(Ottawa) Les conservateurs réfléchissent à la prochaine étape de leur plan visant à obtenir la tenue d’une enquête sur des paiements versés par des bureaux de circonscription de députés libéraux à une entreprise dirigée par un ami du premier ministre Justin Trudeau. Le temps commence à manquer pour mener un tel exercice qui pourrait être interrompu par le déclenchement d’élections fédérales.

Stephanie Taylor La Presse Canadienne

La tentative du Parti conservateur de convaincre le comité parlementaire sur l’éthique de fouiller les raisons pour lesquelles des députés ont embauché la firme Data Sciences Inc. et de forcer son fondateur à témoigner n’a mené à absolument rien au bout de cinq heures de débats lundi.

« C’est important que les Canadiens sachent, avant qu’on se retrouve en élections, où est allé leur argent », a affirmé mardi le porte-parole conservateur en matière d’éthique Michael Barrett.

Le mois dernier, le Globe and Mail révélait que selon les rapports de dépenses des députés, une majorité de libéraux avaient puisé dans leur budget de bureau pour s’offrir les services de Data Sciences, fondée par Tom Pitfield.

M. Pitfield est un ami d’enfance du premier ministre Trudeau qui a également servi à titre de directeur de la stratégie numérique du Parti libéral lors des élections de 2015 et de 2019.

Du point de vue des conservateurs, ces paiements constituent du népotisme financé par l’argent des contribuables. Ils dénoncent également le fait que le Parti libéral du Canada est directement lié à cette firme, qu’il a embauchée pour lui fournir des services numériques et du soutien dans l’élaboration de sa base de données sur ses partisans.

Justin Trudeau a plaidé que ses députés avaient eu recours à Data Sciences pour traiter des dossiers de circonscription et il a assuré qu’il y avait une séparation nette entre le travail politique et le travail parlementaire.

« Nous nous sommes toujours assurés de respecter toutes les règles », a-t-il déclaré devant la Chambre des communes le 23 juin dernier.

Un porte-parole du Parti libéral du Canada a confirmé par courriel que la formation politique collabore toujours avec cette firme pour profiter d’une variété d’innovations numériques.

« L’utilisation que fait le Parti libéral du Canada de la Libéraliste [base de données partisane] n’a aucun lien avec le travail parlementaire des députés libéraux et les informations des bureaux parlementaires ne sont pas partagées avec le parti », a répondu Braeden Caley.

Nos messages envoyés au siège social montréalais de Data Sciences n’avaient pas reçu de réponse non plus pour le moment.

Lors du débat du comité parlementaire sur l’éthique, la co-vice-présidente et députée libérale Brenda Shanahan a rejeté les accusations des conservateurs en qualifiant la démarche de « chasse aux sorcières » et de « faux scandale ».

Elle a affirmé devant le comité que son bureau faisait appel à Data Sciences pour son soutien technique et parce qu’il s’agit d’une entreprise canadienne qui offre des services en français et en anglais.

Michael Barrett a fait savoir, mardi, que les conservateurs discutaient avec les autres partis d’opposition sur les moyens disponibles pour fouiller ce dossier plus en profondeur.

« Ils étaient solidaires dans l’objectif d’obtenir des réponses », a-t-il dit.

M. Barrett n’est pas allé jusqu’à dire que les libéraux devraient cesser de faire affaire avec la firme de M. Pitfield, mais il a réitéré qu’il fallait d’abord en savoir plus sur la nature des contrats.

La Chambre des communes fait relâche pour l’été et doit reprendre ses travaux en septembre, mais des rumeurs persistantes laissent croire qu’une campagne électorale fédérale sera déclenchée avant la reprise.

Le Parti conservateur s’est servi de l’histoire des liens entre les libéraux et Data Sciences pour solliciter des dons auprès de sa base militante dans un récent courriel. On peut y lire que le chef Erin O’Toole va nettoyer les dégâts à Ottawa et qu’il est le seul véritable choix éthique pour occuper le siège de premier ministre.