L’intervention de Denis Coderre dans le but d’aider Montréal à conserver le Grand Prix du Canada suscite plusieurs interrogations. On est en droit de se demander si le candidat aux élections municipales est le nouvel « homme de la situation » pour le gouvernement du Québec.

Mario Girard
Mario Girard La Presse

Rien n’est moins sûr.

Cette histoire, rapportée par Le Journal de Montréal lundi, nous apprend que le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a demandé à l’ancien maire de Montréal d’utiliser ses contacts afin de l’aider à obtenir une entente pour le Grand Prix du Canada.

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L’ancien maire de Montréal Denis Coderre tentera de retourner à la tête de la Ville lors des élections de novembre prochain.

En quelques appels téléphoniques et deux coups de cuillère à pot, Denis Coderre a arrangé ça. Du moins, c’est ce qu’il raconte.

Denis Coderre a téléphoné au président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), Jean Todt, et à l’entourage du président et chef de la direction de la Formule 1, Stefano Domenicali. Il a résumé cette opération de cette façon : « C’était l’affaire d’une journée. Ils répondent vite au téléphone quand je les appelle. »

Du grand Denis Coderre !

Préparez-vous à entendre souvent ce genre de chose au cours des prochains mois. L’homme veut montrer qu’avec lui, les problèmes se règlent facilement et rapidement.

Précisons que Denis Coderre a été embauché par la FIA au début de 2019. Mais le politicien affirme qu’il n’a plus de lien professionnel avec l’organisation depuis un an et qu’il a laissé à Pierre Fitzgibbon le soin de mener directement les négociations avec ces deux importants acteurs.

Résultat : deux années supplémentaires ont été ajoutées au contrat, le prolongeant ainsi jusqu’en 2031.

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Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

Cette affaire ramène une fois de plus la question des liens qu’entretient le ministre Fitzgibbon avec les adversaires de Valérie Plante. Retournons un instant en octobre dernier. Des rumeurs allaient bon train quant à la manière avec laquelle le ministre favorisait en coulisses certains candidats.

C’est Bernard Drainville qui avait lancé la chose en affirmant sur les ondes du 98,5 FM que le ministre était « au centre de discussions » pour trouver un adversaire à Valérie Plante.

Il était alors question de Guillaume Lavoie, avec qui je m’étais entretenu à ce sujet. Le candidat m’avait juré qu’il n’avait pas eu de contact avec le ministre. De son côté, Pierre Fitzgibbon avait nié tout engagement de sa part.

« Guillaume Lavoie, je ne le connais pas, donc je ne peux pas le supporter, et deuxièmement, je suis ministre de l’Économie, ce n’est pas à moi de porter des jugements sur qui devrait être maire ou non à Montréal », avait alors déclaré le ministre.

Guillaume Lavoie ne s’est pas porté candidat à la mairie de Montréal, mais il est devenu, quelques semaines après l’arrivée en scène de Denis Coderre, un solide allié de celui qui espère reconquérir la mairie de la ville.

Ancien rival de Valérie Plante (il a été battu par elle lors de la course à la direction de Projet Montréal en 2016), Lavoie tente maintenant de ravir la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension au nom d’Ensemble Montréal.

Si Pierre Fitzgibbon ne craint pas aujourd’hui de dire qu’il a eu des contacts avec Denis Coderre, il faut savoir qu’il misait sur un autre cheval il y a à peine cinq mois.

En janvier dernier, il ne cachait pas ses liens avec Félix-Antoine Joli-Coeur.

L’ancien conseiller de Gérald Tremblay et de Pauline Marois avait reconnu avoir parlé au ministre de l’Économie pour lui faire part de ses intentions de se porter candidat à la mairie de Montréal tout en ajoutant qu’il voulait travailler à reconstruire les ponts entre Montréal, Québec et Ottawa.

« C’est pas comme ça qu’on doit diriger une ville, avait-il confié à Radio-Canada. […] Valérie Plante, c’est des chicanes constantes avec les commerçants, les membres de son parti, à peu près tout le monde, dans à peu près tous les dossiers. »

Cette déclaration relançait de plus belle l’idée que le courant ne passe pas du tout entre Montréal et Québec.

Deux mois après avoir été nommé à la tête de Ralliement pour Montréal (RPM), Joli-Coeur s’est retiré en évoquant une « erreur stratégique » de sa part. C’est aujourd’hui Marc-Antoine Desjardins qui est à la barre de RPM.

La question que l’on doit se poser est la suivante : quel Denis Coderre est intervenu auprès de la FIA et de la Formule 1 ?

L’ancien maire qui a une certaine expérience dans le domaine ? Le candidat que Québec a choisi d’appuyer ? Ou le candidat qui veut donner l’illusion d’une proximité avec le gouvernement provincial ?

Je penche pour la troisième option.

Au cabinet de la mairesse Valérie Plante, on prend la chose avec un grain de sel. « C’est un stunt de campagne, m’a dit une source. Le renouvellement était déjà sur les rails. Je ne crois pas que les [appels] de Coderre ont eu un si gros impact. »

Des sources du monde des affaires m’ont confié que derrière les intentions de Pierre Fitzgibbon, il n’y avait qu’un seul objectif : celui de régler correctement ce dossier.

Québec finira sans doute par afficher sa préférence. Pour le moment, on attend, on s’évalue. On calcule.