(Québec) Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, assure que les nouvelles révélations de Louis Robert dans son livre paru mercredi touchent des enjeux qui sont « connus » et « au cœur de [l’]action » du gouvernement Legault. Il se dit « tout à fait confortable » avec la démarche de l’agronome et n’a pas l’intention de revoir ses actions à la suite des nouveaux constats du lanceur d’alerte.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Deux ans après ce qui est désormais appelé l’« affaire Louis Robert », le fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) publie Pour le bien de la terre, livre dans lequel il lève le voile sur les pressions indues de l’industrie des engrais et des pesticides. Il écrit que ces entreprises ont « la mainmise sur une partie de notre agriculture ».

Louis Robert n’est pas tendre envers son employeur, le MAPAQ, ni envers l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ). Il écrit qu’il aurait pu « espérer une meilleure défense » alors que des « lobbyistes » tentaient de l’empêcher de faire son travail. Il déplore le fait que ceux qui devraient agir en « berger » ont plutôt laissé « la porte ouverte aux entreprises ».

« Les questions que M. Robert soulève sont vraiment au cœur de mon action, de ce que je fais depuis que je suis entré en poste », a réagi M. Lamontagne en entrevue. Il n’avait pu lire l’ouvrage de l’agronome, qui a été publié mercredi, mais a expliqué que ses équipes lui en avaient « résumé » le contenu.

« Oui, je vais certainement lire [son livre] parce que ça m’intéresse au plus haut point », a-t-il assuré.

Plan d’agriculture durable

Le ministre estime que « les enjeux dont on discute aujourd’hui [dans le livre de M. Robert] sont des choses qui sont connues » et sur lesquelles ses équipes sont « mobilisées ». Il cite la présentation de son Plan d’agriculture durable, qui est assorti d’une enveloppe de 125 millions.

Il ajoute que le travail mené pour cette politique est « son baromètre » lorsqu’on lui demande si le ministère de l’Agriculture et ses fonctionnaires peuvent encore faire l’objet de pressions de la part de l’industrie.

Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais je sais que c’est moi qui ai déclenché le développement du Plan d’agriculture durable, c’est moi qui l’ai présenté, et entre le moment où je l’ai déclenché et [le moment où je l’ai] présenté, je n’ai jamais eu aucune pression ni aucun commentaire […] pour influencer ce qu’on était en train de faire.

André Lamontagne, ministre de l’Agriculture

Le cabinet du ministre Lamontagne a aussi rappelé que le Plan d’agriculture durable avait été « très bien accueilli, notamment par le scientifique en chef du Québec, Équiterre et le titulaire de la Chaire de recherche en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais, qui ont participé à l’annonce en compagnie du ministre ».

On souligne également la présentation, en octobre dernier, de la Politique sur la conduite responsable en recherche, en collaboration avec le Fonds de recherche du Québec, « qui vise à garantir l’indépendance de la recherche au sein des centres de recherche et d’expertise soutenus financièrement par le MAPAQ ».

André Lamontagne n’a pas l’impression que Louis Robert règle ses comptes dans son livre. Il estime qu’il a « vécu quelque chose de pas mal unique » et que son livre est le « constat » qu’il fait, fort de son expérience de 30 ans au sein du Ministère. « Pour lui, c’est la façon qu’il juge appropriée [de] composer avec ce qu’il a vécu et la contribution qu’il veut faire et, honnêtement, je suis tout à fait confortable avec ça », a-t-il dit.

Les partis de l'opposition inquiets

Reste que ces nouvelles révélations inquiètent les partis de l’opposition à Québec. Le député péquiste Sylvain Roy ne mâche pas ses mots : « Force est de constater que le gouvernement, c’est un gouvernement sous influence et que le ministère de l’Agriculture est encore noyauté par l’industrie des pesticides », a-t-il lancé.

M. Roy a participé à la commission parlementaire sur les pesticides, qui a déposé un rapport l’an dernier.

On a fait des recommandations, un travail sérieux. Le ministre est arrivé avec son Plan d’agriculture durable, qui à mon avis ressemblait plus à un plan marketing qu’à un vrai plan pour faire une transition environnementale dans l’agroalimentaire au Québec.

Sylvain Roy, député du Parti québécois

Le Parti libéral a réclamé que le gouvernement Legault déclenche une enquête sur les pratiques de l’OAQ. Les libéraux soulignent que « dans son livre, [Louis Robert] met de l’avant certaines pratiques douteuses de l’Ordre des agronomes du Québec ».

Québec solidaire a déposé mercredi une motion – qui a été battue par la CAQ – pour que l’Assemblée nationale « prenne acte du témoignage troublant de l’agronome Louis Robert », qu’elle « rappelle le rôle fondamental des lanceurs d’alerte » et qu’elle « souligne le courage de M. Robert » et le remercie pour sa contribution.