(Ottawa) Fragilisée par une fronde à l’interne, la cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a répliqué en accusant des membres du conseil fédéral de la formation de « racisme » et de « sexisme ». Elle a aussi tiré à boulets rouges sur Justin Trudeau, l’accusant d’avoir une part de responsabilité dans la crise qui secoue sa formation.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

La première femme noire de confession juive à la tête d’un parti politique national au Canada s’est livrée à une charge à fond de train contre des membres du conseil fédéral de sa formation en conférence de presse au parlement, mercredi.

« Ça n’allait jamais être [facile] », a-t-elle laissé tomber en soutenant que ces conseillers non élus dont elle « a hérité » à son arrivée n’étaient pas en phase avec les membres du Parti vert, qui « ont approuvé [son] programme de façon retentissante ».

Alors que « leur mandat est sur le point d’expirer », un petit groupe de conseillers a cherché à l’éjecter en formulant des « allégations si racistes, si sexistes, qu’elles ont immédiatement été désavouées par [leurs] députés » car « offensantes et incendiaires », a-t-elle tonné.

Les propos auxquels Annamie Paul fait référence se trouvent dans un document qui a fuité dans des médias, dont La Presse, avant son arrivée au micro. On y lit notamment qu’elle a « agi avec une attitude autocratique d’hostilité, de supériorité et de rejet » ; « de longs monologues agressifs et répétitifs » lui sont reprochés.

En plus de s’en prendre à des conseillers de son propre parti, la cheffe verte s’est attaquée au premier ministre et au Parti libéral, qui a repêché son ancienne députée Jenica Atwin. Elle leur a attribué une partie de ses déboires.

« À Justin Trudeau, je dis : vous n’êtes pas un allié, ni un féministe […] Je suis une femme qu’il ne poussera pas hors de la politique », a-t-elle martelé. Taxant les libéraux de « cyniques », elle les a accusés de « semer la division et créer le désarroi au sein du Parti vert du Canada » dans leur quête d’une majorité en Chambre.

Ultimatum du conseil

La dirigeante a reçu un ultimatum du conseil fédéral de sa formation, mardi : à défaut de condamner les propos que son conseiller principal a tenus à l’endroit de son ex-députée Jenica Atwin, elle fera face à un « vote de non-confiance » le 20 juillet prochain.

PHOTO ÉTIENNE RANGER, ARCHIVES LE DROIT

La nouvelle députée libérale Jenica Atwin

Réunis en séance extraordinaire jusqu’à tard en soirée, les conseillers ont adopté une motion stipulant que la cheffe devait accoucher d’une déclaration commune avec l’un des deux députés de son caucus, Paul Manly, pour « répudier les attaques de Noah Zatzman et soutenir explicitement le caucus ».

Si les critères de la motion ne sont pas respectés, « un vote de non-confiance envers la cheffe aura lieu le 20 juillet 2021, conformément à la Constitution du Parti vert du Canada », a indiqué Liana Canton Cusmano, présidente par intérim du conseil fédéral.

En conférence de presse, Annamie Paul n’a pas fait part de ses intentions à cet égard, arguant n’avoir pas vu la motion, qui a été relayée dans plusieurs médias. Après avoir passé 18 minutes à faire une déclaration dans les deux langues, elle a consacré sept minutes à répondre aux questions de trois journalistes, puis est partie.

Différends sur le conflit israélo-palestinien

La bisbille au Parti vert a éclaté après que Noah Zatzman, le bras droit d’Annamie Paul, a attaqué une élue du caucus, Jenica Atwin, en l’accusant d’antisémitisme pour son emploi du terme « apartheid » israélien, et en affirmant son souhait de la voir battue à l’investiture verte.

La députée du Nouveau-Brunswick a traversé l’allée pour rejoindre les libéraux la semaine dernière. Elle a mentionné le comportement du conseiller de la cheffe comme l’un des facteurs l’ayant incitée à quitter le Parti vert, qui perdait ainsi le tiers de sa députation.

Dans ses nouveaux habits libéraux, Jenica Atwin y est allée d’une mise au point concernant sa position sur le conflit israélo-palestinien. Elle qui avait assuré vendredi dernier à La Presse qu’elle persistait à qualifier la situation en Israël d’« apartheid » a écrit lundi qu’elle « regrett[ait] que [son] choix de mots ait causé du tort à ceux qui souffrent » et que « l’antisémitisme est inacceptable ».

Celui qui est au cœur de ces déchirements internes, Noah Zatzman, a fait référence à cette déclaration dans un message envoyé à La Presse, mercredi. « La députée Jenica Atwin mérite des félicitations pour avoir reconnu que l’antisémitisme n’a aucune place dans la société canadienne, et pour avoir présenté ses excuses pour ses remarques hautement problématiques du 11 mai », a-t-il soutenu.

Annamie Paul a été élue à la tête de la formation le 3 octobre dernier à l’issue d’une course très serrée, au huitième tour de scrutin.