La dernière campagne électorale a été chaudement disputée, montrant un Canada divisé, mais sur un point, un consensus se dégage : cette campagne était inutile. Voilà ce qui ressort des observations de notre groupe d’électeurs de cinq circonscriptions d’ouest en est du pays, dont nous prenons le pouls une dernière fois avec la collaboration d’étudiants ou de récents diplômés en journalisme de partout au pays.

Fredericton, Nouveau-Brunswick : la transfuge Jenica Atwin gagne un duel serré

Félix Arseneault Collaboration spéciale

Félix Arseneault, étudiant en information-communication, volet journalisme à l’Université de Moncton, est passionné de politique, de sports et de musique.

Comme prévu, la lutte a été chaude à Fredericton : Jenica Atwin a dû attendre quelques jours avant de confirmer sa victoire. La transfuge du Parti vert a profité des bulletins de vote spéciaux pour devancer la candidate du Parti conservateur Andrea Johnson de 502 voix. Le Parti vert s’est écroulé dans la région, passant de 33,6 % des voix en 2019 à 12,8 %.

Patrice Cammarano, étudiant en économie et communication

PHOTO FOURNIE PAR PATRICE CAMMARANO

Patrice Cammarano

L’étudiant n’est pas vraiment surpris du résultat dans sa circonscription. « Je m’attendais à un résultat très serré entre les partis libéral et conservateur et c’est ce qui est arrivé. » Il se dit cependant surpris du résultat du NPD qui a amassé plus de 5500 voix, seulement 102 de moins que le Parti vert, traditionnellement fort dans la région tant sur le plan fédéral que provincial. « Je crois qu’en 2019, les gens de Fredericton avaient moins voté pour le Parti vert et plus pour la candidate, donc ils l’ont appuyée à nouveau cette année, cette fois comme libérale. » Le taux de participation a baissé de 8 points de pourcentage pour atteindre 66,7 % à Fredericton. Patrice Cammarano croit que les longues files d’attente et l’apathie de la population envers ces élections expliquent cette baisse de participation. « J’ai attendu quelques heures pour voter, donc il y a peut-être des gens qui n’ont simplement pas voulu attendre en file. »

François Gouin, agent multimédia

François Gouin a vu sa prédiction d’un gouvernement libéral minoritaire se réaliser lundi soir. « J’ai pas mal callé la shot. Quand on regarde les résultats en 2019 et en 2021, pas grand-chose n’a changé, à part quelques députés ici et là. » Il avait affirmé au début de la campagne que les gens n’étaient pas nécessairement intéressés par une campagne électorale en plein été et à ce stade-ci de la pandémie. Il croit que cela a influencé le taux de participation. « Il n’y avait pas beaucoup de discussions dans les maisons cette année. D’habitude, on en parle un peu plus dans la famille et entre amis. On dirait qu’il n’y avait pas vraiment de place pour le débat cette année. »

Hochelaga, Québec : une « surprise » à l'échelle locale

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Florence Morin-Martel, finissante au DESS en journalisme à l’Université de Montréal, a récemment été embauchée à La Presse au terme d’un stage à l’été 2021. Elle s’intéresse aux enjeux sociaux, aux questions autochtones et aux actualités internationales.

Après plus d’un mois de campagne, les résultats sont tombés : un gouvernement libéral minoritaire a été élu. Si le résultat à l’échelle nationale ne surprend pas les électeurs, ces derniers pensaient toutefois assister à une victoire du Bloc québécois dans Hochelaga.

Louis-Philippe Savard, scénographe

PHOTO FOURNIE PAR LOUIS-PHILIPPE SAVARD

Louis-Philippe Savard

Les résultats des élections confirment l’intuition de Louis-Philippe Savard. « Personne ne comprenait vraiment pourquoi on était en élections, alors tout le monde a voté la même chose qu’il y a deux ans », observe ce dernier. À l’échelle locale, il se dit surpris de la victoire de la députée libérale sortante, Soraya Martinez Ferrada, en raison des sondages qui plaçaient le Bloc québécois devant. Mais en définitive, ce choix est « représentatif de ce qui s’est passé un peu partout ». « Tout le monde est revenu à ses mêmes couleurs », estime-t-il. Dans cette monotonie électorale qu’il constate, le scénographe pousse toutefois un soupir de soulagement. « Personne ne semble motivé à retourner en élections de sitôt », observe-t-il.

Louise Beaupré Lincourt, artiste peintre

PHOTO FOURNIE PAR LOUISE BEAUPRÉ LINCOURT

Louise Beaupré Lincourt

Pour Louise Beaupré Lincourt, les résultats du scrutin « n’ont pas été une grosse surprise ». « Plus la campagne avançait, plus je me disais qu’on allait avoir un gouvernement libéral minoritaire », souligne-t-elle. Ce qu’elle espère du prochain mandat ? Que le premier ministre reste quatre ans, « assez longtemps pour faire quelque chose ». Les enjeux majeurs nécessitent que le gouvernement les prenne au sérieux, ajoute-t-elle. Cette dernière a toutefois été étonnée de la défaite du Bloc québécois dans sa circonscription. Mme Beaupré Lincourt conclut que les « élections n’ont rien changé ». « Je suis vraiment désabusée », souffle-t-elle.

Marianne Durand, étudiante en psychologie

La réélection de Soraya Martinez Ferrada est une déception pour Marianne Durand, qui pensait voir le bloquiste Simon Marchand gagner. En 2019, environ 300 voix séparaient les deux candidats. Cette fois, la candidate libérale a récolté 3000 voix de plus que son adversaire. « Sachant que la députée libérale n’habite pas la circonscription et que les gens au nord de la rue Sherbrooke sont ceux qui votent libéral, j’espère voir un redécoupage de la carte qui permettra à Hochelaga d’être mieux servi au fédéral à la prochaine élection », soutient-elle. Avec le retour de Justin Trudeau au pouvoir, l’étudiante craint de retourner aux urnes dans deux ans.

York-Centre, Ontario : une perte de temps... et d’argent

Jenna Benchetrit Collaboration spéciale

Jenna Benchetrit est candidate à la maîtrise en journalisme à l’Université Ryerson, à Toronto. Amatrice de cinéma et originaire de Montréal, qui lui manque.

Dans York-Centre, la libérale sortante Ya’ara Saks a été réélue au terme d’une chaude lutte avec le conservateur Joel Etienne Carter. Les résultats des élections n’ont pas surpris notre groupe d’électeurs et ils sont d’accord pour dire que cette campagne a été une perte de temps et d’argent colossale.

Josh Margles, analyste de données

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Josh Margles

Le résultat final des élections ne surprend pas Josh Margles, qui a fini par voter pour les libéraux. Mais la tentative de Trudeau d’obtenir la majorité lui a laissé un goût amer. « C’était un peu des élections inutiles étant donné que nous sommes essentiellement revenus à la case départ, analyse-t-il. Nous avons juste dépensé beaucoup de temps et d’argent avec ça. » Il espère que les politiciens vont maintenant se concentrer sur la sortie de la pandémie de COVID-19 afin que nous puissions revenir à des questions normales aux prochaines élections.

April Campbell, greffière

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April Campbell

Elle n’a pas été surprise, mais a été extrêmement choquée par les résultats des élections. Elle a voté pour le Parti conservateur. Elle l’a fait pour protester contre Justin Trudeau et sa décision de déclencher des élections pendant la pandémie. « J’aimerais vraiment que nous attendions quatre ans avant de devoir retourner aux urnes », souhaite-t-elle, ajoutant qu’elle espère que Trudeau sera démis de ses fonctions de chef du parti, n’ayant pas réussi à obtenir une majorité.

Jesse Gold, directeur dans une entreprise de télécommunications

PHOTO FOURNIE PAR JESSE GOLD

Jesse Gold

Ce qui a surpris Jesse Gold n’est pas la victoire libérale, mais la contreperformance des conservateurs. Cela est dû au fait qu’ils se sont concentrés sur Trudeau plutôt que sur leurs politiques, pense-t-il. Il est heureux de voir le NPD faire des gains et déçu de la faible performance d’Annamie Paul. M. Gold espère que ce sera le dernier tour de piste du chef libéral, mais entre-temps, il veut voir M. Trudeau tenir ses promesses en matière de garde d’enfants, de questions autochtones, de changements climatiques et de logements abordables. « Je ne sais pas si cela valait 600 millions de dollars pour que Justin Trudeau obtienne quatre sièges, alors j’espère que les libéraux en tireront le maximum », a ajouté M. Gold.

Mary Rosloot-Magnanelli, retraitée

PHOTO FOURNIE PAR MARY ROSLOOT-MAGNANELLI

Mary Rosloot-Magnanelli

Elle a voté pour Ya’ara Saks et le Parti libéral, mais elle pense toujours que ces élections ont été un gaspillage d’argent, et elle en a assez de voir les politiciens s’attaquer. « Le déclenchement d’élections anticipées est toujours un ramassis de balivernes », affirme-t-elle. Elle espère voir le gouvernement Trudeau progresser dans les domaines des soins de santé, de la garde d’enfants et des questions autochtones, notamment donner suite à l’enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. Elle aimerait voir la vice-première ministre Chrystia Freeland à la tête du Parti libéral.

Edmonton-Centre, Alberta : les conservateurs dépassés sur leur gauche

Isaac Lamoureux Collaboration spéciale

Isaac Lamoureux est étudiant au baccalauréat en communication, avec une spécialisation en journalisme, à l’Université MacEwan, en Alberta.

Dans cette Alberta très conservatrice, la circonscription d’Edmonton-Centre a été reprise par le libéral Randy Boissonnault, dans une lutte serrée dont le résultat a tardé à se confirmer.

Richard Wallington, directeur au ministère de l’Enseignement supérieur

PHOTO FOURNIE PAR RICHARD WALLINGTON

Richard Wallington

Richard ne décolère pas. « Boissonnault est un arriviste qui travaille pour le pire premier ministre dont je peux me souvenir, et il gagne quand même. C’est incroyable. » Il espérait deux choses : « que [sa] circonscription devienne conservatrice et que les libéraux n’aient pas la majorité ». Ainsi, Richard affirme qu’il est à moitié heureux. Il trouve « difficile de comprendre pourquoi la circonscription d’Edmonton continue d’être aussi progressiste. Ottawa ne fait jamais rien pour Edmonton. Alors, le fait que les gens continuent de voter de cette façon est irrationnel ».

Summer Santiago, directrice générale et bénévole

PHOTO FOURNIE PAR SUMMER SANTIAGO

Summer Santiago

Elle a été surprise que l’Alberta ne soit pas plus conservatrice. « Nous sommes l’Alberta, nous sommes travailleurs, nous avons l’esprit d’entreprise, donc je suis surprise. » Elle croit fermement que « les entreprises ont besoin de ressources pour pouvoir payer les emplois et maintenir le pouvoir d’achat des gens ». Mais « le programme des libéraux consiste à donner de l’argent aux gens, et je ne suis pas nécessairement d’accord avec cela ». « Davantage de ressources doivent être allouées aux entreprises afin que celles-ci puissent contribuer de manière plus organique et naturelle au paysage économique global. »

Brett Bohaichuk, étudiant en histoire et membre de la Première Nation Chipewyan d’Athabasca

PHOTO FOURNIE PAR BRETT BOHAICHUK

Brett Bohaichuk

Brett Bohaichuk est frustré. « C’est injuste pour les provinces de l’Ouest. » Brett déplore que « l’Est décide qui gagne, et c’est disproportionné, le nombre de circonscriptions qu’il a ». « Il faut trouver un moyen d’équilibrer les circonscriptions en fonction de ceux qui partagent les mêmes idées ; les 40 circonscriptions dans la région de Toronto, elles vont toutes voter de la même manière parce qu’elles vivent toutes de façon similaire. » Brett martèle que « nous sommes déjà accablés par Trudeau et ses dépenses, et ça ne fera qu’empirer ».

Pamela Poch, coiffeuse indépendante

PHOTO FOURNIE PAR PAMELA POCH

Pamela Poch

Pamela Poch ne s’attend pas à d’autres élections anticipées. Elle pense que « [Trudeau] a déjà poussé les gens au-delà de leurs limites, et qu’il a eu de la chance d’obtenir ce qu’il a obtenu ». Elle affirme que Justin Trudeau « serait stupide d’agir autrement ». Un gouvernement minoritaire pourrait être très utile si nous travaillons ensemble, croit-elle. Il doit y avoir une « conversation entre ces partis qui reflète tout le Canada […]. Tout le monde doit pouvoir s’exprimer, sinon je pense qu’on dérive inévitablement vers une société autocratique ».

Port Moody–Coquitlam, Colombie-Britannique : le NPD à l’arraché

Austin Westphal Collaboration spéciale

Austin Westphal est diplômé de l’École de journalisme, d’écriture et des médias de l’Université de Colombie-Britannique.

La Chambre des communes ressemblera à ce qu’elle était avant les élections, mais Port Moody–Coquitlam enverra un nouveau député à Ottawa. La néo-démocrate Bonita Zarrillo prendra la place de la conservatrice Nelly Shin, qu’elle a devancée dans une course serrée.

Laura Dick, coordonnatrice au développement d’entreprises

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Laura Dick

Elle est heureuse qu’il y ait de nouveau un gouvernement libéral, même s’il est minoritaire, mais s’étonne que les libéraux n’aient pas réussi à obtenir plus de sièges. Si certains pensent que les élections ont été une perte de temps et d’argent, elle croit que c’est tout le contraire. « Je n’ai jamais l’impression qu’une élection est inutile. » Elle ne sait pas quand les Canadiens retourneront aux urnes, mais avec un gouvernement minoritaire, elle sait que ce n’est qu’une question de temps. D’ici là, elle souhaite que tous les partis mettent de côté la rhétorique de division et se remettent au travail. « Leur travail consiste toujours à gouverner, quel que soit le côté de la Chambre où ils sont assis. » Elle souligne que ces élections démontrent que le Parti populaire ne peut plus être ignoré par ses rivaux et les médias.

Scott Place, musicien

PHOTO FOURNIE PAR AUSTIN WESTPHAL

Scott Place

Scott Place s’attendait à voir plus de changement. Il est surpris de voir à quel point les résultats ont été similaires à ceux de 2019. « Je ne pensais pas que les choses resteraient à ce point les mêmes », dit-il. Avec cet échec des libéraux, il pense que des élections déclenchées dans un avenir proche sont improbables. « Trudeau n’a gagné de terrain auprès de personne. Ç’a été une coûteuse leçon d’humilité et je ne pense pas qu’il va recommencer de sitôt. » Il est heureux que Bonita Zarrillo ait redonné la circonscription au NPD et espère que les partis collaboreront sur les enjeux auxquels le pays doit faire face.

Peter Struk, promoteur immobilier

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Peter Struk

Le résultat des élections n’a pas surpris Peter Struk. Comme de nombreux Canadiens, il s’inquiète de la part de la population qui n’est pas représentée en raison du système électoral uninominal à un tour. « Une réforme électorale est plus que nécessaire. » Il croit en un système de représentation proportionnelle qui donnerait plus de pouvoir à des partis comme le Parti vert et le Parti populaire – qui ont remporté environ 5 % du vote national, mais aucun siège au Parlement. Même s’il a des doutes, il souhaite que le gouvernement libéral travaille pour tous les Canadiens, pas seulement pour ses propres électeurs. « Mon espoir est que le gouvernement minoritaire représente tous les Canadiens, indépendamment de la façon dont ils ont voté. »