(Trois-Rivières) Le premier ministre François Legault se défend d’avoir utilisé des fonds publics pour offrir une formation « partisane » sur les « planification et achat médias » en vue des prochaines élections. Selon lui, la démarche menée par le cabinet du whip en chef du gouvernement est tout à fait « normale ». La commissaire à l’éthique et à la déontologie fait enquête à la demande des libéraux.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

M. Legault assure que la formation caquiste sur les « planification et achat médias » en vue des futures élections n’avait rien de partisan. Au contraire, il fait valoir que le webinaire présenté mercredi avait pour objectif de « bien expliquer » ce qui « doit être payé avec des fonds de la CAQ et ce qui doit être payé avec des fonds de l’Assemblée nationale ».

« On s’en va dans une année électorale », a-t-il affirmé vendredi à son arrivée au conseil général de sa formation à Trois-Rivières. « Ce qu’on veut, c’est être certain que les députés dans tous les comtés respectent les lois de l’Assemblée nationale, donc on a mis en place une formation pour bien expliquer à tout le monde, partout dans tous les comtés, qu’il ne faut pas utiliser les fonds publics. »

Le Parti libéral du Québec fait une tout autre lecture. Vendredi, la commissaire à l’éthique et à la déontologie, Ariane Mignolet, a d’ailleurs confirmé qu’elle ouvrait une enquête sur la tenue de cette formation au sujet des placements publicitaires en prévision des élections. Selon les libéraux, l’opération « laisse planer un rôle partisan attribué au personnel des bureaux de comté ».

On s’interroge aussi sur les ressources utilisées par le cabinet du whip en chef du gouvernement. C’est d’ailleurs une employée du bureau du whip qui a envoyé par erreur jeudi le contenu de la formation au personnel de bureaux des 125 circonscriptions, et non seulement à ceux des élus caquistes.

Le PLQ note aussi que chaque page est ornée du logo de l’Assemblée nationale. On y explique comment utiliser la plateforme qui centralise les informations des électeurs caquistes, appelée la « Coaliste ». La formation a par ailleurs été offerte par deux employés du parti.

Le whip en chef du gouvernement, Éric Lefebvre, a expliqué à La Presse que le choix de deux formateurs avait été fait « parce que c’étaient des spécialistes au niveau du placement médiatique ».

« On voulait qu’ils puissent expliquer justement ce qui est partisan et ce qui ne l’est pas », a-t-il expliqué en marge du conseil général. Il n’a pas voulu aborder la portion au sujet de l’utilisation de la « Coaliste », puisque l’affaire fait maintenant l’objet d’une enquête.

Aux yeux de M. Legault, il n’y a rien d’anormal dans cette pratique. « Non, nous, on prend les règlements de l’Assemblée nationale et on explique à nos députés et à nos employés ce qu’ils ont le droit de faire […] Je pense que c’est important que tous les partis politiques informent correctement les députés de ce qu’on a le droit de faire et de ce qu’on n’a pas le droit de faire en publicité durant la campagne », a-t-il ajouté.

Pas d’élections hâtives, assure Legault

Par ailleurs, les libéraux soulignaient que le document sur la formation précisait que les plans publicitaires devaient être soumis au plus tard le 15 février. Selon eux, cela indiquait « clairement » que le gouvernement envisageait d’appeler les Québécois aux urnes plus tôt que prévu. À ce sujet, le premier ministre n’a laissé planer aucun doute samedi : les élections générales auront lieu le 3 octobre 2022.

Je l’ai déjà dit et je le répète, on a une loi pour avoir des élections à date fixe, alors les prochaines élections générales vont avoir lieu au début octobre 2022.

François Legault, premier ministre du Québec

Selon le Parti libéral du Québec, la formation offerte par la CAQ enfreint l’article 36 du Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale, qui précise : « Le député utilise les biens de l’État, y compris les biens loués par l’État, ainsi que les services mis à sa disposition par l’État et en permet l’usage pour des activités liées à l’exercice de sa charge. »