(Ottawa) Le gouvernement Trudeau doit agir sur deux fronts s’il veut mettre fin à la crise sanitaire qui sévit depuis près de deux ans : augmenter les transferts en santé destinés aux provinces et travailler avec la communauté internationale afin d’accélérer la campagne de vaccination dans les pays en développement.

Publié le 15 janvier
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

La pandémie a mis à rude épreuve le réseau de la santé au Québec et ailleurs au pays. Résultat : le débat politique entourant la hausse de la contribution fédérale au financement de soins de santé est réglé, estime le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Du moins, il l’est dans l’esprit de tous les premiers ministres des provinces et de tous les chefs des partis de l’opposition à Ottawa.

Le moment est venu de délier les cordons de la bourse fédérale, et cela dès le prochain budget que doit déposer la ministre des Finances Chrystia Freeland d’ici la fin du printemps, a fait valoir le chef bloquiste dans une entrevue accordée à La Presse.

Le Bloc québécois entend donc continuer de faire de la hausse des transferts aux provinces son principal cheval de bataille durant la rentrée parlementaire prévue le 31 janvier.

À ce sujet, M. Blanchet s’est entretenu récemment avec le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, qui assume la présidence du Conseil de la fédération cette année. M. Blanchet l’a alors assuré que le Bloc québécois portera la cause des provinces aux Communes pour forcer la main du gouvernement Trudeau.

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Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan

Le chef bloquiste se félicite d’ailleurs que le front commun des provinces soit demeuré intact jusqu’ici, un signe selon lui que le gouvernement fédéral est isolé sur cette épineuse question.

« À l’heure actuelle, on se rend compte que les systèmes de santé des provinces et du Québec sont soumis à une pression qui est très considérable. L’enjeu est structurel. Il n’est pas conjoncturel. Le gouvernement fédéral maintient son approche de profiter carrément de la situation pour essayer de brader des transferts en santé en échange de compétences qui appartiennent au Québec et aux provinces. On voit tout l’impact que ça a », a soutenu M. Blanchet.

Selon lui, il est évident que les systèmes de santé auraient mieux résisté aux vagues qui ont déferlé sur le pays au cours des 22 derniers mois si le gouvernement fédéral avait relevé sa contribution financière.

Depuis quelques années, les provinces réclament à l’unisson qu’Ottawa augmente les transferts en santé afin d’assumer 35 % de la facture annuelle, contre 22 % à l’heure actuelle. Une telle majoration se traduirait par des investissements annuels supplémentaires de 28 milliards de dollars du gouvernement fédéral.

Le contexte de la pandémie

Le premier ministre Justin Trudeau a dit être prêt à discuter d’une hausse des transferts avec ses homologues provinciaux, mais seulement une fois que la pandémie sera terminée. Durant la dernière campagne électorale, les libéraux ont promis d’injecter 9 milliards en santé sur quatre ans, mais en imposant des conditions. Ainsi, 3 milliards devraient servir à embaucher 7500 médecins de famille et infirmières, tandis que 6 milliards devraient être utilisés pour éliminer les listes d’attente.

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Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

« Il est très clair que le contexte de la pandémie met en lumière le sous-financement des soins de santé et du système de santé. Évidemment, il faut régler le problème à court terme, et non pas y aller à la pièce avec un spectacle politique odieux sur la grande générosité du gouvernement fédéral quand il met 1 milliard sur la table [durant la pandémie] alors que les besoins et les demandes sont dans les dizaines de milliards », a fait valoir M. Blanchet.

Selon lui, il est tout aussi impératif que le Canada redouble d’efforts, de concert avec d’autres pays industrialisés, pour accélérer la campagne de vaccination dans les pays en développement.

« Il faut saisir la réalité qu’au niveau international, il faut accélérer la vaccination. Car la probabilité d’émergence d’un nouveau variant est proportionnelle au nombre de porteurs du virus. Forcément, quand les pays parmi les plus populeux sont sous-vaccinés, la probabilité de l’émergence de variants un après l’autre existe. Un variant qui aurait la virulence de ceux du passé avec la capacité de propagation du variant Omicron serait une énorme menace à la santé publique planétaire », a-t-il avancé.

M. Blanchet a soutenu qu’une vaccination « efficace et rapide » à large échelle doit passer par la suspension des brevets afin de permettre aux pays en développement qui ont besoin de façon urgente de vaccins d’en fabriquer.

« Après cela, on s’arrangera pour ce qui est des propriétés intellectuelles. Il est normal, lorsque la santé publique le commande, que l’intérêt économique à court terme des pharmaceutiques soit suspendu. Je crois même qu’elles sont parlables à cet égard. »