(Québec) Pour la première fois depuis le début de la pandémie, il y a deux ans, l’ensemble des députés se retrouvera au Salon bleu de l’Assemblée nationale à compter de ce mardi. C’est la fin des restrictions sur le nombre d’élus présents en Chambre. La hausse du coût de la vie, la fin de l’état d’urgence sanitaire et la « refondation » du système de santé seront au centre des débats à l’occasion de cette reprise de la session parlementaire, la dernière avant les élections générales du 3 octobre.

Publié le 15 mars
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Le gouvernement Legault a déjà télégraphié ses intentions pour contrer les effets de l’inflation. Son budget du 22 mars prévoira le versement d’une aide directe, un « montant fixe » qui sera remis à « tout le monde », comme le disait le premier ministre François Legault la semaine dernière.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

En vertu de sa mise à jour économique de l’automne, Québec avait déjà distribué en début d’année, aux 3,3 millions de personnes gagnant moins de 54 000 $, des chèques de 200 $ à 275 $ pour les aider à faire face à l’inflation galopante. Il ira plus loin et touchera plus de gens cette fois.

C’est une évidence qu’à l’approche des élections, un gouvernement dépose un budget électoraliste. Le premier ministre Philippe Couillard l’a fait en 2018. Et comme lui, François Legault se défend d’avoir en tête le scrutin en préparant le dernier budget de son mandat. « J’ai dit à tous les membres du gouvernement que je ne voulais pas un budget électoraliste », a­-t-il écrit sur sa page Facebook.

Pas question d’avoir, en année électorale, un feu d’artifice de nouvelles dépenses, comme d’autres gouvernements avant nous.

François Legault, dans une publication sur sa page Facebook

Il n’en demeure pas moins que sa décision de l’an dernier de reporter dans sept ans le retour à l’équilibre budgétaire fait en sorte que l’heure des choix difficiles pour sortir du trou viendra après les élections. C’est ainsi que pour le budget du 22 mars, Québec prévoit une hausse appréciable des dépenses des ministères de 4,5 %, si l’on se fie à la mise à jour économique de l’automne.

Bonne nouvelle pour le gouvernement : les finances publiques affichent un surplus de 1,5 milliard de dollars après huit mois d’exercice financier, en raison de la performance de l’économie québécoise. Le gouvernement maintient malgré tout, pour le moment, que le déficit atteindra 6,8 milliards, en raison des effets du confinement du début de l’année et d’une part importante des dépenses qui n’a pas encore été comptabilisée. Mais ce ne serait pas surprenant que ce déficit soit revu à la baisse.

L’opposition fait ses propositions

Les partis de l’opposition sont tous d’accord pour que l’on donne une bouffée d’oxygène aux contribuables dans le budget. C’est sur les moyens que l’on ne s’entend pas.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) milite pour un gel des tarifs d’hydroélectricité, au moment où Hydro-Québec a annoncé une hausse de 2,6 % à compter du 1er avril et que l’on prévoit une augmentation de 5 % l’an prochain. Ses tarifs suivent le rythme de l’inflation en vertu d’une loi que le gouvernement Legault a adoptée sous le bâillon.

Le PLQ suggère également de retirer la TVQ sur les produits « de première nécessité », comme le dentifrice, le savon pour le corps, le shampooing et les médicaments en vente libre.

De son côté, Québec solidaire réclame de doubler le crédit d’impôt pour solidarité – qui vient en aide aux ménages à faible revenu –, de geler temporairement les loyers, d’annuler la hausse de tarifs d’Hydro-Québec et d’augmenter le salaire minimum à 18 $ l’heure.

Au Parti québécois, on a l’intention de déposer un projet de loi pour geler les tarifs de toutes les sociétés d’État, non seulement Hydro-Québec, mais aussi la Société des alcools du Québec et la Société des traversiers.

Enfin, le Parti conservateur du Québec veut que le gouvernement suspende l’application de la TVQ sur l’essence.

Le gouvernement Legault n’a montré aucun intérêt à l’égard des propositions de l’opposition. Il écarte tout gel de tarif ou toute baisse de taxe, privilégiant une aide directe.

« Généralement, lorsqu’on gèle les tarifs, il y a un saut tarifaire après et l’histoire a montré que ce n’était pas une bonne pratique », soutient le ministre des Finances, Eric Girard. Quant au gel des tarifs d’hydroélectricité, « plus on a une grosse maison, plus on est riche, plus on profiterait » de cette mesure, réplique François Legault.

La santé, sujet incontournable

La santé se trouvera une fois de plus au cœur des échanges à l’Assemblée nationale au cours des prochaines semaines. Après avoir promis la « refondation » du système de santé, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a voulu réduire les attentes en disant qu’« il n’y aura pas de grandes découvertes » dans son « Plan santé » attendu à la fin du mois. Il mise entre autres sur la réorganisation du travail dans les établissements, le décloisonnement des professions et un meilleur accès aux données – accès qui serait possible grâce à un projet de loi déjà déposé.

Mais avant ce Plan santé, Québec déposera, probablement mercredi, son projet de loi lui permettant de conserver certains pouvoirs d’exception et visant à mettre fin à l’état d’urgence sanitaire.

Avec ce texte législatif, le gouvernement veut garder à sa disposition un « minimum » de pouvoirs « sans être obligé de déclarer l’urgence sanitaire » pour les exercer, expliquait le chef de cabinet de M. Legault, Martin Koskinen, en entrevue avec La Presse il y a deux semaines. Il s’agit par exemple de pouvoir verser des primes aux travailleurs de la santé qui ne sont pas prévues aux conventions collectives, d’imposer le port du masque dans les transports en commun, de déplacer du personnel pour faire des tests de dépistage ou de la vaccination, ainsi que de maintenir des contrats de gré à gré « déjà signés ». Québec entend ainsi se donner « une flexibilité et des moyens pour se préparer à une sixième vague éventuelle tout en s’assurant que les gens ne puissent pas percevoir ça comme un abus de pouvoir ».

Les partis de l’opposition auront le gouvernement à l’œil. Il n’y a plus de raison selon eux de maintenir l’état d’urgence sanitaire qui, déplorent-ils, a été renouvelé par décrets depuis deux ans plutôt que par un vote de l’Assemblée nationale.