(Ottawa) L’opposition voit une contradiction flagrante entre l’urgence invoquée par Justin Trudeau pour justifier le déclenchement d’une campagne électorale et le fait qu’il fixe au 22 novembre prochain le début des travaux parlementaires, plus de deux mois après le scrutin. D’ici là, on aura toutefois droit au dévoilement du cabinet, le 26 octobre prochain.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« Il est clair que l’élection “urgente” de 600 millions de dollars n’était qu’un [coup de force], alors que Justin Trudeau a tenté d’obtenir un gouvernement majoritaire, et qu’il n’est pas pressé de se remettre au travail », a dénoncé vendredi le chef parlementaire du Parti conservateur en Chambre, Gérard Deltell.

« Il est inacceptable qu’en pleine quatrième vague de la pandémie de COVID-19, Justin Trudeau attende 63 jours avant de retourner travailler. […] Contrairement à Justin Trudeau et à son gouvernement libéral, un gouvernement conservateur aurait repris le travail plus tôt », a-t-il tranché dans un communiqué.

Les camps bloquiste et néo-démocrate ont affiché le même mécontentement.

« Justin Trudeau nous a répété à outrance qu’il y avait urgence […], mais maintenant qu’il est appelé à agir, il décide de réunir le Parlement plus de deux mois après les élections et de nommer ses ministres un mois passé le scrutin du 20 septembre dernier », a critiqué le chef parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, y a vu une preuve que « les libéraux, une fois de plus, montrent qu’ils ne sont pas intéressés à aider les familles et les petites entreprises en difficulté dans cette quatrième vague de COVID-19 ».

Dans un communiqué publié en début de journée, vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le travail des parlementaires reprendrait à la fin de novembre. Ils siégeront donc trois ou quatre semaines avant de partir en congé pour les Fêtes.

En 2015, il s’était écoulé 45 jours entre le jour des élections (19 octobre) et la reprise des activités au Parlement (4 décembre). En 2019, il a fallu attendre 44 jours entre la date du scrutin (21 octobre) et celle du lever de rideau au Parlement (5 décembre).

Un cabinet le 26 octobre

Un premier jalon sera cependant posé avant que la colline parlementaire à Ottawa ne recommence à bourdonner : le premier ministre dévoilera la composition de son cabinet – dont la parité hommes-femmes sera maintenue – le 26 octobre prochain.

Il bénéficie, pour mener à bien cet exercice, des conseils de son ambassadeur du Canada aux Nations unies et ancien chef du Parti libéral, Bob Rae. Celui-ci fait partie de l’équipe stratégique de transition, comme l’a d’abord rapporté Radio-Canada, jeudi.

Si des noms de « ministrables » ont déjà commencé à circuler, une seule personne est assurée de se retrouver au saint des saints : Chrystia Freeland, qui conserve son poste de vice-première ministre et celui de ministre des Finances.

Le nom de Harjit Sajjan circule abondamment dans les milieux politiques, mais pas pour les bonnes raisons : sa gestion du dossier de l’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes est critiquée de toutes parts, et les partis de l’opposition ont unanimement réclamé son départ à la tête du ministère de la Défense nationale.

Les priorités et la vaccination obligatoire

Parmi les « priorités » énoncées vendredi par Justin Trudeau, on retrouve le dépôt du projet de loi sur les thérapies de conversion qui était mort au feuilleton en août dernier, ainsi que l’instauration d’un congé de maladie payé de 10 jours pour les travailleurs des secteurs de compétence fédérale.

Mais en premier lieu, il « cherchera à travailler avec tous les partis pour s’assurer que tous les députés sont entièrement vaccinés contre la COVID-19 », car « les Canadiens s’attendent à ce que leurs représentants élus donnent l’exemple dans la lutte contre ce virus », est-il signalé dans le communiqué gouvernemental.

Libéraux, néo-démocrates et bloquistes s’entendent sur l’obligation vaccinale pour les députés et le personnel politique qui fréquentent les édifices parlementaires. Les conservateurs n’ont toujours pas dit clairement à quelle enseigne ils logeaient.

Des déplacements à l’étranger à venir ?

Le chef libéral a dû défendre à maintes reprises, pendant la campagne électorale, sa décision de demander la dissolution du Parlement. Au débat des chefs, le 8 septembre dernier, il a argué que le gouvernement que les Canadiens éliraient prendrait « des décisions maintenant, cet automne, pas dans un an, pas dans deux ans ».

En parcourant le calendrier des évènements internationaux, on devine qu’il n’est pas impossible que Justin Trudeau se rende à l’étranger entre la présentation de son conseil des ministres et la rentrée parlementaire. Il y a le G7 et le G20, les 30 et 31 octobre en Italie, puis la COP26, qui s’ouvre le 31 octobre en Écosse.

Le bureau du premier ministre n’a pas voulu confirmer sa présence à l’un ou l’autre de ces rendez-vous.

Le président des États-Unis, Joe Biden, y sera. Il ira à Rome les 30 et 31 octobre, puis mettra le cap sur Glasgow, les 1er et 2 novembre, pour donner le coup d’envoi à la conférence sur le climat, a annoncé par voie de communiqué, jeudi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki.