Bien que Donald Trump ne soit plus président des États-Unis, ses partisans sont plus déterminés que jamais à reprendre le contrôle de leur pays, au moment où une part inquiétante d’Américains est disposée à soutenir les comportements d’un chef autoritaire, selon une récente étude. « Les autoritaires américains représentent un danger clair et immédiat pour les démocraties du monde, y compris pour le Canada », soutient Bob Altemeyer, professeur de psychologie de l’Université du Manitoba à la retraite et auteur du livre Authoritarian Nightmare, qu’il a coécrit avec John W. Dean, ancien avocat de la Maison-Blanche dans l’administration Nixon.

Publié le 23 janvier
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Q. Vous dites que les électeurs républicains étaient critiques de Trump après l’attaque au Capitole le 6 janvier 2021, mais qu’ils sont depuis revenus vers lui…

R. Selon un sondage de 4000 personnes mené par The Pew Research Center, Trump a perdu le quart de ses partisans après l’attaque du 6 janvier 2021. Pour n’importe quel mouvement politique, perdre le quart de vos supporters est un recul important.

Or, ces partisans ne se sont pas volatilisés : ils sont restés ancrés dans les mêmes églises, les mêmes communautés, les mêmes lieux de travail, et sont soumis aux mêmes appels à rejoindre le mouvement qui les avait persuadés auparavant. Résultat : le nombre de républicains qui souhaitent que Trump demeure une figure dominante du Parti républicain a rebondi en 2021 et demeure très élevé. N’oublions pas que Trump a obtenu 11 millions de votes de plus en 2020 qu’en 2016, et que la seule raison qui explique sa défaite, c’est que les démocrates l’ont surclassé dans le recrutement des électeurs, produisant 13 millions de voix de plus pour Biden que pour Hillary Clinton quatre ans plus tôt. Dans une élection ordinaire, Trump aurait remporté une victoire écrasante.

Q. L’une de vos inquiétudes au sujet de l’avenir de la démocratie américaine est qu’un nombre important d’Américains sont « prédisposés » à accepter la rhétorique d’un chef autoritaire et antidémocratique.

R. Exactement, et l’on ne voit tout simplement pas cette vulnérabilité dans les autres grandes démocraties. L’an dernier, la firme Morning Consult a fait passer le test standard de suivi autoritaire à un échantillon représentatif de 1000 Américains, ainsi qu’à un millier d’adultes en Australie, au Canada, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni. Les Canadiens ont obtenu des scores relativement bas, tout comme les Allemands. Mais la moyenne américaine était beaucoup plus élevée que celle des autres pays. La comparaison des résultats américains et allemands est particulièrement frappante, car de nombreux Américains pensent que le peuple allemand est « naturellement » enclin à vouloir une dictature. Or, les États-Unis comptaient deux fois plus de citoyens « prêts pour une dictature » que l’Allemagne, 41 % contre 17 %. C’est un virus mortel pour une démocratie, virus qui pourrait se changer en une pandémie politique.

PHOTO MIRKO PETRICEVIC, TIRÉE DU SITE DE JUSTIA

Bob Altemeyer, professeur de psychologie de l’Université du Manitoba

Il peut être intéressant de faire des parallèles avec la carrière d’un autre politicien qui, un jour de novembre au XXsiècle, a mené une marche de plusieurs milliers de partisans dans le but de renverser le gouvernement démocratique de son pays. La police a affronté la foule, les balles ont fusé et 20 personnes sont mortes. Le leader a été condamné à cinq ans de prison pour trahison, mais il a été libéré moins d’un an plus tard. Il a repris la vie politique, mais cette fois il s’est présenté comme le candidat de la loi et de l’ordre, promettant de mettre fin aux troubles civils causés, dans une large mesure, par ses propres partisans. Son parti a fini par remporter suffisamment de sièges aux élections parlementaires pour qu’il soit nommé chancelier de son pays. En l’espace d’un an, l’auteur de Mein Kampf [NDLR : Adolf Hitler] s’était emparé du pouvoir, avec les conséquences que l’on connaît.

Q. Quelles sont les conséquences de l’autoritarisme américain pour le Canada ?

R. Essentiellement, vous ne vouliez pas partager une frontière avec l’Allemagne d’Adolf Hitler, et les Canadiens ne voudraient peut-être pas non plus en partager une avec un Donald Trump réélu…

Au cours de son premier mandat, Trump a montré à maintes reprises qu’il n’aimait pas la démocratie, qu’il voulait instaurer le règne d’un seul homme. On a pu voir son affection pour des dirigeants totalitaires comme Vladimir Poutine et Kim Jong-un, alors qu’il menaçait au même moment de défaire les alliances des États-Unis avec des États démocratiques. N’oublions pas que si un dictateur venait à entrer à la Maison-Blanche, il considérerait un pays démocratique voisin comme son ennemi naturel.

C’est pour cette raison que les autoritaires américains représentent un danger clair et immédiat pour les démocraties du monde, y compris pour le Canada. Les prochaines années seront déterminantes. Il est faux de croire que les Canadiens ne seront pas touchés si Donald Trump, ses alliés politiques et ses dizaines de millions de partisans réussissent à faire des gains aux élections de 2022 et de 2024. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir les institutions démocratiques des États-Unis et éviter un désastre. Sinon, nous devrons vivre avec les conséquences.