(Ottawa) La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a lancé mercredi deux jours de rencontres aux Nations unies pour aider à mobiliser une réponse mondiale à la crise de sécurité alimentaire résultant de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Publié le 18 mai
Marie Woolf La Presse Canadienne

Mme Joly a rencontré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et Rosemary DiCarlo, la sous-secrétaire générale aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, avant de participer à un « appel à l’action » ministériel sur le problème croissant de l’insécurité alimentaire dans le monde.

La réunion, convoquée par le secrétaire d’État américain Antony Blinken, a été dominée par l’escalade de la crise humanitaire déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par le président russe Vladimir Poutine, qui est sur le point d’entrer dans sa 13e semaine.

Avant le début de la guerre fin février, le nombre de personnes dans le monde confrontées à une crise alimentaire paralysante atteignait plus de 161 millions en 2021, contre 108 millions en 2016, a indiqué M. Blinken dans ses remarques liminaires.

La Banque mondiale a estimé que l’invasion pourrait bien plonger 40 millions de personnes de plus sur la planète dans l’extrême pauvreté, a-t-il ajouté.

« Chaque moteur de la crise dont nous discuterons aujourd’hui a été aggravé par la guerre du président Poutine, a déclaré M. Blinken. C’est une crise qui exige une réponse mondiale. »

La Russie a bloqué les ports ukrainiens, stoppant les exportations de blé et d’huile de tournesol vers les pays qui en dépendent au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique.

« L’approche du Canada sera audacieuse : du financement au niveau multilatéral au soutien logistique de la chaîne d’approvisionnement, aux inspecteurs des aliments et aux expéditions de fret, nous nous impliquerons », a déclaré Mme Joly à ses collègues délégués.

« Nous libérerons les céréales ukrainiennes et les pays recevront leurs expéditions. Au secrétaire général, bien sûr, nous soutiendrons ses efforts pour trouver des solutions pacifiques et durables pour faire sortir ces céréales. »

Le Canada enverra des cargos dans les ports de Roumanie et d’autres pays européens voisins de l’Ukraine pour l’aider à exporter son blé – ce que Mme Joly a décrit dans son discours mercredi comme du « blé de la liberté ».

Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a averti que le conflit n’a pas seulement fait grimper le prix des céréales, rendant plus coûteux de nourrir les personnes souffrant de la faim, mais pourrait pousser les pays qui dépendent du blé ukrainien vers la famine.

L’Ukraine est l’un des plus grands exportateurs de blé au monde, et certains pays, comme le Liban et le Bangladesh, en dépendent comme aliment de base.

« Permettez-moi d’être très clair et précis : ne pas ouvrir les ports sera une déclaration de guerre contre la sécurité alimentaire mondiale, entraînant la famine, la déstabilisation des nations, ainsi que la migration massive par nécessité », a déclaré David Beasley, l’ancien gouverneur de Caroline du Sud qui est maintenant directeur exécutif du programme.

Julie Marshall, porte-parole canadienne du Programme alimentaire mondial, a déclaré que l’Ukraine produit suffisamment pour nourrir environ 400 millions de personnes dans le monde. Mais des millions de tonnes de blé, dont une grande partie est destinée aux pays en développement, sont stockées dans des silos et bloquées sur des navires à cause du conflit.

L’ambassadrice d’Ukraine au Canada, Yulia Kovaliv, a déclaré à un comité de députés que non seulement la Russie bloque les ports ukrainiens, mais qu’elle vole ses réserves de céréales et tente de les expédier vers la Crimée sous contrôle russe.

La ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a averti que les Russes ciblaient également les machines et équipements agricoles nécessaires à la collecte et à la distribution de la récolte ukrainienne.

Le Canada est l’un des plus grands exportateurs de blé au monde et a déclaré qu’il ferait ce qu’il pouvait pour combler le déficit. Mais Mme Bibeau a indiqué que le Canada et les États-Unis avaient eu une faible récolte l’année dernière en raison d’une sécheresse, de sorte que les stocks de céréales sont inférieurs à la normale.

« Nos agriculteurs sont dans les champs, la saison des semailles a commencé », a déclaré Mme Joly, se décrivant comme la petite-fille d’un cultivateur de blé et d’un meunier. « Espérons que Mère Nature est de notre côté. »

Elle a reconnu que le Canada – l’un des plus grands producteurs mondiaux de potasse, un ingrédient clé des engrais qui est également en pénurie – n’a pas imposé de sanctions sur les exportations russes et biélorusses de la même manière que d’autres pays du G7 l’ont fait.

Le gouvernement travaille sur les moyens d’acheminer sa propre potasse vers les ports du monde entier, a dit Mme Joly, et « tracera la voie d’une solution durable » à la question des sanctions.

Jeudi, Mme Joly participera à un débat ouvert au Conseil de sécurité de l’ONU, que les États-Unis dirigent actuellement, sur les liens entre conflit et sécurité alimentaire.