(Ottawa) La crainte d’une invasion russe en Ukraine pousse le gouvernement canadien à rapatrier les membres des familles de diplomates en poste sur le sol ukrainien. D’autres mesures, notamment la livraison d’armes à Kiev, pourraient suivre.

Mis à jour le 25 janvier
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« En raison du déploiement militaire russe actuel et des activités déstabilisantes en Ukraine et dans les environs, nous avons pris la décision de retirer temporairement les enfants de moins de 18 ans des employés canadiens de l’ambassade ainsi que les membres de leur famille qui les accompagnent », a déclaré Affaires mondiales Canada par voie de communiqué, mardi matin.

Le Ministère n’a pas voulu préciser combien de personnes seront ainsi rapatriées, ni dévoiler le nombre de diplomates canadiens qui sont en poste en Ukraine. L’ambassade du Canada à Kiev, elle, demeure ouverte, et tant là-bas que dans l’édifice Lester B. Pearson, siège canadien des Affaires étrangères, on continue à « suivre la situation », a-t-on signalé.

À cette mesure s’ajoute un avertissement de voyage visant l’Ukraine. « Évitez tout voyage non essentiel en Ukraine en raison des menaces actuelles de la Russie et de son déploiement militaire dans le pays et dans les environs. Si vous êtes en Ukraine, vous devriez évaluer si votre présence est essentielle », conseille Ottawa aux voyageurs.

En annonçant le rapatriement des familles de diplomates, le Canada emboîte le pas à certains de ses alliés, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, ce qui a été accueilli avec circonspection par le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui a invité à ne pas « dramatiser ».

Les autorités ukrainiennes ont elles aussi jugé la décision de Washington sur le retrait de diplomates « prématurée » et « excessive ».

Mardi, le président américain Joe Biden a réitéré qu’à une invasion russe, son administration riposterait avec « d’énormes conséquences », puisqu’une telle charge du Kremlin « changerait le monde ». La veille, le Pentagone annonçait avoir placé jusqu’à 8500 militaires en état d’alerte élevée. Ces troupes interviendraient dans les pays de l’OTAN en Europe orientale, mais pas en Ukraine.

Les États-Unis ont promis de répondre cette semaine, par écrit, aux demandes de Moscou, qui dément toute velléité d’invasion. Les forces armées russes ont néanmoins lancé mardi une nouvelle série de manœuvres à proximité de l’Ukraine et en Crimée annexée. Plus de 100 000 militaires russes sont massés à la frontière de l’Ukraine depuis plusieurs semaines.

Envoi d’armes légères envisagé

Le Canada continue d’étudier l’option d’expédier des armes à Kiev – là encore, pour emboîter le pas à des alliés comme Washington et Londres. Le cabinet Trudeau, en retraite fermée jusqu’à mercredi, discute de l’envoi d’armes légères. Le gouvernement se penche aussi sur la possibilité de gonfler les rangs des quelque 200 soldats sur le sol ukrainien pour la mission de formation Unifier, et de prolonger ladite opération.

Dans le camp conservateur, las des « tergiversations » du gouvernement libéral, le député Michael Chong l’a de nouveau exhorté à envoyer « immédiatement » des armes défensives, à « prolonger et élargir » la mission Unifier, et à frapper les responsables de l’agression russe de sanctions de type Magnitski, car « la sécurité du Canada est inextricablement liée à celle de l’OTAN et de l’Europe ».

La lenteur du gouvernement libéral à se décider surprend le politologue Justin Massie.

« C’est étonnant, cette indécision », notamment parce qu’il y a au Canada une importante diaspora ukrainienne (environ 1,3 million de personnes), et également dans la mesure où envoyer des armes légères serait « surtout symbolique », car celles-ci « ne changeraient pas la donne géostratégique » ou n’envenimeraient pas le conflit, expose-t-il.

« Ce n’est pas ça qui va changer les intentions de Vladimir Poutine, insiste le professeur au département de science politique de l’UQAM. J’ai l’impression que c’est un gouvernement qui a une très grande aversion au risque, qui n’aime pas prendre des décisions rapidement, et qui prend beaucoup de temps pour tout ce qui est politique étrangère. »

Le premier ministre Justin Trudeau tiendra une conférence de presse à 16 h 30 mercredi pour faire le point.

Avec l’Agence France-Presse