(Montréal) Ce n’est pas un hasard si plusieurs femmes autochtones sont élues à des postes politiques auparavant monopolisés par des hommes, disent des intervenants.

Jacob Serebrin La Presse Canadienne

Récemment, trois femmes ont été élues à des postes importants : Mandy Gull-Masty comme grande cheffe de la nation crie, Kahsennehawe Sky-Deer à la tête du Conseil mohawk de Kahnawake et RoseAnne Archibald au poste numéro 1 de l’Assemblée des Premières Nations.

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

RoseAnne Archibald, cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations (APN)

« Les communautés demandent du changement et comment l’obtient-on, ce changement ? Eh bien, les femmes présentent une perspective différente, soutient Lynne Groulx, la PDG de l’Association des femmes autochtones du Canada. Les communautés veulent le changement. Elles sont en crise. Nous savons que nous avions des sociétés matriarcales, les femmes étaient jadis impliquées dans des rôles de leadership. »

Bien qu’elles soient confrontées au sexisme, parfois au sein de leur propre communauté, Mme Groux dit s’attendre à voir davantage de femmes autochtones se présenter à des élections.

Mme Gull-Masty a obtenu 64 % des voix lors du second tour des élections au sein de la nation crie, jeudi. Le fait d’avoir brisé le plafond de verre est « un plaisir absolu », s’exclame-t-elle, mais elle convient que d’autres femmes cries ont contribué à ouvrir la voie.

« Nous avons eu beaucoup de femmes influentes. Elles n’avaient peut-être pas de titre officiel, mais elles ont joué un rôle important dans notre développement », lance-t-elle.

Mme Gull-Masty, qui avait été élue cheffe adjointe en 2017, dit que sa principale priorité est de retourner dans les différentes communautés pour rencontrer les dirigeants locaux, les conseils de jeunes et les aînés.

Je voulais que nos jeunes se sentent vraiment engagés dans ce processus pour qu’ils se sentent à l’aise de participer et qu’ils comprennent la gouvernance et la nation cries.

Mandy Gull-Masty, grande cheffe de la nation crie

Selon elle, l’intégration des valeurs et des traditions cries dans le processus décisionnel est une priorité majeure. S’y ajoute à sa liste, la protection de la langue, de la culture et de la terre cries.

Mme Gull-Masty souhaite que les jeunes qui vont poursuivre ailleurs des études supérieures puissent avoir des occasions pour revenir créer des entreprises dans la communauté.

« C’était mon cheminement, j’ai dû quitter ma communauté pour aller au collège et à l’université. Quand je suis revenue, ce fut un grand défi de réintégrer ma communauté et de trouver un emploi. »

À Kahnawake, Mme Sky-Deer est ravie de voir d’autres femmes être élues.

Selon elle, il est important de revenir aux formes traditionnelles de gouvernance, qui incluent la présence de femmes dans des postes de pouvoir. Traditionnellement, a-t-elle noté, les mères de clan sélectionnaient les chefs.

Elle compte rencontrer de nouvelles élues autochtones et espère qu’elles auront l’occasion de travailler ensemble.

C’est pour moi une source d’inspiration et si les femmes peuvent s’unir et montrer une façon différente de faire les choses, c’est comme ça que des changements se produiront

Kahsennehawe Sky-Deer, grande cheffe de Kahnawake

Michèle Audette, qui a été nommée au Sénat jeudi, rappelle que ces victoires de femmes, ainsi que la nomination de Mary Simon au poste de gouverneure générale – la première autochtone à occuper ce poste – surviennent après des années d’efforts.

« C’est plus qu’une coïncidence. C’est le travail acharné de nos ancêtres, de la population et de nos alliés qui nous appuient », souligne-t-elle.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Michèle Audette

L’ancienne commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, croit que ces victoires envoient un message positif aux jeunes femmes et filles.

« Peu importe de quelle partie de cette immense île de la Tortue on vient, il n’y a pas de limite, on peut réaliser son rêve. Pour moi, cela démontre que nous sommes formidables, que nous pouvons réussir. »

« Île de la Tortue », c’est ainsi que certains peuples autochtones désignent l’Amérique du Nord.

Cette dépêche a été produite avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les Nouvelles.