(Québec) La « vaste décentralisation » du réseau de la santé promise mardi par le gouvernement Legault doit s’opérer sans « rebrassage de structures », estiment des intervenants du milieu. Pour sa part, la Fédération des médecins omnipraticiens prévient Québec que d’« imposer » une solution aux médecins de famille « donnerait des résultats catastrophiques » sur le terrain.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Les 20 mois de la pandémie ont montré les « limites » du système de santé au Québec, a reconnu le premier ministre François Legault dans son discours d’ouverture. Les changements qu’il souhaite apporter à son réseau, à un an des élections générales, seront d’ailleurs le « chantier le plus important » de la dernière année de son mandat.

Québec a l’intention de « décentraliser » son réseau de la santé vers « les régions et les sous-régions », ce qui laisse croire que la réforme Barrette serait révisée. « Que ce soit dans le secteur privé ou public, il a été démontré qu’une gestion efficace, ça commence par une décentralisation », a affirmé le premier ministre.

« Les personnes qui sont les mieux placées pour choisir les meilleurs moyens pour atteindre ces objectifs, ce sont les personnes qui sont sur le terrain, les personnes qui sont proches de l’action », a ajouté M. Legault.

Carole Trempe, PDG de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux, estime que cette décentralisation est une « bonne nouvelle » puisque, « si les budgets suivent, plus on permet aux régions d’avoir de l’influence, mieux c’est ». Mme Trempe croit cependant que cette décentralisation doit se faire « sans rebrassage de structures ». « Ça, on en a déjeuné-dîné-soupé », a-t-elle illustré.

Pour la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), la priorité n’est pas de s’engager dans une « nouvelle réforme ».

« C’est préoccupant », a lancé la présidente par intérim de l’organisation, Nathalie Lévesque.

Pourquoi on n’est pas en mode solutions dans la structure qu’on a présentement […] plutôt que de revenir dans le passé ?

Nathalie Lévesque, présidente par intérim de la Fédération interprofessionnelle de la santé

Malgré les intentions du gouvernement, la FIQ dit avoir l’impression que le gouvernement « rame à contre-courant » des syndicats depuis le début de la pandémie.

« S’affranchir » des agences

Estimant que le réseau de la santé est « dépendant des agences privées », M. Legault a affirmé vouloir « s’en affranchir ». Il a indiqué travailler sur un « mécanisme de dépannage à même le réseau public » pour éviter le recours aux agences. À ce sujet, l’Association des entreprises privées de personnel soignant du Québec (EPPSQ) a indiqué que des précisions devaient lui être apportées par Québec ce mercredi.

Selon le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley, plusieurs des éléments soulevés dans le discours du premier ministre « sont demandés par la FSSS depuis des années ». La décentralisation du réseau et l’élimination des agences privées en font partie.

Les médecins de famille piqués au vif

M. Legault n’a pas caché son impatience envers les médecins de famille. « J’ai toujours pensé qu’il valait mieux s’entendre avec les médecins. Mais s’il le faut, on ne va pas hésiter à imposer une conclusion », a-t-il prévenu.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

M. Legault n’a pas caché son impatience envers les médecins de famille lors de son discours d’ouverture de la nouvelle session parlementaire.

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le DLouis Godin, avertit le gouvernement Legault que de privilégier une autre voie que celle d’une entente négociée, en imposant une loi par exemple, serait « la pire option ».

Ça n’aurait que des effets pervers qui vont donner des résultats catastrophiques, ça, c’est clair.

Le DLouis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Selon Québec, une entente avec la FMOQ est une des clés « pour désengorger les urgences » et offrir un meilleur accès aux services de première ligne, deux engagements du gouvernement Legault.

Mandat pour les soins à domicile

M. Legault a souligné que « le nombre de personnes de 75 ans et plus va doubler d’ici 20 ans ». En plus de construire des maisons des aînés, le gouvernement veut « en faire plus pour les personnes âgées qui veulent et qui peuvent rester à la maison ».

Il mandate la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, pour se pencher sur la question et émettre des recommandations. Selon le Réseau FADOQ, Québec « manque le bateau » alors « qu’aucune action permettant d’améliorer dans l’immédiat les soins à domicile » n’a été prise.

François Legault a réitéré son intention de conventionner les CHSLD privés « pour assurer des soins de qualité aux aînés », ce qui a été salué par l’Association des établissements de longue durée privés du Québec.