parole en matière de finances ».

M. Fast s’est également dit « profondément troublé » par le fait que le candidat à la direction soit prêt à « s’immiscer » dans l’indépendance « essentielle » d’une des principales institutions monétaires du pays.

« La banque centrale nous a bien servis, bien que pas parfaitement, au fil des ans, mais nous a bien servi à maîtriser l’inflation, a-t-il dit. Les banques centrales du monde entier ont lutté avec les mêmes défis que notre banque centrale et je pense qu’il est imprudent d’attaquer le gouverneur de la banque centrale alors qu’en fait le vrai problème est l’emprunt et les dépenses du gouvernement fédéral. »

Pendant de nombreuses heures, le Parti conservateur a refusé de répondre à des demandes de La Presse Canadienne visant à clarifier si Ed Fast parlait effectivement au nom de la formation comme il le prétendait.

La semaine dernière, lors du premier débat officiel de la course à la direction, Pierre Poilievre, qui est considéré comme le meneur, a jeté un pavé dans la mare en annonçant qu’il licencierait le gouverneur Tiff Macklem parce que le taux d’inflation au pays atteint des sommets jamais vus depuis des décennies.

Mercredi encore, Statistique Canada annonçait que son indice des prix à la consommation avait continué de croître en avril, l’inflation ayant augmenté de 6,8 % par rapport à il y a un an. Il s’agissait de la plus forte inflation depuis janvier 1991, alors qu’elle s’était établie à 6,9 %.

Poilievre réagit

Dans une déclaration écrite transmise à La Presse Canadienne avant l’annonce de la cheffe intérimaire, Pierre Poilievre réitère que le gouverneur de la Banque du Canada a « échoué » à sa « mission » de maintenir l’inflation à 2 %.

« Il a préféré imprimer de l’argent pour que Trudeau le dépense », écrit M. Poilievre.

Le candidat s’en prend également à M. Fast en soulignant à grands traits le fait qu’il milite également pour le camp Charest.

« Ed Fast et Jean Charest n’auraient aucun problème à congédier une serveuse ou un soudeur pour ne pas avoir fait leur travail, mais ils ne feraient pas la même chose pour un grand banquier dont les échecs ont coûté une fortune aux Canadiens », a-t-il ajouté.

Les commentaires de Pierre Poilievre avaient amené le lendemain du débat le premier ministre Justin Trudeau à défendre l’indépendance de la Banque du Canada.

L’institution est « hautement réputée à l’international », avait-il insisté en vantant sa « rigueur », son « professionnalisme » et son « indépendance des machinations politiques ».

M. Poilievre a aussi tenu une conférence de presse devant l’édifice de la Banque du Canada, à Ottawa, au cours des dernières semaines, au cours de laquelle il a dénoncé les « soi-disant experts » de l’institution qu’il estime de surcroît être « financièrement illettrés ».

Le feu de l’action

Dans les rangs du candidat Poilievre, la députée ontarienne Marilyn Gladu, qui l’appuie et copréside sa campagne en Ontario, a refusé de dire mercredi si montrer la porte au gouverneur Macklem serait une bonne idée, notant simplement que « dans le feu de l’action, tout le monde a des idées ».

Est-elle préoccupée qu’une figure importante du parti puisse nuire à la crédibilité de la formation politique ?

« Non. Je ne pense pas, a-t-elle répondu. En fait, plus les médias libéraux s’excitent et s’énervent à propos de Pierre Poilievre, plus je sais qu’ils s’inquiètent qu’il soit parti pour gagner. »

Le député Gérard Deltell, qui est porte-parole en matière d’innovation, sciences et industrie et qui appuie également Jean Charest, a répété en français immédiatement après Ed Fast qu’« il faut être prudent quand on attaque directement les institutions » et rappelé que « notre adversaire s’appelle Justin Trudeau ».

« Il faut garder aussi à l’esprit que la Banque du Canada, c’est une institution indépendante et qu’elle doit avoir sa marge de manœuvre, qui n’est pas parfaite, on reconnaît qu’il y a eu des excès qui ont été faits par rapport à ça. Cela dit, est-ce que ça mériterait la sanction suprême ? Ce n’est pas un avis que je partage. »

Au cours des dernières semaines, M. Poilievre a également vanté les mérites des cryptomonnaies comme « un remède contre l’inflation », ce qui lui a valu d’être qualifié d’« irresponsable » par l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, l’un de ses adversaires dans la course.