(Québec) Insatisfait de la réforme de la loi 101 déposée par le gouvernement caquiste, le Parti québécois (PQ) propose une série de mesures plus dures pour renverser le déclin de la langue française, avec un objectif pour 2031 : que trois allophones sur quatre choisissent le français, plutôt qu’un sur deux actuellement.

Patrice Bergeron La Presse Canadienne

« On est devant un déclin jamais mesuré : en 150 ans, jamais on est tombé en dessous de la barre de 80 % de locuteurs francophones, en matière de langue d’usage », a affirmé le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, en conférence de presse lundi à l’Assemblée nationale.

Dans son « plan d’urgence », le PQ recommande notamment la maîtrise du français obligatoire pour les immigrants économiques, la réduction des seuils d’immigration en fonction de la capacité d’accueil du Québec, rendre un cours de français par session obligatoire dans les cégeps de langue anglaise, et va jusqu’à proposer une solution à la controverse du « bonjour/hi ».

Autre exigence : rendre l’attribution de subventions, contrats ou avantages à une entreprise conditionnelle au respect de la Charte de la langue française. Ou encore, imposer une épreuve uniforme de français pour les étudiants anglophones.

« Des gestes courageux »

« Ce sont des gestes courageux qui ne vont pas nous rendre plus populaires, mais qui vont nous rendre crédibles, soucieux et responsables », a résumé le porte-parole en matière de langue, Pascal Bérubé.

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a rappelé que son prédécesseur, René Lévesque, et son ministre Camille Laurin, père de la loi 101, avaient eux-mêmes été qualifiés d’extrémistes.

« Ils se sont fait traiter d’extrémistes, de nazis, pour avoir dit la vérité en matière de langue. Eux se faisaient insulter et ont tenu le fort. »

Renverser la tendance

Plusieurs des mesures du plan d’urgence péquiste recoupent des articles du projet de loi 96 présenté jeudi dernier par le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette, une pièce législative contenant plus de 200 articles.

« Les démographes qui se sont prononcés sur le projet de loi 96 disent tous que ce projet de loi ne renversera pas la tendance du déclin de la langue française », a argué M. St-Pierre Plamondon.

« La seule tendance que le gouvernement veut assurer, c’est qu’il soit réélu », a renchéri M. Bérubé.

Cibles chiffrées

À la vision caquiste, le PQ veut opposer un plan d’action qui inclut des cibles chiffrées, en pourcentage à atteindre et d’échéances à respecter, condition essentielle selon lui si on veut vraiment avoir un impact sur la tendance lourde actuelle, qui joue contre le français.

Le PQ misera sur une hausse significative d’environ 20 points de pourcentage des transferts linguistiques pour atteindre son objectif. D’ici 2031, il croit réaliste de voir la proportion d’allophones qui adoptent la langue française comme langue d’usage à la maison passer d’environ 55 % à 75 % en 10 ans.

L’opposition péquiste va réclamer que l’évolution des transferts linguistiques fasse désormais l’objet d’une évaluation annuelle.

D’ici 10 ans, le PQ veut faire en sorte de ramener à 82 % la proportion de Québécois ayant le français pour langue d’usage, soit le taux prévalant en 2011. Cela entraînerait une hausse d’environ quatre points de pourcentage par rapport à la situation actuelle.

« Bonjour/hi »

Sur l’enjeu controversé du fameux « bonjour-hi », la langue d’accueil dans les commerces de Montréal, le PQ propose un certificat de bonne conduite remis aux commerçants soucieux de s’adresser à leurs clients en français.

« C’est une valeur ajoutée pour ceux qui respectent les règles », a dit M. Bérubé.

Cérémonie d’accueil

En outre, mesure symbolique pour valoriser l’appartenance et l’intégration, le PQ implanterait une cérémonie annuelle d’accueil pour tous les immigrants qui ont reçu leur Certificat de sélection du Québec (CSQ), organisée par le député de la circonscription.

Enfin, le Parti québécois propose que le titulaire du ministère de l’Immigration soit aussi ministre responsable de la Langue française.