(Ottawa ) Rompant avec la position défendue par les conservateurs des derniers scrutins, Jean Charest propose de maintenir le programme national de garderies mis sur pied par le gouvernement Trudeau s’il prend les commandes du Parti conservateur le 10 septembre.

Publié le 12 avril
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

M. Charest s’expose ainsi à de nouvelles attaques de la part de celui qui est considéré comme le meneur de la course à la direction du Parti conservateur, le député Pierre Poilievre. Ce dernier a maintes fois dénoncé ce programme, allant jusqu’à accuser les libéraux de Justin Trudeau d’avoir mis sur pied « une caisse noire » (slush fund en anglais) pour créer un réseau pancanadien de garderies inspiré du modèle québécois.

« Les parents devraient avoir la liberté de choisir comment ils dépensent leur argent en matière de garde d’enfants au lieu de voir Trudeau leur imposer sa volonté », a notamment écrit M. Poilievre sur son compte Twitter.

L’an dernier, le gouvernement fédéral s’est engagé à investir 30 milliards de dollars sur cinq ans pour aider les provinces à offrir des services de garde à 10 $ par jour en moyenne. Ayant déjà un tel programme, Québec s’est vu offrir une compensation financière de 6 milliards de dollars. Le Parti conservateur s’opposait farouchement à cette mesure.

Jean Charest compte donc maintenir les ententes sur les garderies conclues par Ottawa avec l’ensemble des provinces et des territoires au cours des 12 derniers mois, mais ce n’est pas tout. L’ancien premier ministre du Québec propose également d’introduire un crédit d’impôt sur la garde des enfants plus généreux et progressif.

Ce nouveau crédit d’impôt, qui s’inspire de mesures fiscales similaires à celles en vigueur au Québec et en Ontario, permettrait de rembourser jusqu’à 75 % des dépenses sur la garde d’enfants pour les familles à revenu modeste dont les enfants ne fréquentent pas de garderie subventionnée.

Ce remboursement serait payable chaque mois, de sorte que les familles n’auraient pas à attendre à la production de leurs déclarations de revenus l’année suivante pour obtenir la somme à laquelle elles ont droit.

Qui plus est, M. Charest croit qu’il faut donner accès à l’Allocation canadienne pour enfants aux futurs parents avant même la naissance de l’enfant, soit au début du deuxième trimestre de grossesse. Cela donnerait un certain coussin financier aux familles qui attendent un enfant.

Sous sa gouverne, le congé parental serait aussi modifié. Entre autres choses, l’impôt fédéral sur le revenu de la portion fédérale des prestations d’assurance-emploi serait éliminé pendant le congé parental. Les parents qui choisissent de travailler à temps partiel ou de retourner au travail de manière progressive pourraient gagner jusqu’à 20 000 $ annuellement sans que cela ne touche le montant de leurs prestations d’assurance-emploi.

M. Charest doit annoncer les détails de ces mesures mardi lors d’un évènement à Peterborough, en Ontario.

Consensus canadien

Dans une entrevue accordée à La Presse, lundi, M. Charest a soutenu que le train de mesures qu’il propose mettra fin à toute l’incertitude qui pourrait planer sur l’avenir du programme national de garderies s’il devient le prochain chef du parti.

Il a aussi affirmé qu’un programme national de garderies faisait désormais partie du consensus canadien. À preuve, les provinces dirigées par des gouvernements conservateurs (Alberta, Ontario, Saskatchewan et Nouveau-Brunswick) ont signé une entente sur le financement des services de garde avec Ottawa.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE

Jean Charest, candidat à la direction du Parti conservateur

L’expérience que nous avons vécue au Québec est très concluante. En plus de maintenir les ententes signées par le gouvernement fédéral, il faut compléter le tout avec des politiques qui sont très favorables non seulement aux familles, mais aussi à l’intégration au marché du travail.

Jean Charest, candidat à la direction du Parti conservateur

« Si je deviens chef, il n’y aurait pas d’incertitude au sujet de l’avenir du programme national de garderies. Ce serait même rehaussé avec des mesures qui vont permettre aux familles d’avoir une plus grande sécurité financière, notamment les familles à faible revenu. Sur le plan économique et du marché du travail, ce sont de bonnes politiques. Ça va permettre de réduire la pauvreté aussi », a-t-il argué.

Les mesures qu’il propose coûteraient environ 1 milliard de dollars. « Mais tout cela finirait par se payer parce qu’en favorisant le retour au marché du travail, les gens paient des impôts et des taxes. » Il a fait allusion aux études faites au Québec démontrant que le programme de garderies avait favorisé une plus grande participation des femmes au marché du travail depuis sa création, en 1997.

L’avenir du programme national de garderies s’invite donc comme un thème important de la course à la direction du Parti conservateur. Un porte-parole de la campagne de M. Poilievre, Anthony Koch, a confirmé qu’il voyait d’un œil suspect le programme national de garderies.

« Pierre Poilievre croit en la liberté de choix pour les parents. Il préfère mettre de l’argent pour les services de garde directement dans les mains des parents et les laisser choisir comment s’occuper de leurs enfants. Les libéraux ont passé 30 ans et dépensé des milliards de dollars à promettre des garderies abordables. Mais la bureaucratie et les groupes d’intérêt ont englouti tout cet argent, laissant aux parents moins de choix et des prix plus élevés », a-t-il affirmé dans un courriel.

« M. Poilievre attendra de voir si les dernières promesses sont différentes avant d’annoncer ses plans pour réduire les coûts et élargir le choix pour tous les parents. »