(Ottawa) Un mois et demi après avoir annoncé sa démission à titre de cheffe du Parti vert du Canada (PVC), voici qu’Annamie Paul annonce qu’elle a officiellement informé la formation de sa démission — et aussi, qu’elle déchire sa carte de membre.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« Aujourd’hui, j’ai envoyé un avis formel de ma démission au PVC. Je vais également mettre fin à mon adhésion au PVC. Ce fut un honneur de travailler pour les Canadiens, et j’ai hâte de servir d’autre manière », a-t-elle écrit mercredi sur Twitter, en anglais seulement.

Le 27 septembre dernier, à l’issue d’un scrutin aux résultats désastreux, Annamie Paul déclarait en conférence de presse qu’elle démarrait son « processus » de démission à titre de dirigeante du Parti vert. Elle se sera accrochée au moins un mois et demi.

La formation doit maintenant accepter sa démission. Selon l’ancien chef adjoint Daniel Green, il faut que cela se fasse rapidement si l’on veut dissiper toute confusion.

Lui-même se montre sceptique. « Annamie Paul nous a déjà joué des tours au niveau de l’incertitude. Elle avait annoncé qu’elle allait démissionner, mais là, on s’est aperçu que c’était une annonce médiatique et non contractuelle », lâche-t-il en entrevue.

Des différends entourant des clauses de son contrat auraient fait traîner le processus en longueur, d’après ce qu’ont indiqué à La Presse plusieurs sources au courant des tractations.

Il y avait aussi, en filigrane, l’enjeu de la poursuite que Mme Paul avait déposée contre sa formation lorsque son leadership était en péril — la cheffe démissionnaire réclamait qu’on lui rembourse les frais juridiques encourus dans cette croisade devant les tribunaux.

Il n’a pas été possible de confirmer si ce dossier a été résolu au moment de publier ces lignes, mercredi. Mais le parti, lui, a fait preuve de « bonne foi » en retirant l’appel qui avait été interjeté devant la Cour supérieure de l’Ontario, plaide Daniel Green.

« Et là, maintenant, il faut que ça se termine », tranche-t-il.

« Si c’est vrai qu’on est un nid de racistes… »

Que pense Daniel Green du fait que Mme Paul déchire sa carte verte ? Après s’être contenté d’offrir qu’elle était « libre » de le faire, il y va d’une boutade, qu’il assortit d’une traduction libre d’une réplique de Woody Allen en ouverture du film Annie Hall.

« Après tout, si c’est vrai ce qu’elle dit, qu’on est un nid de racistes… Comme dit l’adage de Woody Allen [qui paraphrasait dans le film une blague de Groucho Marx], pourquoi est-ce que je resterais membre d’un organisme qui m’accepterait comme membre ? », fait-il valoir à l’autre bout du fil.

Alors qu’elle faisait face à une fronde à l’interne, en juin dernier, la dirigeante a accusé de racisme — et de sexisme — certains membres du conseil fédéral de la formation qui cherchaient à l’éjecter.

À l’élection fédérale du 20 septembre dernier, le Parti vert a chuté dans les appuis, obtenant 2,3 % des suffrages comparativement à 6,6 % en 2019, alors que c’était Elizabeth May qui était aux commandes de la formation.

Au Québec, la formation a recueilli 1,5 % des voix. Il y avait de nombreuses pommes de discorde entre la dirigeante et l’aile québécoise, au point où cette dernière a accouché d’une plateforme à laquelle Mme Paul n’avait pas participé.

L’ancienne adjointe de la cheffe démissionnaire, Victoria Galea, n’a pas répondu aux questions de La Presse, mercredi.