(Ottawa) Neuf des 38 ministres de Justin Trudeau en seront à une première expérience dans un rôle de ministre. Et c’est déjà trop pour le chef conservateur Erin O’Toole. Les autres partis d’opposition donnent une chance aux coureurs en attendant de voir des résultats.

Lina Dib et Catherine Lévesque La Presse Canadienne

« Le premier ministre a nommé un groupe de personnes très inexpérimentées et motivées par l’idéologie, qui posent un risque bien réel pour notre prospérité économique et l’unité nationale », a écrit M. O’Toole dans un communiqué publié mardi, en début d’après-midi, alors que se poursuivait, à Rideau Hall, la cérémonie d’assermentation du conseil des ministres.

« Il est clair, d’après les nominations d’aujourd’hui, que le gouvernement Trudeau n’est pas prêt à relever les défis économiques du Canada », de l’avis du chef de l’opposition officielle qui a cité le taux d’inflation, la hausse du prix de l’essence et de la facture d’épicerie.

Le premier ministre Trudeau a maintenu sa ministre des Finances, Chrystia Freeland, dans ses fonctions. Il a fait de même pour sept autres ministres qui ne changent pas de portefeuille. M. Trudeau a confié de nouvelles responsabilités à 21 autres élus qui étaient déjà ministres avant l’élection de septembre.

« Les changements apportés aujourd’hui au cabinet montrent que le premier ministre continue à récompenser des ministres qui ne cessent de faire preuve d’incompétence et d’un manque de responsabilité », a pesté M. O’Toole.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a lui aussi déploré la décision de M. Trudeau de garder certains ministres critiqués au cours du dernier mandat. L’ancien ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, va au Développement international, alors que Carolyn Bennett, anciennement ministre des Relations Couronne-Autochtones, devient ministre de la Santé mentale et des Dépendances.

« La décision de garder ces gens dans le cabinet, malgré leurs (échecs) dans des dossiers importants, montre que le premier ministre Justin Trudeau est d’accord avec leur approche », a fait valoir M. Singh, qui reproche au gouvernement d’avoir ignoré les inconduites sexuelles dans l’armée ainsi que les injustices qui frappent les communautés autochtones.

Il n’a pas voulu commenter la présence d’un ministre ou d’un autre. Le chef néo-démocrate dit qu’il jugera les actions concrètes. L’un des premiers tests du gouvernement, dit-il, sera de ne pas porter en appel une cause qui a donné raison aux enfants autochtones contre le gouvernement fédéral.

Avec 10 ministres québécois, dont plusieurs dans des postes clés, en plus du premier ministre, force est de constater que le Québec pèse lourd autour de la table du cabinet. Le Bloc québécois, lui, espère que ça va se refléter dans les actions du gouvernement.

« M. Trudeau et ses 38 ministres ont maintenant un devoir de résultats. Après plus d’un mois à attendre ces nominations, le gouvernement devra agir rapidement sur plusieurs points, notamment en Environnement, au Patrimoine et en Santé », a soutenu Alain Therrien, leader parlementaire du Bloc québécois, par voie de communiqué.

« Nous comptons ainsi travailler de concert avec le gouvernement afin de promouvoir les intérêts du Québec, dans un esprit de collaboration, notamment pour que cesse le soutien fédéral aux énergies fossiles, pour la transition écologique, la modernisation de la loi sur la radiodiffusion, la taxation des géants du web et pour des transferts en santé sans condition, qui respectent la compétence du Québec et des provinces », a-t-il ajouté.

À l’Assemblée nationale, le gouvernement Legault s’est montré optimiste sur la collaboration à venir avec le nouveau conseil des ministres.

« On a toujours eu une belle entente, on a toujours eu une belle harmonie. Des fois, ça prend plus de discussions, mais on a été capables de tirer notre épingle du jeu dans les dernières ententes qu’on a faites, que ce soit en matière d’immigration, en matière d’habitation », a déclaré Sonia LeBel, ministre responsable des Relations canadiennes.