(Ottawa) Réélu pour un troisième mandat d’affilée, le gouvernement Trudeau entend imposer rapidement la vaccination obligatoire aux fonctionnaires fédéraux. D’ici quelques semaines, il compte aussi exiger que les personnes de 12 ans et plus soient pleinement vaccinées pour voyager à bord d’un train ou d’un avion au pays.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Tandis que le nombre de cas de COVID-19 continue d’augmenter dans certaines provinces, en particulier en Alberta et en Saskatchewan, le premier ministre Justin Trudeau a fait savoir, mardi, que la gestion de la pandémie demeurait la priorité absolue de son gouvernement minoritaire.

Trois autres mesures jugées prioritaires en lien avec la pandémie sont aussi dans sa ligne de mire : l’adoption d’un projet de loi pour imposer des peines criminelles aux manifestants antivaccins qui harcèlent ou intimident les travailleurs de la santé et leurs patients ; l’instauration d’un système de certification de vaccination pour les voyages à l’étranger ; et un coup de pouce financier aux provinces qui ont adopté un passeport vaccinal sur leur territoire ou qui comptent le faire.

Chrystia Freeland aux Finances

Rencontrant les médias, mardi, après avoir visité une clinique de vaccination à Ottawa, M. Trudeau a annoncé que Chrystia Freeland resterait à la barre du ministère des Finances dans son prochain cabinet et qu’elle conserverait les fonctions de vice-première ministre.

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Chrystia Freeland, ministre des Finances et vice-première ministre

En reconduisant Mme Freeland dans ses fonctions de ministre des Finances, M. Trudeau a laissé entendre qu’elle aurait le feu vert pour prolonger les mesures de soutien aux familles et aux entreprises si cela s’avérait nécessaire au-delà de la date prévue de la fin des programmes en octobre.

M. Trudeau compte dévoiler la composition de son nouveau cabinet en octobre à une date qui sera précisée au cours des prochains jours. Il a indiqué que ce cabinet serait de nouveau paritaire, soit qu’il compterait un nombre égal d’hommes et de femmes, comme c’est le cas depuis son arrivée au pouvoir, en 2015.

Pour maintenir la parité au sein de son cabinet, M. Trudeau devra nommer quatre femmes. Car aux élections du 20 septembre, trois ministres – toutes des femmes – ont subi la défaite. Il s’agit de la ministre des Pêches et Océans, Bernadette Jordan, dans la circonscription de South Shore–St. Margarets, en Nouvelle-Écosse, de la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et du Développement économique rural, Maryam Monsef, dans la circonscription de Peterborough–Kawartha, en Ontario, et de la ministre des Aînés, Deb Schulte, dans la circonscription de King–Vaughan, également en Ontario. En outre, Catherine McKenna, qui était ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, n’a pas brigué les suffrages dans Ottawa-Centre.

Vaccination obligatoire pour les employés de l’État

Au sujet de la vaccination obligatoire pour les employés de l’État, M. Trudeau a affirmé que les détails de cette politique seraient dévoilés sous peu. Il n’a pas voulu s’avancer sur les conséquences auxquelles pourraient s’exposer les réfractaires.

« On est en train de travailler sur cela. La fonction publique et les syndicats ont travaillé depuis plusieurs semaines sur cela justement parce qu’ils savent que ça s’en vient. On va avoir une annonce à faire dans les jours à venir qui va clarifier tous ces éléments. Mais tous ceux qui travaillent pour la fonction publique fédérale devront être vaccinés », a-t-il indiqué.

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Justin Trudeau a visité une clinique de vaccination à Ottawa, mardi.

Quant à la situation qui se corse dans certaines provinces, M. Trudeau a de nouveau écarté l’idée de leur dicter la marche à suivre pour juguler la hausse des cas. Il a fait valoir que la fédération fonctionne mieux quand les deux ordres de gouvernement travaillent de concert pour contrer les effets néfastes de la crise sanitaire.

Le gouvernement fédéral n’est pas là pour imposer aux gouvernements provinciaux ce qu’ils doivent faire ou ce qu’ils ne doivent pas faire.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« Nous sommes là pour éliminer les gros obstacles. Nous sommes prêts à payer la facture si les provinces veulent aller de l’avant avec un passeport vaccinal. Et cela a encouragé de nombreuses provinces à aller de l’avant avec cela », a souligné M. Trudeau.

Un gouvernement pour quatre ans ?

Les travaux de la Chambre des communes devraient reprendre en novembre. Le gouvernement libéral devra alors présenter un nouveau discours du Trône pour lancer des travaux parlementaires.

Même si son parti n’a pu obtenir une majorité des sièges au dernier scrutin, M. Trudeau estime avoir obtenu de la part des Canadiens un « mandat clair » pour mettre en œuvre son programme « ambitieux » en matière de lutte contre les changements climatiques et la création d’un réseau national de garderies à 10 $ par jour, a-t-il cité comme exemples.

Le premier ministre s’est aussi engagé à gouverner pendant quatre ans, soit la durée d’un mandat au complet, si son gouvernement réussissait à se maintenir au pouvoir sans être défait par les trois partis de l’opposition.

Interrogé pour savoir s’il comptait diriger le pays pendant quatre ans sans déclencher d’élections anticipées, comme il l’a fait en août, M. Trudeau a répondu : « Je l’espère. Les Canadiens ont donné des indications qu’ils voulaient un gouvernement qui travaillerait sur les grands enjeux en partenariat avec d’autres, et c’est exactement ce que nous allons faire. »

Le premier ministre a dit ne pas regretter d’avoir déclenché des élections qui ont vu les Canadiens opter pour le statu quo au Parlement.

« Non, pas du tout. Les débats qu’on a eus pendant [cette campagne] ont démontré que les Canadiens ont choisi un gouvernement extrêmement ambitieux. On a un mandat pour aller encore plus fort, encore plus vite pour contrer les changements climatiques et transformer notre économie. »