(Québec) Québec nomme l’ex-journaliste de Radio-Canada Anne Panasuk à titre de conseillère spéciale pour le soutien aux familles d’enfants autochtones disparus après avoir été admis dans un établissement de santé québécois. Mme Panasuk est réputée pour son travail journalistique auprès des communautés autochtones.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a confirmé la nomination de Mme Panasuk mardi. Elle l'appuiera dans l’application de nouvelle la Loi autorisant la communication des renseignements personnels aux familles d’enfants autochtones disparus ou décédés à la suite d’une admission en établissement. La loi a été adoptée jeudi dernier à Québec.

Anne Panasuk aura le mandat de mettre en place et de coordonner un comité de suivi prévu dans la Loi. Elle participera aussi à la mise en place de la Direction de soutien aux familles au sein du Secrétariat des Affaires autochtones – une nouvelle structure qui devra accompagner les familles souhaitant avoir accès à des documents permettant d’éclaircir les circonstances entourant la mort ou la disparition d’un enfant avant 1992. Ce bureau doit être en activité à compter du 1er septembre prochain.

« Anne est très bien connue et reconnue par les Premières Nations. Lorsqu’on parle du dossier des enfants disparus ou décédés, on a un déficit de crédibilité, un déficit de confiance avec les Premières Nations. Je suis allé chercher Anne pour son expertise », a expliqué le ministre Lafrenière.

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Anne Panasuk a publié de nombreux reportages sur les Premières Nations, notamment en 2015 sur le drame d’enfants innus et atikamekw disparus après avoir été admis dans des hôpitaux. Son travail à l’émission Enquête de Radio-Canada a permis à des familles autochtones d’obtenir des premières réponses sur la disparition et la mort de leurs enfants, bien des années plus tard.

« Elle a réveillé le Québec en entier sur cette réalité et maintenant, elle va nous aider à la mise en place de solutions », s’est réjoui le ministre Lafrenière. Il précise que Mme Panasuk aura plusieurs mandats et pourra donc le conseiller sur d’autres dossiers.

Elle œuvrait jusqu’à tout récemment à titre de mentore de l’équipe d’enquête du quotidien Le Devoir.

La principale intéressée affirme quitter le journalisme après 39 ans avec peine, mais qu’elle ne « pouvait pas refuser » ce mandat après y avoir tellement travaillé. « C’est tellement extraordinaire de pouvoir poursuivre mon travail que je ne pouvais pas refuser. Je ne pouvais pas refuser d’avoir les outils finalement pour tenter de trouver les réponses que les familles posent depuis des décennies », a-t-elle souligné.

Sa nomination survient alors que le gouvernement du Québec doit présenter au cours des prochains jours son « approche » pour accompagner les communautés autochtones bouleversées par la découverte des restes de 215 enfants sur le site d’un ancien pensionnat de Kamloops en Colombie-Britannique.

« Des fois, on trouve des avis de décès et on ne trouve pas de certificat d’inhumation. D’ailleurs, je pense qu’un peu comme dans le cas des pensionnats il y a des enfants qui ont été enterrés sans certificat d’inhumation. Je pense qu’il y a un modus operandi, là, malheureusement », a-t-elle déclaré.

« Déterrer la vérité »

Elle espère trouver des réponses en accédant aux archives médicales, mais aussi s’intéressant à celles des organisations religieuses, dont les Oblats qui ont œuvré sur la Basse-Côte-Nord et où des enfants sont disparus. La nouvelle loi ne permet cependant pas d’accéder aux informations liées aux pensionnats.

Sa nomination a réjoui le Regroupement Awacak, créé dans la foulée de la mise en œuvre de la nouvelle loi, qui représente 30 familles autochtones qui ont perdu au total 45 enfants disparus ou décédés. Mardi, des Innus de Pakuashipi sur la Basse-Côte-Nord et des Atikamekw avaient fait le trajet pour assister à l’annonce.

Le chef de Pakuashipi, Guy Mestenapéo, a salué son arrivée. « Je suis très content qu’une fois pour toutes la vraie vérité soit déterrée », a-t-il lancé avec beaucoup d’émotions. Lui-même a vu deux de ses sœurs dans les années 70 disparaître de la communauté après avoir été envoyées à Blanc-Sablon pour être soignées. Il n’a encore aucune idée des circonstances entourant leur disparition, a-t-il dit.

Il est difficile d’estimer avec exactitude combien d’enfants autochtones sont disparus au Québec. « Il suffit de tendre l’oreille et, dans les trois communautés atikamekw que ce soit Manawan, Obedjiwan ou Wemotaci, il y a des familles qui ont perdu des enfants. Alors, j’en ai aidé plusieurs. […] Et, après ça, c’est les Anishnabe qui se rajoutent, c’est les Cris à Eeyou. On a entendu les Naskapis dernièrement », a soutenu Mme Panasuk.

Documentée par l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), la disparition d’enfants autochtones malades, dans les années 1970 notamment, a marqué les esprits par les récits troublants livrés par des familles innues de la Côte-Nord et atikamekw de la Haute-Mauricie. Des cas ont aussi été rapportés dans les années 1980.

L’histoire était toujours sensiblement la même : un enfant autochtone tombait malade, il était transféré à l’extérieur de la communauté pour être soigné, mais ne revenait jamais. Au moins 24 cas de disparitions d’enfants ont été rapportés lors des travaux de la commission d’enquête fédérale au Québec. Des enfants ont aussi été déclarés morts alors qu’ils avaient été adoptés à l’insu de leurs parents.