(Ottawa) Même s’il ne le « prend pas personnel », le premier ministre du Canada estime que Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ont erré en publiant une photo de lui vêtu d’habits traditionnels indiens pour illustrer l’arrivée du variant B.1617.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le problème que dit voir Justin Trudeau dans ce choix éditorial, c’est qu’il est susceptible de stigmatiser la communauté indo-canadienne.

« Je ne le prends pas personnel ; à un niveau personnel, ce n’est pas préoccupant », a-t-il laissé tomber en conférence de presse, vendredi matin.

Mais ce que je trouve avoir été une erreur de jugement, ç’a été d’alimenter une intolérance qu’on voit malheureusement, qu’on a vue depuis le début [de la pandémie], envers les Canadiens d’origine asiatique, et qui pourrait s’étendre vers la communauté indo-canadienne.

Justin Trudeau

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

La une du Journal de Montréal de jeudi dernier

Plaidant que cette pandémie « est un moment pour nous de se rapprocher les uns des autres », le premier ministre a fait valoir que « tout ce qui crée des occasions de stéréotyper ou d’amener de l’intolérance devrait être évité pendant cette crise, et en temps normal aussi ».

La une des deux tabloïds a provoqué un tollé au sein de la classe politique québécoise et fédérale.

À Québec, le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, l’a critiquée.

« Nous assistons à une recrudescence d’actes racistes visant les personnes d’origine chinoise depuis le début de la pandémie. Avec des représentations semblables, on risque d’alimenter les préjugés », a-t-il écrit sur Twitter, jeudi.

Le rédacteur en chef du Journal de Montréal, Dany Doucet, a défendu la page frontispice en soutenant que « ceux qui n’ont pas compris » son intention « n’ont certainement pas lu les textes à l’intérieur, comme trop de commentateurs le font parfois ».

On voulait exposer « la décision difficile que Justin Trudeau doit prendre au sujet des frontières canadiennes et des vols arrivant de l’Inde », alors qu’il a « plusieurs fois démontré avoir un attachement personnel pour l’Inde », a-t-il dit dans une déclaration publiée sur le site internet du Journal.

« Nomenclature respectueuse » des variants

Le premier ministre a par ailleurs dit privilégier la nomenclature scientifique pour identifier les variants de la COVID-19. Car les nommer en mettant l’accent sur les pays d’où ils émanent risque de stigmatiser les pays en question, estime-t-il.

« Juste parce qu’un variant a été découvert ou d’abord documenté dans un endroit, ce n’est pas nécessairement l’endroit [où il est apparu] », a soutenu le premier ministre.

« Stigmatiser un pays ou un groupe de gens, c’est une mauvaise idée », a-t-il ajouté.

« Essayer d’utiliser la nomenclature respectueuse, ce serait une priorité pour moi », a-t-il conclu.

La nomenclature scientifique pour le variant indien est le B.1617.