L’équité, la justice sociale et les enjeux touchant les peuples autochtones feront partie de ses priorités, confie déjà Michèle Audette, nommée sénatrice jeudi par le premier ministre Justin Trudeau. Les Québécois Clément Gignac et Amina Gerba accèdent eux aussi au Sénat.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Michèle Audette a été l’une des commissaires de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Originaire de la communauté innue de Uashat mak Mani-Utenam, au Québec, elle a aussi été la présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada et de l’Association des femmes autochtones du Québec.

Elle s’est présentée aux élections fédérales de 2015 sous la bannière du Parti libéral dans la circonscription de Terrebonne, mais a été défaite.

La nouvelle sénatrice dit d’abord vouloir « prendre le temps de bien comprendre cette grande structure » qu’est le Sénat, a-t-elle déclaré en entrevue avec La Presse.

[Défendre] les enjeux qui touchent les premiers peuples à travers le Canada, ça, pour moi, c’est normal, c’est même une priorité.

Michèle Audette

Michèle Audette souhaite faire avancer les questions qui sont chères aux femmes autochtones, soit l’égalité, l’équité, la justice et la justice sociale, a-t-elle expliqué. « Pour moi, ce sont des incontournables, c’est important, et c’est mon école de vie aussi », a-t-elle lancé.

Depuis novembre 2019, Mme Audette agit à titre de conseillère principale à la réconciliation et à l’éducation autochtone à l’Université Laval.

Dans un contexte où des centaines de dépouilles anonymes ont été retrouvées à proximité de pensionnats autochtones au Canada, beaucoup dénoncent le passé colonialiste des institutions fédérales. Michèle Audette croit pouvoir faire une différence.

« Mon approche, pour ma part, c’est de me demander comment influencer un système de l’intérieur », explique-t-elle.

La militante pose des gestes politiques depuis des années. Elle a notamment proposé des modifications à la Loi sur les Indiens et a pris fait et cause pour les enfants qui souhaitent accéder à leur statut d’Autochtone en marchant de Québec à Ottawa.

Un des commissaires [de la Commission de vérité et réconciliation], Wilton Littlechild, disait souvent : We need to be everywhere. Nous devons être partout, pour faire avancer nos causes, faire avancer les enjeux qui nous touchent, avec des solutions qui émanent de la base.

Michèle Audette

« Je vais essayer, du mieux que je peux, avec l’amour, l’énergie puis la tête d’orignal que j’ai, de contribuer à quelque chose de grand, ou de petit, qui est très important aussi », a-t-elle conclu.

Des attentes de Femmes autochtones du Québec

L’organisation Femmes autochtones du Québec (FAQ) se réjouit de la nomination de Michèle Audette. Mais « on a des attentes, ça, c’est sûr », a déclaré la présidente de FAQ, Viviane Michel.

Mme Michel reconnaît qu’une place au Sénat permet d’analyser des projets de loi et de faire des recommandations. « C’est sûr que Femmes autochtones du Québec va beaucoup insister sur [le projet de loi] S-3 », a-t-elle précisé.

Le projet S-3 vise à modifier la Loi sur les Indiens pour « remédier aux iniquités connues fondées sur le sexe en matière d’inscription » au statut d’Autochtone, peut-on lire sur le site du gouvernement canadien.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) a de son côté félicité Mme Audette pour sa nomination sur son compte Twitter.

Deux autres sénateurs québécois

Quatre autres sénateurs indépendants ont été nommés par Justin Trudeau jeudi, dont deux Québécois : l’économiste Clément Gignac et la femme d’affaires Amina Gerba.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

L’économiste Clément Gignac

Clément Gignac est économiste en chef chez iA Groupe financier depuis 2012, en plus d’être le porte-parole de l’entreprise. Connu pour ses nombreuses apparitions dans les médias, il a également siégé sous la bannière libérale à l’Assemblée nationale du Québec entre 2009 et 2012, alors que Jean Charest était au pouvoir.

M. Gignac a notamment été ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation et ministre des Ressources naturelles et de la Faune.

Amina Gerba est une entrepreneure qui a fondé son propre groupe-conseil, Afrique Expansion inc., dans le but d’« établir des ponts entre le Canada et l’Afrique et de promouvoir des opportunités d’affaires », peut-on lire dans sa biographie publiée sur le site web officiel du premier ministre.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Amina Gerba

En plus d’avoir créé plusieurs entreprises, Mme Gerba est membre du conseil d’administration de l’organisme ENSEMBLE, basé à Montréal, qui œuvre pour le respect de la diversité.

« Qui l’aurait cru ? De mon petit village bafia au Cameroun, étant 18e d’une fratrie de 19 enfants, la seule fille dans ma famille à avoir pu fréquenter une école, me retrouver au Parlement du Canada, pouvoir ainsi porter la voix de milliers de citoyens, est une longue histoire qui ne tiendrait pas sur ces seuls mots de gratitude que je voudrais partager avec vous », a écrit jeudi Mme Gerba sur ses réseaux sociaux.

L’ancien avocat et commissaire en chef de la Commission des droits de la personne de la Saskatchewan, David Arnot, a été nommé sénateur pour la Saskatchewan.

Karen Sorensen, mairesse de Banff, entrera pour sa part en fonction dans un siège albertain.

Il reste 10 sièges vacants au Sénat. L’ensemble des sièges québécois ont été pourvus.

En chiffres

45 : Nombre de sénateurs indépendants

19 : Nombre de sièges conservateurs au Sénat

Le Groupe des sénateurs canadiens occupe 12 sièges, le Groupe progressiste du Sénat en occupe 11, tandis que 8 sénateurs sont non affiliés.

Source : Parlement du Canada