(Ottawa ) Cinq bateaux devraient patrouiller sur le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de la réserve d’Akwesasne, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Publié le 4 janvier
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Une escouade mixte d’intervention policière réunissant les forces de l’ordre du Québec, de l’Ontario, des Premières Nations et de l’État de New York devrait être mise sur pied.

Le gouvernement fédéral devrait aussi sérieusement envisager de rendre illégale l’appartenance à un gang de rue qui se livre à des activités criminelles.

Devant la récente flambée des fusillades dans la région de Montréal, le gouvernement Trudeau ne doit plus lésiner sur les moyens à prendre pour contrer ce fléau, selon le Bloc québécois. Tout doit être mis en œuvre pour sécuriser la population de la métropole, qui est ébranlée par la série de fusillades survenues sur son territoire au cours des derniers mois, soutient le député Rhéal Fortin, porte-parole du Bloc québécois en matière de justice. Durant la courte session parlementaire de quatre semaines à Ottawa, les troupes bloquistes d’Yves-François Blanchet ont utilisé toutes les tribunes pour faire pression sur le gouvernement Trudeau.

Selon Rhéal Fortin, l’heure est grave. Le Québec et d’autres endroits au Canada « sont en train de devenir le far west ».

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Rhéal Fortin, porte-parole du Bloc québécois en matière de justice

Les organisations criminelles, le trafic d’armes, le laxisme du gouvernement dans la lutte pour le contrôle des armes à feu nous causent un énorme préjudice et placent la population québécoise dans une situation d’insécurité, de vulnérabilité. Cela n’a pas sa raison d’être, pas en 2021.

Rhéal Fortin, porte-parole du Bloc québécois en matière de justice

Dans un discours prononcé à la Chambre des communes durant le débat qui portait sur le projet de loi C-5, qui vise à abolir certaines peines minimales, M. Fortin a affirmé avoir recensé au moins 18 évènements au Québec impliquant des armes à feu et ayant fait des victimes.

« Toutes les semaines, des gens de ma famille, des amis et des concitoyens de ma circonscription viennent me dire que ce qui se passe à Montréal n’a pas de bon sens. Ils me demandent ce qu’on attend pour agir alors que des gens se font tuer en se faisant tirer dessus. Certains parents ne sont même plus à l’aise d’envoyer leur jeune dans son école secondaire, parce qu’ils ne la trouvent plus sécuritaire », a-t-il relevé dans son discours.

Akwesasne

Dans une entrevue avec La Presse, M. Fortin a souligné que le nœud du problème demeure le trafic d’armes illégales, qui transitent notamment par la réserve d’Akwesasne.

D’où l’idée d’avoir des bateaux qui effectuent des patrouilles sur la rive du fleuve Saint-Laurent et de créer une escouade mixte d’intervention.

« Un transit important d’armes à feu illégales se fait par navigation sur le fleuve Saint-Laurent en passant par la réserve d’Akwesasne qui touche au territoire américain d’une part et au fleuve d’autre part. Si on traverse le fleuve, on est rendu au Québec ou à Cornwall, en Ontario », a-t-il souligné.

Cela prend une escouade, parce qu’on n’est pas capables de lutter efficacement contre le trafic d’armes à feu puisque cela implique trop de zones de responsabilité.

Rhéal Fortin

« Cela prend donc une escouade mixte spéciale composée d’agents américains, de membres des Gardiens de la paix, de la Police provinciale ontarienne, de la Sûreté du Québec et de la GRC pour être en mesure de combattre ces crimes », a-t-il aussi noté.

M. Fortin et sa collègue Kristina Michaud, qui est porte-parole du Bloc en matière de sécurité publique, ont pressé le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, de faire siennes les suggestions bloquistes. Pour l’heure, le ministre soutient que le gouvernement Trudeau préfère conclure des ententes avec les provinces et les municipalités pour interdire les armes de poing sur le territoire. Le gouvernement libéral met sur la table 1 milliard de dollars pour aider les provinces qui le souhaitent à mettre en œuvre cette interdiction.

Le Bloc québécois a par ailleurs mal accueilli le projet de loi C-5, qui propose d’éliminer les peines minimales pour certains crimes liés aux drogues, mais aussi certains liés aux armes à feu. Il a demandé que le projet de loi soit scindé en deux.

« Au Bloc québécois, nous sommes en faveur d’éliminer les peines minimales. C’est une mauvaise habitude qui découle de l’ère de Stephen Harper. […] Mais le problème, en ce moment, abroger les peines minimales sur le contrôle des armes à feu, l’utilisation des armes à feu, on trouve que c’est un bien mauvais timing. Il y a des infractions où des peines minimales devraient probablement rester. Mais faire cela au moment où on vit une crise à Montréal, c’est un mauvais message à envoyer à la population qui est très inquiète », a fait valoir M. Fortin.