(Québec) C’est François Legault qui a mis fin au débat et autorisé le décret permettant la Ville de Québec à aller de l’avant avec son projet de tramway, sans aucune condition. Il se retourne maintenant vers le troisième lien Québec-Lévis, dont une version moins coûteuse sera annoncée dans les prochains jours.

Mis à jour le 7 avril
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« J’essaie de fonctionner par consensus. Des fois, ça m’arrive de me plier, même si je suis moins d’accord, à la majorité. Mais en bout de ligne c’est ma responsabilité comme premier ministre de trancher », a lancé le premier ministre François Legault jeudi en marge d’une conférence de presse à Sainte-Claire, sur la Rive-Sud de Québec, où il annonçait un projet d’électrification d’autobus.

M. Legault a été questionné à de nombreuses reprises sur le recul de la CAQ, qui souhaitait jusqu’à tout récemment imposer des conditions à la ville de Québec en échange du financement, notamment l’abandon d’une rue partagée. Les décrets ne contiennent pourtant aucune condition. Est-ce un recul ? « L’acceptabilité sociale, c’est une condition qui va de soi. On l’a inscrit dans le communiqué de presse hier », a rétorqué M. Legault.

Le premier ministre semblait beaucoup plus heureux de parler de son projet de troisième lien entre Québec et Lévis. Il a d’ailleurs chauffer la salle où étaient réunis plusieurs centaines de travailleurs en promettant que « ça s’en vient le troisième lien ». Une annonce d’une version moins coûteuse-l’annonce de 2021 prévoyait un budget de 10 milliards — est prévue « dans quelques jours ». « Oui, on va en avoir un tunnel, je vous garantis ça », a-t-il lancé en provoquant les applaudissements de la foule.

Il croit toujours que contrairement au tunnel où à son projet du REM de l’Est à Montréal, le tramway soulève des problèmes d’acceptabilité social. « Il y en a qui font le lien, pourquoi vous n’en mettez pas dans le projet du REM de l’Est ? Il y a des personnes qui n’aiment pas le tracé, mais la grande majorité des gens de Montréal sont d’accord avec le REM de l’Est », a-t-il dit.

« Des tramways, on en veut partout »

Le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon de son côté semblait très heureux du dénouement. C’est lui qui a vendu la mèche en affirmant plus tôt en journée que « le premier ministre a tranché ».

M. Fitzgibbon est lui-même un partisan du transport collectif. « Des tramways, on en veut partout. […] On va avoir le tramway, tout le monde est content. J’ai toujours dit que j’étais pour le transport collectif, ça fait partie de notre programme pour décarboner le Québec », a-t-il lancé à la presse parlementaire.

La veille, le conseil des ministres a signé un document règlementaire qui autorise la ville de Québec à lancer des appels de propositions pour la fourniture du matériel roulant et la construction des infrastructures du réseau de tramway, un projet de près de 4 milliards. Mais surprise, ce document ne contenait aucune condition, contrairement à ce qu’exigeait trois ministres de la région de la Capitale-Nationale deux semaines plus tôt.

Une déclaration du ministre Éric Caire avait d’ailleurs mis le feu au poudre : « Le maire de Québec dit qu’il ne veut pas faire une guerre à l’automobile, alors qu’il le prouve et qu’il arrête de polluer l’existence des conducteurs avec des projets comme ça », avait-il affirmé avant de se rétracter. Cette sortie s’était effectuée au moment où le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime — qui fait campagne contre le tramway — monte en popularité dans la région. Mardi, le ministre de l’Énergie et député de Charlesbourg, Jonatan Julien, demandait qu’une majorité de citoyens, « 50 % +1 », appuient le projet.

Pierre Fitzgibbon a reconnu que des personnes dans le caucus « ont leur opinion », mais il souligne qu’une décision a été prise et qu’« à un moment donné, on se rallie ».

Victoire

De leur côté, les partis d’oppositions crient victoire. La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé s’est réjouie du feu vert pour le tramway. « Hier, on a assisté à une victoire de la mobilisation citoyenne sur la question du tramway à Québec, une victoire des gens qui pensent qu’il est réellement temps que la ville de Québec rentre dans le XXIe siècle et ait un transport comme le tramway sur son territoire », a-t-elle affirmé. « J’espère que c’était la dernière fois que les députés caquistes mettaient les bâtons dans les roues de ce projet-là », a-t-elle dit.

Le député libéral Monsef Derraji estime qu’il s’agit d’une « victoire pour la population de Québec ». C’est aussi « un échec » pour la CAQ. « Le gouvernement a l’air fou, vraiment, le gouvernement a l’air complètement fou », a-t-il laissé tomber.

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon souligne pour sa part la « victoire » politique du maire de Québec Bruno Marchand. Il est toutefois « prudent ». « Je vois difficilement comment on peut une journée exiger des choses sur le tracé, la configuration de la rue, exiger un référendum, puis tout d’un coup, on se rallie. Moi, je vais célébrer quand, vraiment, il y aura des confirmations de pelletée de terre et de commencement des travaux », a-t-il dit.