(Washington) Justin Trudeau a minimisé, jeudi, le nouvel accord de partage de renseignements dans la région indopacifique conclu entre les États-Unis et deux autres grands alliés canadiens, le Royaume-Uni et l’Australie — un accord qui soulève pourtant des questions sur l’avenir de la vieille alliance « Five Eyes ».

James McCarten La Presse Canadienne

Cette alliance entre « cinq paires d’yeux » — le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — est un accord qui vise à « garder un œil » sur la sécurité dans une partie du monde où l’influence croissante de la Chine est observée avec appréhension dans le monde entier.

C’est pourquoi le nouvel accord « AUKUS », inattendu, entre trois membres des « Five Eyes » a fait sourciller dans les cercles de politique étrangère à l’échelle internationale, mais aussi des deux côtés de la frontière canado-américaine.

« Nous continuons d’être des membres forts des “ Five Eyes ” et continuons de partager des informations et des approches de sécurité avec nos partenaires », a assuré jeudi M. Trudeau lors d’une escale de campagne à Montréal.

Il a décrit le nouvel accord AUKUS comme issu principalement de l’Australie, un pays de plus en plus nerveux face aux ambitions chinoises dans son arrière-cour. Canberra souhaite acquérir une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire et aurait sabordé des négociations de longue date pour se procurer une flotte de sous-marins en France, a soutenu le premier ministre.

« Il s’agit d’un accord pour des sous-marins nucléaires, pour lequel le Canada n’est pas actuellement sur le marché et ne le sera pas de sitôt, contrairement à l’Australie », a déclaré M. Trudeau.

Huawei, la 5G et les deux Michael

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a abandonné l’idée de conclure un accord commercial avec la Chine. Par ailleurs, le Canada est le seul membre des « Five Eyes » qui n’a pas interdit, pour l’instant, la participation du géant chinois Huawei dans la construction de son réseau 5G. Plusieurs nations dans le monde considèrent cette participation chinoise comme une grave menace pour leur sécurité nationale.

L’arrestation en 2018 à Vancouver de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, en vertu d’un mandat extradition aux États-Unis pour fraude, a considérablement assombri les relations entre Ottawa et Pékin, en particulier lorsque la Chine a détenu les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor dans ce qui était largement considéré comme un acte de représailles.

« Le problème avec le Canada, c’est qu’il ne sait pas ce qu’il veut dans ses relations avec la Chine », estime Eric Miller, expert canado-américain et président de Rideau Potomac Groupe Stratégie, établi à Washington.

La réponse diplomatique du Canada, jeudi, contrastait fortement avec la réaction de la France : piquée au vif par le rôle des États-Unis dans la décision de l’Australie d’abandonner ses pourparlers sur les sous-marins, Paris a annulé un gala prévu à Washington destiné à célébrer les liens étroits entre les deux pays.

La Chine a qualifié l’accord AUKUS de « clique fermée et exclusive ». Pékin a suggéré que cette histoire de sous-marins à propulsion nucléaire constituait un affront direct à un certain nombre de traités de non-prolifération nucléaire dont les trois pays sont signataires.

Brett Bruen, un ancien diplomate et conseiller de la Maison-Blanche, qui travaille maintenant comme consultant à Washington, croit que le Canada, qu’il ait été invité ou non, n’aurait pas voulu participer à ces négociations sur les sous-marins, pour éviter d’exacerber les tensions avec Pékin et de mettre davantage en danger MM. Kovrig et Spavor. Mais l’absence du Canada dans ce club sélect peut entraîner des coûts, a-t-il dit.