À un jour du déclenchement des élections fédérales, les plus récentes projections donnent les libéraux premiers avec une avance d'environ six points de pourcentage. Mais rien n’est joué. Des experts rappellent qu’une campagne lancée en pleine quatrième vague et alors que le gouvernement n’a toujours pas terminé son mandat risque de présenter plusieurs imprévus.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Selon les plus récentes projections de 338Canada – un agrégateur de sondages permettant de faire des projections du vote populaire –, les libéraux de Justin Trudeau obtiendraient entre 35 et 36 % du vote en date du 13 août.

Les conservateurs d’Erin O’Toole suivent avec un peu plus de 29 %, pendant que le Nouveau Parti démocratique (NPD) récolte plus de 19 % des voix. Le Bloc québécois, qui ne présente pas de candidats à l'extérieur du Québec, récolte 6,6 % des votes au niveau national, suivi du Parti vert à 4,7 % et du Parti populaire du Canada (PPC) à 2,6 %.

« C’est certain qu’il y a un risque associé à ce déclenchement. Justin Trudeau doit se mordre les doigts de ne pas l’avoir fait il y a quelques semaines, mais en même temps, il a démontré qu’il avait encore quelques trucs dans sa manche, dont les ententes provinciales sur les garderies », résume la politologue Stéphanie Chouinard, professeure de science politique à l’Université Queen’s.

À ses yeux, « on joue un peu à la roulette russe ». « Ce que souhaitent les libéraux, c’est que les électeurs se souviennent de l’été quasiment normal qu’ils viennent d’avoir, et de l’accès aux vaccins qui est devenu facile assez rapidement. C’est un parti qui a aussi très peu d’autres fenêtres d’opportunité avec les élections au Québec et en Ontario qui approchent », fait valoir Mme Chouinard.

Je ne pense pas que ce sera une élection où le taux de participation sera phénoménal. Plusieurs Canadiens sont encore anxieux à l’idée d’aller voter. Il y aura tout un travail d’éducation à faire pour parler des autres options, notamment le vote par correspondance.

Stéphanie Chouinard, politologue

Des changements à prévoir

Pour Claire Durand, professeure spécialiste des sondages à l’Université de Montréal (UdeM), une campagne électorale signifie nécessairement des bouleversements, pandémie ou pas. « C’est bien rare que ça ne change pas pendant une campagne. Celle d’octobre 2019 est finalement l’une de celles où les projections ont le moins changé depuis 2000. Mais sinon, ça peut aller dans tous les sens », résume-t-elle.

« Je compte une seule fois où les sondages s’étaient vraiment plantés au fédéral. C’était lors de l’élection de 2004. On prévoyait une égalité et les libéraux avaient fini avec sept points d’avance. Sinon, de manière générale au fédéral, les sondages ont toujours été assez bons, plus qu’au provincial », dit Mme Durand.

Comme on anticipe une campagne de courte durée cette année – soit 36 jours, le minimum prévu par la Loi électorale du Canada – les changements de tendances seront « peut-être moins importants », selon l’experte. « Mais rien n’est garanti. Regardez la dernière élection provinciale. Le changement de plusieurs électeurs libéraux à la CAQ s’est fait dans la dernière semaine, même dans les derniers jours », observe-t-elle.

« Il faudra faire attention, parce qu’on aura énormément de sondages web, et possiblement même pas de sondages téléphoniques. Or, c’est assez clair qu’il y a une tendance des sondages web à être moins aptes à détecter le mouvement. S’il y a des tendances, des réactions à certains évènements, ça pourrait être plus difficile d’en témoigner avec un sondage web », remarque aussi Mme Durand.

« Des précédents des deux côtés »

Philippe J. Fournier est professeur de physique et d’astronomie au cégep de Saint-Laurent, à Montréal. Mais surtout, il est blogueur spécialisé en sondages et créateur de l’agrégateur 338Canada, dont les résultats ont été cités plus haut. D’après lui, tout est possible dans le contexte actuel.

On entend beaucoup de chroniqueurs relever l’exemple de Pauline Marois ou d’autres qui avaient perdu leur pari en déclenchant une élection hâtive. Mais dans la dernière année, au Nouveau-Brunswick, en Colombie-Britannique et à Terre-Neuve, trois gouvernements minoritaires ont été réélus majoritaires en élections hâtives. On a donc des précédents des deux côtés.

Philippe J. Fournier, créateur de l’agrégateur de sondages Canada338

M. Fournier rappelle que les libéraux ont une cote d’environ « 50-50 » au Québec, quand on demande aux gens s’ils sont satisfaits de la gestion de la crise. « Ça peut avoir l’air médiocre, mais quand on part en élections avec environ 35-36 % des intentions de vote, c’est positif pour le gouvernement au net », conclut-il.

Tout indique que les Canadiens iront aux urnes le 20 septembre. Comme le rapporte La Presse depuis une semaine, le premier ministre Justin Trudeau se rendra à Rideau Hall dimanche afin de demander à la nouvelle gouverneure générale, Mary Simon, de dissoudre le Parlement.