(Ottawa) Le passage d’Annamie Paul à la tête du Parti vert du Canada aura été éphémère. Moins d’un an après avoir pris les rênes de la formation, et une semaine après que ses troupes – et elle-même – eurent encaissé une retentissante défaite, elle a annoncé qu’elle quittait son poste.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

La cheffe démissionnaire y est allée d’une image frappante pour illustrer son parcours des derniers mois.

« Quand j’ai été élue et que j’ai accédé à cette position, j’ai brisé un plafond de verre. Ce que je n’ai pas réalisé à l’époque, c’est que je brisais un plafond de verre qui allait s’effondrer sur ma tête et laisser des éclats de verre sur lesquels j’allais devoir ramper tout au long de mon mandat de leader », a-t-elle lancé.

« Et quand je suis arrivée sur la scène des débats [des chefs], j’avais rampé sur ce verre, je crachais du sang, mais j’étais déterminée à être là. J’étais déterminée à être là pour que la prochaine fois que quelqu’un comme moi […] se demandera s’il est possible d’être sur cette scène, il sache que ça se peut », a ajouté Mme Paul.

« Ce fut la pire période de ma vie, à plusieurs égards », a-t-elle encore dit.

Annamie Paul a expliqué avoir pris sa décision après avoir reçu, au lendemain de l’élection de lundi dernier, un courriel du Parti vert annonçant le déclenchement imminent d’une révision de la direction du parti. Elle a déterminé qu’elle n’avait plus « la force de continuer à survivre aux attaques, aux conflits ».

La Constitution du Parti vert stipule qu’un référendum sur le leadership se met en branle automatiquement si la personne qui dirige la formation encaisse une défaite électorale « dans un délai de six mois », et que tous les membres du parti « auront le droit de voter, à moins que notre chef ne devienne premier ministre ».

« Vous ne gagnerez pas »

Sans évoquer les insuccès électoraux de sa formation au scrutin, elle y est aussi allée d’une tirade à l’endroit de « conseillers et d’anciens chefs » qui auraient selon elle plombé son passage à la tête de la formation et pris un « grand plaisir » à lancer des attaques contre elle.

« Vous trouverez peut-être un certain réconfort [à sa démission], mais sachez qu’il y a beaucoup plus de gens comme moi que comme vous. Et à la fin, vous ne gagnerez pas », a-t-elle laissé tomber lors de cette brève déclaration qui aura duré 11 minutes, à l’issue de laquelle elle n’a pas pris les questions des médias.

« Je ne consacrerai plus de temps aux jeux politiques plutôt qu’aux vrais enjeux », a aussi lâché Mme Paul. Il y a d’« autres façons de servir », a plaidé l’avocate de formation, et « je verrai comment je peux servir », car « l’objectif a toujours été de servir ».

La leader démissionnaire n’a pas précisé si son départ entrait en vigueur immédiatement. Elle s’est contentée d’offrir que le processus de démission avait été enclenché, et avancé qu’elle pourrait nommer un successeur pour la remplacer.

Un passage houleux

Annamie Paul a succédé à Elizabeth May à la tête du Parti vert en octobre 2020. Elle a été élue au huitième tour de scrutin. Son leadership a été sérieusement ébranlé quelques mois plus tard, en raison d’une querelle intestine sur le conflit israélo-palestinien.

Cela lui a fait perdre la députée Jenica Atwin, de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, passée aux libéraux peu avant les élections. Elle avait alors taxé Justin Trudeau de « faux féministe », l’accusant d’avoir manigancé pour fragiliser son leadership.

Sous sa houlette, le Parti vert a chuté dans les appuis, passant de 6,6 % en 2019 à 2,3 % en 2021. Annamie Paul, qui avait mis tous les œufs dans le panier de sa lutte électorale dans Toronto-Centre, est arrivée en quatrième position, récoltant 8,5 % des voix.

Au Québec, la formation a recueilli 1,5 % des voix. Il y avait de nombreuses pommes de discorde entre la dirigeante et l’aile québécoise, au point où cette dernière a accouché d’une plateforme à laquelle Mme Paul n’avait pas participé.

Le Parti vert aura fait élire deux candidats le 20 septembre dernier : l’ex-leader Elizabeth May, en Colombie-Britannique, et Mike Morrice, en Ontario. Le député vert sortant Paul Manly est arrivé en troisième place dans sa circonscription, tandis que la transfuge Jenica Atwin l’a emporté au Nouveau-Brunswick.

Un « au revoir » mitigé

Ni Elizabeth May ni Mike Morrice n’avaient réagi au départ d’Annamie Paul au moment de publier ces lignes, lundi.

En revanche, les chefs fédéraux l’ont saluée.

Le premier ministre Justin Trudeau lui a adressé un bref message sur Twitter. « Merci, @AnnamiePaul, d’avoir répondu à l’appel et d’avoir servi les Canadiens avec détermination. Je vous souhaite une excellente continuation », a-t-il signifié.

De son côté, le chef conservateur Erin O’Toole l’a remerciée pour sa « persévérance » et son « rôle de pionnière pour les Canadiens de tous les horizons intéressés par le service public », ajoutant qu’il avait « toujours aimé nos discussions et admiré [sa] ténacité ».

Le dirigeant néo-démocrate l’a quant à lui applaudie pour sa « résilience » et sa « persévérance », qui aura permis « à toute une génération de se voir représentée en politique ».

Quant au chef bloquiste Yves-François Blanchet, à qui Annamie Paul avait proposé une « éducation » sur la discrimination systémique lors du débat des chefs en anglais, il ne s’est pas manifesté pour dire au revoir à la dirigeante verte, lundi.