Le premier ministre François Legault s’oppose à ce que le gouvernement Trudeau applique la Loi sur les mesures d’urgence au Québec. Ailleurs au pays, plusieurs de ses homologues estiment aussi que cette mesure n’est pas nécessaire sur leur territoire.

Mis à jour le 14 février
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On n’en veut pas sur le territoire québécois », a-t-il martelé dans le cadre d’une conférence de presse, à Longueuil, en présence de la mairesse Catherine Fournier.

M. Legault ne s’oppose pas à ce que la loi s’applique dans les provinces qui le souhaitent. Cependant, il estime que cette mesure n’est pas nécessaire au Québec, parce qu’il n’y a pas eu de problèmes et que, face aux mouvements de contestation des mesures sanitaires qui ont provoqué des crises dans d’autres provinces, la Sûreté du Québec a la situation bien en main.

« Je comprends qu’il y a un problème particulier en Ontario, en particulier à Ottawa. On est bien prêts à supporter ce qui est nécessaire d’être fait par l’Ontario et par le gouvernement fédéral, et évidemment par le gouvernement municipal de la Ville d’Ottawa. Mais on ne souhaite pas avoir l’état d’urgence au Québec pour deux raisons. D’abord, on ne pense pas que c’est nécessaire. On l’a vu à Québec, on l’a vu en fin de semaine à Montréal : les corps de police et la Sûreté du Québec arrivent à garder le contrôle. Deuxièmement, je pense que c’est le temps de rassembler les Québécois, ce n’est pas le temps de les diviser. »

M. Legault croit que c’est le temps de se réunir, et non pas de se diviser, et qu’il faut éviter de mettre de l’huile sur le feu. Interrogé à savoir s’il faisait un lien entre cette loi d’urgence et la loi des mesures de guerre imposées par le père du premier ministre canadien actuel, Pierre Elliott Trudeau, le premier ministre, sans s’étendre sur le sujet, a dit y avoir pensé.

Par ailleurs, M. Legault, sans connaître les nuances légales, ne croit pas que le Québec peut mettre un veto à la loi sur les mesures d’urgence, ajoutant que « ça devient politique ».

D’autres premiers ministres opposés

Les dirigeants des provinces ont été informés des projets du fédéral lors d’une conférence téléphonique avec Justin Trudeau au courant de la journée de lundi. Ailleurs au pays, des premiers ministres provinciaux ont exprimé leur opposition à cette mesure.

C’est notamment le cas de Jason Kenney, en Alberta, où un barrage est toujours en cours au point d’entrée de Coutts, et où la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a saisi un arsenal lors d’une perquisition effectuée dans des véhicules du convoi qui bloque la frontière canado-américaine.

En conférence de presse à Calgary, lundi matin, il a affirmé qu’il respecterait la décision du gouvernement fédéral, mais qu’il ne la considérait pas « nécessaire », car « d’un point de vue albertain, nous avons tous les pouvoirs statutaires et capacités opérationnelles ».

Le dirigeant conservateur a par ailleurs dit craindre que le recours à la loi puisse faire perdurer les tensions. « Je pense qu’il y a un certain type de personne qui, en entendant cette annonce du fédéral, sera encore plus enflammé, et cela pourrait mener à une prolongation de certaines de ces manifestations », a-t-il argué.

Son collègue de la Saskatchewan, Scott Moe, a opposé la même fin de non-recevoir. « Les blocus illégaux doivent cesser, mais la police dispose déjà d’outils suffisants pour faire respecter la loi et mettre fin aux blocages, comme elle l’a fait ce week-end à Windsor. Par conséquent, la Saskatchewan n’est pas en accord avec l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence par le gouvernement Trudeau », a-t-il écrit sur Twitter.

Même opposition au Manitoba, où la frontière est toujours bloquée à Emerson, et où la première ministre Heather Stefanson n’est « pas convaincue » qu’il faut adopter cette approche. Le signal qu’envoie le recours inédit à cette loi « ne sont pas constructifs ici au Manitoba, où il faut faire preuve de prudence contre les excès et les conséquences négatives imprévues », a-t-elle fait valoir par voie de communiqué.

Ford monte le ton

Quant au premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, il a réitéré lundi qu’il appuierait toute proposition du fédéral qui pourra contribuer à dénouer l’impasse. La semaine dernière, M. Ford avait déjà annoncé qu’il décrétait l’état d’urgence.

L’élu ontarien a toutefois de nouveau monté le ton contre les camionneurs et les manifestants à Ottawa et Windsor qui, selon lui, prennent trop de citoyens « en otage ». « Soyons clairs : si vous choisissez d’utiliser votre véhicule pour créer le chaos, vous perdrez ce véhicule et votre permis, purement et simplement. Nous allons vous lancer tous les outils dont nous disposons », a-t-il lancé aux manifestants.

M. Ford, qui a d’ailleurs avoué lundi que la division entourant les restrictions sanitaires affecte directement sa famille et ses proches, a assuré que son plan de déconfinement « était en place bien longtemps avant les manifestations » des camionneurs, à Ottawa et à Windsor. Il affirme que c’est plutôt la baisse des hospitalisations et le redémarrage des chirurgies qui l’incitent à aller de l’avant.

Le centre-ville d’Ottawa est paralysé depuis 18 jours par des manifestants qui réclament la fin des mesures sanitaires. Ces derniers ont stationné plus de 400 camions lourds dans les rues du centre-ville et refusent de quitter les lieux, malgré l’état d’urgence décrété par Ottawa et la province de l’Ontario.

Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse