(Québec) Quelle mouche a bien pu piquer un ancien chroniqueur chez Québecor, ex-conseiller du Parti québécois et rédacteur de discours de Pauline Marois, pour qu’il décide de se lancer comme candidat dans la campagne municipale à Québec ?

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

C’est la question que se sont posée certaines connaissances de Claude Villeneuve lorsqu’il a décidé de briguer le poste de conseiller du district Maizerets–Lairet. L’une d’entre elles lui a même lancé : « Mais Claude, tu t’en vas t’occuper des vidanges ! »

« Les gens qui ne me connaissent pas beaucoup sont surpris. Ils m’auraient plus attendu à Québec ou à Ottawa. Mais ceux qui me connaissent bien ne sont pas surpris », dit-il.

D’un geste de la tête, Villeneuve désigne par la fenêtre du café la 18Rue, juste en face. L’artère est particulièrement accidentogène.

« J’habite une rue plus haut. J’ai un bébé qui va marcher dans trois ou quatre mois. Ça va être son environnement. Il faut que je m’en occupe », lâche-t-il.

Au municipal, la politique se pratique souvent au ras des trottoirs, ce qui ne semble pas déplaire à la recrue d’Équipe Marie-Josée Savard.

Assumer ses chroniques

Claude Villeneuve est l’un des plus singuliers nouveaux visages de ces élections dans la capitale. Pendant sept ans, l’homme de 39 ans a manié la plume pour les journaux de Québecor. Il en a même brièvement dirigé les pages Opinions.

Écrire des chroniques pendant des années laisse des traces. Le candidat l’a bien vu il y a deux semaines, lors d’une conférence de presse où un journaliste l’a questionné sur ses positions passées à propos du troisième lien.

L’homme n’a jamais caché être un farouche opposant au « tunnel pharaonique » de la CAQ. « C’est pour gagner et conserver environ 10 comtés que la CAQ veut dépenser 10 milliards de votre argent. Il n’y a aucune autre justification à chercher là-dedans », a-t-il écrit en mai dernier dans les pages du Journal de Québec.

Le parti de Mme Savard, dauphine de Régis Labeaume, défend une position beaucoup plus conciliante. Pour la formation politique, le tunnel Québec-Lévis est un projet provincial et la Ville n’a pas à prendre position.

« Dans mon district, je constate que des gens sont inquiets du troisième lien. Ça aura un impact sur la circulation automobile. Je constate aussi que beaucoup de gens qui voulaient un troisième lien le voulaient à l’est », explique-t-il lors d’un entretien dans un café de Limoilou.

Maintenant, le gouvernement Legault s’est fait élire en promettant un troisième lien. Je respecte qu’il veuille respecter sa promesse. Mais c’est sûr que ce n’est pas notre projet. On va faire valoir nos points et on va s’assurer que ça se fasse dans le meilleur intérêt.

Claude Villeneuve, candidat dans le district Maizerets–Lairet

Le candidat s’imagine parfois, dans une espèce de politique-fiction, que les autres partis municipaux à Québec ont un employé qui se consacre à temps plein à éplucher ses vieilles chroniques.

« Il se dit : “Le gros Villeneuve, il en a fait, des textes !” C’est sûr que je me suis positionné sur plein de sujets. Je sais que d’autres pourraient revenir en balle courbe. Il faut que je l’assume. »

Un « Born Again Labeaume »

Claude Villeneuve a aussi écrit quelques chroniques très critiques de Régis Labeaume. Il porte aujourd’hui les couleurs d’un parti héritier direct d’Équipe Labeaume.

« J’aime bien dire que je suis un “Born Again Labeaume” », lance-t-il, en référence à ces chrétiens qui renouent avec Dieu après une illumination.

Dans mes chroniques, j’étais très critique du maire. Mais quand il est arrivé avec le projet de tramway, un changement s’est opéré.

Claude Villeneuve, candidat dans le district Maizerets–Lairet

Équipe Marie-Josée Savard mène dans les sondages. Mais la formation politique sait bien que même avec une victoire le 7 novembre, la partie est loin d’être gagnée. Si le maire Labeaume a eu l’occasion de vendre le projet de tramway, ses successeurs devront assurer sa construction. Sa mise en service est prévue pour 2028.

« Le mandat va être très difficile. À la prochaine élection, le tramway ne roulera pas encore, mais on va être dans les travaux », dit-il.

Mais l’ancien chroniqueur jure que ces questions l’intéressent au plus haut point : les trottoirs, les saillies, les intersections…

« Je n’avais pas conscience de l’importance qu’a la sécurité routière pour les gens. Dans mon porte-à-porte, neuf portes sur dix me parlent de la vitesse des voitures. »

« Je vois Denis Coderre faire une campagne en disant qu’il faut redonner à Montréal son statut de métropole. Moi, je ne connais personne à Montréal qui réclame le retour du statut de métropole », dit-il, se permettant un petit commentaire sur la campagne montréalaise.

« Il ne faut pas avoir peur de ramener la ville au niveau du trottoir. »