(Ottawa) Faut-il lire dans les feuilles de thé des récentes déclarations ministérielles fédérales que le gouvernement Trudeau aimerait voir les provinces lui emboîter le pas en imposant la vaccination dans certains secteurs ? Alors que plusieurs pays européens serrent la vis à leurs citoyens et qu’Ottawa juge avoir utilisé tous les leviers à sa disposition pour aider les provinces, à Québec, on signale que ce n’est « toujours pas une avenue » envisagée.

Publié le 11 janvier
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le débat a été relancé par la réflexion « personnelle » du ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, sur la vaccination obligatoire, vendredi dernier – une sortie « incendiaire » aux yeux des conservateurs, et inappropriée d’après les bloquistes. Des propos auxquels se sont ajoutés ceux de son collègue aux Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, qui a prévenu que les ressources fédérales n’étaient pas illimitées.

« On a fait tout ce qu’on pouvait faire. Les vaccins sont là, les tests de dépistage rapide sont là, on a imposé la vaccination aux employés de la fonction publique fédérale, dans les entreprises à charte fédérale et dans les secteurs maritime, aérien et ferroviaire. Le ministre [Duclos] a lancé un débat, c’est tout », a noté une source gouvernementale ayant requis l’anonymat afin de s’exprimer plus librement.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Santé

Le premier ministre Justin Trudeau a eu l’occasion d’en discuter lundi après-midi dans le cadre d’une énième réunion avec ses homologues provinciaux et territoriaux. Mais là où ses partenaires ont exercé des pressions plus soutenues, c’est dans les dossiers des tests de dépistage et de l’approbation des traitements antiviraux de Merck et de Pfizer, auxquels Santé Canada n’a toujours pas donné le feu vert, selon une source fédérale.

Au Québec, où le gouvernement a dû faire marche arrière après avoir tenté d’imposer la vaccination obligatoire dans le milieu de la santé, on ne semble pas vouloir s’emparer du débat. « À ce moment-ci, ce n’est pas une avenue que nous envisageons », a écrit Ewan Sauves, attaché de presse de François Legault. Cela est aussi vrai pour les employés de la Société des alcools du Québec et de la Société québécoise du cannabis, dont les portes seront bientôt fermées aux non-vaccinés, a-t-il dit.

« Ça regarde Québec ! »

De l’autre côté de la rivière des Outaouais, en revanche, on a voulu s’en mêler.

« Ça regarde Québec ! Ça ne regarde pas le ministre [Duclos] qui réfléchit prétendument tout haut », a réagi en entrevue le porte-parole du Bloc québécois en matière de santé, Luc Thériault.

Il invite plutôt Ottawa à se concentrer sur « l’intensification de ses efforts de vaccination à l’échelle de la planète ».

Son collègue conservateur Pierre Paul-Hus a aussi mal digéré la déclaration du ministre. Il lui a reproché non seulement d’avoir formulé des propos qui n’ont rien à voir avec son champ de compétence, mais en plus, « incendiaires », car de nature à provoquer « des tensions ».

Titulaire du portefeuille de la Santé depuis octobre 2021, mais au cabinet depuis 2015, Jean-Yves Duclos a avancé vendredi passé « qu’on va en arriver là un jour, la vaccination obligatoire », mais que sa réflexion était « personnelle et pas totalement pertinente », puisque cet enjeu relève des provinces et des territoires.

Il répondait à la question d’un journaliste qui lui présentait l’exemple de l’Italie, où l’on a imposé la vaccination aux personnes âgées de 50 ans et plus – l’obligation vaccinale fait aussi son chemin dans d’autres pays de l’Union européenne, dont la Grèce et l’Autriche, tandis que du côté de la France, le président Emmanuel Macron a manifesté son désir d’« emmerder » les non-vaccinés.

Règles plus strictes pour les camionneurs

L’approche restrictive du Canada s’appliquera par ailleurs vraisemblablement aussi aux camionneurs qui franchissent la frontière avec les États-Unis. Ceux qui n’ont pas reçu de vaccin ne pourront pas entrer au pays à compter du 15 janvier prochain, faisant craindre des problèmes d’approvisionnement.

Au cabinet du ministre des Transports, Omar Alghabra, lundi, on a signalé que l’on était « déterminé à continuer de travailler en collaboration pour trouver des solutions aux défis logistiques qui sont apparus depuis le début de la pandémie ». Aucun signe, donc, de la possibilité d’accorder des exemptions, comme le réclamait le chef conservateur Erin O’Toole la semaine passée.