(Ottawa) À un peu plus d’une semaine de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, la ministre des Sports, Pascale St-Onge, ne veut pas « minimiser » les craintes de certains quant à la sécurité des athlètes, mais elle n’est pas inquiète. « Je suis surtout fière », déclare-t-elle, estimant que le « plan est solide » et qu’Ottawa a « passé son message » à Pékin.

Publié le 27 janvier
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le 4 février, une coalition d’organismes prévoit se réunir devant l’ambassade de la Chine à Ottawa pour la cérémonie d’ouverture des « Jeux du génocide ». On va y allumer une « flamme de la liberté », et une médaille sera remise à distance au président Xi Jinping pour les « records de son régime » en matière de violation des droits de l’homme.

« Ces Jeux n’auraient pas dû avoir lieu, mais bon, ils se tiennent », lance le porte-parole de la cérémonie, Phil Kretzmar, cofondateur de Stop Uyghur Genocide Canada. Le choix de la Chine comme pays hôte a aussi été vertement critiqué, notamment par Jean-Luc Brassard, médaillé d’or aux Jeux d’hiver de Lillehammer, en 1994.

Ces récriminations, Pascale St-Onge les comprend.

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Pascale St-Onge, ministre des Sports

Tout le monde a droit à son opinion [là-dessus]. Mais le Comité international olympique a décidé qu’il y aurait des Jeux, tous les pays s’y rendent. [Et le gouvernement Trudeau] a passé son message en annonçant qu’il n’enverrait pas de délégation diplomatique.

Pascale St-Onge, ministre des Sports

L’affront a été mal accueilli à l’ambassade de Chine, où on a accusé le Canada d’avoir fait un choix « basé sur des préjugés idéologiques et des mensonges » afin de « perturber le bon déroulement des Jeux ». La Chine a dû se rajuster à l’approche du coup d’envoi des JO, l’hypersensibilité des tests de dépistage contre la COVID-19 ayant semé l’inquiétude.

« On est très satisfaits que les normes aient été changées », dit la ministre St-Onge, qui ne s’attend pas à ce que les athlètes canadiens aient des cibles dans le dos en raison des relations acrimonieuses entre le Canada et la Chine. D’abord, d’autres pays ont décrété un boycottage diplomatique, puis la sécurité des athlètes est dans l’intérêt du pays hôte, note-t-elle.

Le gouvernement a travaillé de concert avec le Comité olympique canadien pour mettre en place un dispositif sécuritaire satisfaisant. Pas question d’en dévoiler les détails, mais la ministre assure que tous ont « les yeux ouverts », que « le plan est solide » et que les athlètes pourront se concentrer sur les compétitions.

Avertissement de Pékin

N’empêche, mercredi dernier, un haut responsable du comité organisateur des Jeux de Pékin, Yang Shu, a laissé planer la menace de « certaines sanctions » contre tout sportif dont le « comportement ou discours » irait « à l’encontre de l’esprit olympique, et en particulier des lois et règles de la Chine ».

A-t-on demandé aux athlètes canadiens de rester discrets pendant leur séjour dans la capitale chinoise ? Au téléphone, Pascale St-Onge signale que les athlètes connaissent les règles du jeu.

Beaucoup n’en sont pas à leur première visite en Chine, et par ailleurs, pendant les Jeux, c’est la Charte olympique – dont l’article 50 proscrit toute « sorte de démonstration ou de propagande politique » – qui est reine.

« Ils ont toutes les informations en main pour que les compétitions se déroulent bien, et qu’ils puissent se concentrer sur leur performance, note la ministre. On parle beaucoup de toute la situation [politique], et c’est important, mais eux, ils sont vraiment dans leur bulle de préparation. »

Les règles de la Charte olympique ont été assouplies en juillet dernier. Les participants peuvent désormais discuter d’enjeux politiques avec les médias ou sur les réseaux sociaux. Il reste toutefois interdit de manifester pendant les épreuves, sur les podiums, pendant les hymnes ou dans le Village olympique, ou de « viser des gens en particulier, des pays, des organisations et toucher les gens dans leur dignité ».

Un baume en temps de pandémie

La ministre Pascale St-Onge, recrue politique élue pour la première fois en septembre 2021, dit ressentir davantage de fierté que d’inquiétude lorsqu’elle envisage les deux semaines d’épreuves olympiques qui se tiendront à Pékin du 4 au 20 février prochain. Elle avance que l’évènement tombe à point nommé.

« Avec la pandémie, on a besoin comme peuple d’avoir des moments de réjouissances et de pouvoir se rallier. On peut se rappeler à quel point les Jeux d’été de Tokyo, ça a réuni le pays, tout comme l’accession du Canadien [de Montréal] à la finale de la Coupe Stanley. Le sport, ça a ce pouvoir-là aussi », fait-elle valoir.

Des prédictions ? La ministre ne veut pas s’avancer sur la récolte de médailles. Mais elle se permet de rappeler que lors des derniers Jeux, les athlètes féminines canadiennes ont été particulièrement prolifiques. « J’ai très hâte de voir comment notre délégation féminine va performer », conclut-elle.

Entre 210 et 220

Nombre d'athlètes du Canada qui participeront aux Jeux olympiques d'hiver de Pékin.

Source : Comité olympique canadien