(Québec) François Legault a essuyé une pluie de critiques mardi à l’Assemblée nationale pour des propos jugés maladroits tenus devant le Conseil du patronat (CPQ).

Caroline Plante
La Presse Canadienne

Malgré tout, « je ne regrette pas ce que j’ai dit », a déclaré le premier ministre à la période des questions.

L’opposition a passé la majeure partie de la journée à dénoncer la déclaration de M. Legault à l’effet qu’« à chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne moins de 56 000 $, j’empire mon problème ».

À l’inverse, avec « un immigrant qui gagne plus de 56 000 $, j’améliore ma situation », a-t-il ajouté. « On a un sérieux problème de salaire moyen au Québec. On ne va pas faire exprès pour l’empirer. »

Ces phrases ont été prononcées dans le cadre de l’assemblée générale virtuelle du CPQ vendredi dernier. Le contenu de la conversation a été dévoilé lundi par Radio-Canada.

La députée Ruba Ghazal, de Québec solidaire (QS), a demandé à M. Legault s’il entendait par là qu’il y avait des « bons » et des « mauvais » immigrants.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

La deputée de Québec solidaire, Ruba Ghazal

Elle a affirmé se lever en Chambre « à titre d’immigrante ».

« J’ai été profondément blessée par les propos tenus par le premier ministre du Québec sur les immigrants », a-t-elle dit.

« J’ai travaillé longtemps dans des usines, et ce que j’ai entendu de sa part, ça m’a rappelé la manière dont on parle des produits sur des chaînes de montage.

« Les immigrants ne sont pas des objets, encore moins des numéros. Ce sont des êtres humains », a-t-elle ajouté.

La députée de Mercier a témoigné que ses parents étaient arrivés au Québec sans « belles jobs à 56 000 $ », mais qu’aujourd’hui, leur fille était une fière députée de l’Assemblée nationale.

Visiblement, à l’époque, la famille Ghazal aurait été un « problème » pour le premier ministre, a lancé l’élue.

Mais François Legault persiste et signe : « Je ne regrette pas ce que j’ai dit. Au Québec, on veut plus d’immigration économique puis on veut d’abord créer des postes qui sont mieux payés.

« Je n’ai aucun problème à ce que ça soit répété. »

Vision à court terme

Certes, mais les entreprises ne cherchent pas toutes des diplômés universitaires, a plaidé de son côté le Parti libéral du Québec (PLQ).

Sa cheffe, Dominique Anglade, a dénoncé la « vision à court terme » de M. Legault.

« Les caissières, cuisiniers, livreurs, travailleurs agricoles, ça aussi, ce sont des travailleurs essentiels, et que leur dit le premier ministre ? Que ces employeurs-là nuisent à sa moyenne qu’il veut atteindre.

« Les postes vacants, dont les salaires sont inférieurs à 56 000 $ par année, n’intéressent tout simplement pas le premier ministre.

« (S)a vision […] est non seulement déconnectée de la vraie vie, mais c’est carrément indécent de juger de la valeur d’une personne ou d’un emploi seulement par le salaire annuel », a-t-elle renchéri.

Pour sa part, le Parti québécois (PQ) a accusé le premier ministre de faire dans « l’affairisme », cette tendance à s’occuper sans états d’âme d’affaires d’argent, et de négliger le critère du français.