(Ottawa) Plusieurs conservateurs se sont dits impressionnés par le charisme de Jean Charest à leur sortie d’une rencontre à huis clos avec l’ex-premier ministre québécois, mercredi soir. Une quarantaine de députés et sénateurs se sont déplacés dans un hôtel du centre-ville d’Ottawa pour échanger avec lui en prévision de la course à la direction de leur parti. Le choix du nouveau chef sera connu le 10 septembre.

Publié le 2 mars
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse
Denis Lessard
Denis Lessard La Presse

M. Charest attendait de connaître les modalités avant d’officialiser sa candidature. « On va prendre la décision lorsque nous connaîtrons les règles », a-t-il dit en mêlée de presse à son arrivée, visiblement amusé par toute l’attention que lui porte la presse parlementaire d’Ottawa. « On n’en est pas là encore, mais le jour approche. » Les règles ont été annoncées quelques heures plus tard, en fin de soirée.

L’évènement a été organisé, entre autres, par le député québécois Alain Rayes qui incite M. Charest à se lancer. Des députés et sénateurs de toutes les provinces ont été invités. Celui dont la carrière politique s’étend sur 28 ans s’est adressé à eux et a pris le temps de répondre à leurs questions derrière des portes closes.

« Il a encore le feu sacré ! », s’est exclamé le député Kevin Waugh, de la Saskatchewan, à sa sortie de la salle. « Il a dirigé ce parti lorsqu’il n’avait que deux députés, alors il connaît la chanson, et nous verrons s’il peut revenir et être la personne que l’on cherche. » Il s’est dit satisfait des réponses de M. Charest sur le développement des énergies fossiles.

« M. Charest est très inspirant et, franchement, je crois que c’est ce dont nous avons besoin maintenant », a affirmé Stephen Ellis, député de la Nouvelle-Écosse. Il attend toutefois de connaître l’ensemble des candidats qui se lanceront dans la course avant de décider s’il l’appuiera ou non.

« Ce sera intéressant de voir ce que les gens vont penser lorsqu’il viendra dans l’Ouest canadien », a fait remarquer pour sa part le député albertain Mike Lake.

L’équipe de Poilievre réplique

L’ex-premier ministre n’a pas répondu aux questions des journalistes à sa sortie de la rencontre. À son arrivée, il n’avait pas indiqué précisément les sujets qu’il comptait aborder, mais avait tout de même donné un indice de sa vision du parti en mêlée de presse.

« Un sujet sur lequel, je pense, on va tous s’entendre, c’est l’importance, c’est la responsabilité du Parti conservateur du Canada envers le pays parce qu’il nous faut des partis qui sont d’envergure nationale. C’est absolument essentiel », a-t-il affirmé.

Ça veut dire un parti politique qui est fidèle à son histoire, qui représente chaque région du Canada et qui présente une vision qui est très inclusive du Canada.

Jean Charest, à propos de sa vision du Parti conservateur

Si plusieurs conservateurs qui étaient présents à la rencontre croient que M. Charest pourrait rallier les troupes, il en va autrement de son seul adversaire déclaré à ce jour. L’équipe de Pierre Poilievre a attaqué l’ex-premier ministre sur Twitter.

La députée albertaine Shannon Stubbs a comparé M. Charest, qui a dirigé le Parti libéral du Québec durant 14 ans, au premier ministre Justin Trudeau. Elle lui reproche d’avoir introduit « une taxe carbone » au Québec, d’avoir soutenu le registre des armes à feu et d’avoir augmenté la taxe de vente du Québec de 2 % au cours de son mandat. « Notre chef doit partager nos valeurs et respecter nos politiques », a-t-elle écrit.

Un nouveau chef en septembre

C’est le 10 septembre que les militants conservateurs choisiront leur nouveau chef, a tranché mercredi soir le comité de rédaction des règles pour baliser la succession d’Erin O’Toole, un délai comparable à la précédente course qui avait démarré en janvier 2020 et qui devait se terminer fin juin à l’origine.

Le clan Charest craignait que la date limite pour inscrire de nouveaux membres survienne à la mi-mai ; les règles lui donnent un peu d’oxygène. Jusqu’au 3 juin, les organisateurs pourront vendre des cartes de membre pour pouvoir voter au congrès. Dans les semaines qui suivent, la permanence vérifiera l’admissibilité des nouveaux membres.

Pour conférer une égalité relative des circonscriptions, le système prévoit que chaque circonscription vaudra 100 points, quel que soit le nombre de membres qui y sont inscrits. Si moins de 100 membres votent pour une circonscription, son poids sera réduit d’autant toutefois. Par exemple, si, dans une circonscription, seulement 30 membres votent, son poids sera de 30, une formule de compromis réclamée par les organisations de l’Ouest canadien qui comptent beaucoup de membres par circonscription.

« En tant que parti avec une longue tradition d’engagement populaire, ces dates permettront au plus grand nombre possible de se joindre au Parti conservateur et de participer à l’élection de notre prochain chef », a expliqué Ian Brodie, président du comité sur la préparation des règles du congrès. Cet échéancier permettra aux députés conservateurs de revenir à l’automne à la Chambre des communes avec leur nouveau leader, a-t-il souligné.

Plus d’obstacle devant Charest ?

Les candidats auront jusqu’au 19 avril pour se déclarer en lice et, comme en 2020, ils devront payer des frais d’inscription de 200 000 $, en plus d’un dépôt « de conformité » remboursable de 100 000 $. En 2020, la course avait été enclenchée au début de janvier. On prévoyait choisir le successeur d’Andrew Scheer le 27 juin mais, à cause de la pandémie, cette échéance avait été reportée.

Rien ne semble plus faire obstacle à la candidature de Jean Charest. S’il se lançait à son tour dans la course à la direction, il s’agirait pour lui d’un retour en politique fédérale puisqu’il a dirigé le Parti progressiste-conservateur durant les années 1990 avant de faire le saut en politique québécoise. Il avait également fait campagne pour le camp du Non lors du référendum de 1995.

Lundi, l’Unité permanente anticorruption a fermé l’enquête Mâchurer sur le financement du Parti libéral du Québec à l’époque où la formation était dirigée par M. Charest, après huit ans de démarches qui n’ont pas abouti. Il s’agit donc d’un obstacle de moins pour sa candidature à la direction du Parti conservateur.