(Québec) Québec solidaire (QS) demande à la vérificatrice générale d’approfondir son enquête sur les prêts discrétionnaires accordés par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Patrice Bergeron et Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

Les trois partis d’opposition ont lancé jeudi une charge contre le ministre au lendemain du dépôt du rapport de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, quirévélait qu’au moins 10 entreprises en difficulté ont pu obtenir de Québec des prêts totalisant 68 millions pendant la pandémie, même si elles ne respectaient pas l’ensemble des critères.

« Clairement, c’est du favoritisme », a déclaré le porte-parole libéral en matière d’économie, Monsef Derraji.

« Lorsqu’on lui a demandé si certaines de ses connaissances ont touché un prêt grâce à son intervention, il a simplement répondu qu’il connaissait tout le monde. Voyons donc ! », s’est insurgé M. Derraji.

« Est-ce que ça prend une connaissance avec le ministre pour bypasser les règles ? »

L’équipe du Vérificateur général n’a étudié que 22 prêts du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE), dont près de la moitié des cas étudiés révélaient des irrégularités. QS demande donc à la vérificatrice générale d’aller chercher un échantillonnage plus grand.

Dans une lettre obtenue par La Presse Canadienne, la porte-parole de QS, Ruba Ghazal, demande une « analyse plus approfondie ».

Selon elle, il y a « clairement eu traitement inéquitable et manque d’uniformité, et cela est inacceptable », peut-on lire.

En point de presse jeudi matin, Mme Ghazal s’est dite convaincue qu’il y a probablement plus que 10 entreprises qui ont ainsi bénéficié d’une aide sans répondre aux critères. « M. Fitzgibbon n’a pas perdu ses vieilles habitudes, c’est-à-dire de gérer l’argent public comme si c’était l’argent privé de sa firme de placements. »

« On veut la liste des 10 », a pour sa part réclamé le péquiste Pascal Bérubé. « Qui a fait l’objet des largesses discrétionnaires du ministre ? La moindre des choses, de façon proactive, c’est que le ministre rende publique la liste des 10 entreprises avant qu’on les trouve. »

Fitzgibbon refuse

La réponse du ministre ne s’est pas fait attendre : « Non. Si je me mets à faire ça, les compagnies ne viendront plus voir Investissement Québec. C’est confidentiel et il n’est pas question qu’on divulgue les listes », a-t-il dit en mêlée de presse.

Il a du même souffle rejeté toute accusation de favoritisme. « C’est faux parce que les projets arrivent par la base à Investissement Québec. Il n’y a aucun projet qui est parti du bureau du ministre. »

Durant la période de questions, il a assuré, en réponse au député solidaire Vincent Marissal, que tout était d’abord passé par Investissement Québec. « Le député réfère à des cas d’espèce que j’ai gérés. Ce n’est pas vrai. […] Sur 14 000 dossiers, 25 se sont ramassés à mon bureau et les 25, c’est Investissement Québec qui a conclu qu’il y avait des raisons stratégiques pourquoi il fallait sortir du cadre qui avait été fait en six jours. Dans tous les cas, ce n’est pas le ministre qui a décidé, mais plutôt Investissement Québec qui requérait une flexibilité, ce à quoi nous avons concédé. »

Dès le début de la crise sanitaire, Québec a réservé 3 milliards de fonds publics à deux programmes d’aide temporaire aux entreprises confrontées à un manque de liquidités lié à la pandémie : le PACTE et le Programme Aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME).

La gestion du programme créé et géré par M. Fitzgibbon, en vue de soutenir les entreprises éprouvées par la pandémie de COVID-19, n’a pas été adéquate et a manqué de transparence, a relevé la vérificatrice Guylaine Leclerc, dans son rapport.

Une clause du guide de gestion interne du PACTE prévoyait que le ministre Fitzgibbon s’octroyait le pouvoir d’ajuster les modalités du programme « selon les besoins des dossiers ». Il pouvait donc, en principe, aider financièrement des entreprises qui ne se qualifiaient pas pour ce programme. Et c’est ce qui s’est produit, au moins à une dizaine de reprises.