(Québec) La condition féminine ne fait pas exactement partie des priorités d’Éric Duhaime, qui vient de se faire élire chef du Parti conservateur du Québec, dimanche.

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne

Le Québec formant déjà selon lui une société « très égalitaire », son parti n’a pas à promouvoir la parité de candidatures féminines lors des élections, et le gouvernement qu’il formerait n’aurait pas à financer les organismes voués à améliorer les conditions de vie des femmes.

Grand défenseur des libertés individuelles, campé à droite de l’échiquier politique, l’ex-animateur de radio de Québec considère que l’objectif de parité hommes-femmes en politique, « c’est de la parure », rien de plus.

« Je veux pas mettre d’objectif d’avoir des femmes pour des femmes. On veut pas de poteaux. C’est ridicule », a tranché Éric Duhaime, lundi, en entrevue à La Presse Canadienne, au lendemain de sa victoire.

On comprendra qu’il ne s’engage nullement à présenter autant de femmes que d’hommes sous la bannière conservatrice lors du scrutin d’octobre 2022. Tout au plus, donnera-t-il à l’ex-ministre fédérale et sénatrice Josée Verner le mandat de tenter de convaincre des femmes de se joindre à son équipe.

Il constate à ce sujet que son parti attire davantage les hommes que les femmes, sauf dans le rôle de bénévole. « J’ai rien que des gars qui m’envoient leur CV (curriculum vitae) », pour devenir candidat, note celui qui entend bien présenter des candidats dans les 125 circonscriptions aux prochaines élections générales. Lui-même se présentera dans une circonscription de Québec.

S’il devient premier ministre du Québec, le cofondateur du Réseau Liberté Québec et ancien candidat défait de l’Action démocratique (ADQ) en 2003 dirigera un État minimaliste, qui se tiendra loin, très loin, de l’interventionnisme allégué de ses prédécesseurs.

Pour les femmes, le changement pourrait être brutal.

Questionné à savoir ce qui adviendrait du financement public des groupes et organismes associés à la cause des femmes, il n’a pas caché son souci de promouvoir « un État neutre », qui ne cherche pas à corriger les inégalités.

« Ce n’est pas le rôle du gouvernement de prendre des fonds publics et de promouvoir de l’activisme, d’un côté ou de l’autre », a-t-il fait valoir, convaincu que l’État n’a pas « à exacerber les tensions entre les sexes ».

Invité à préciser sa pensée, il insiste : « Un État, il faut que ce soit neutre. On n’a pas à financer des sous-groupes d’un côté ou de l’autre. J’aime pas l’État qui prend position », a tranché le chef conservateur, allergique à toute forme de « discrimination positive ».

S’il devient premier ministre, rien n’indique qu’il nommerait une ministre de la Condition féminine. Questionné à ce propos, il évite le sujet, en alléguant que la gouvernance devrait faire partie des enjeux à discuter avec les membres en congrès. Mais il insiste pour dire que le Québec est déjà « très égalitaire ».

Ces derniers jours, le Québec a rapporté son dixième féminicide depuis le début de l’année. Invité à commenter cette situation, il dit s’interroger sur la pertinence d’employer le mot « féminicide », plutôt qu’homicide ou meurtre. « Le mot féminicide, je ne le connaissais pas, jusqu’à il y a quelques jours », dit-il avouer « candidement ».

Questionné sur la pertinence des revendications du mouvement féministe au Québec, en 2021, il déplore que l’égalité, selon lui acquise entre hommes et femmes, ne soit pas davantage reconnue.

« Il faudrait célébrer ça au Québec, au lieu de revendiquer. Je trouve qu’on revendique beaucoup et qu’on ne célèbre pas beaucoup. »

Dans les prochains mois, il aura fort à faire en prévision de la campagne électorale : trouver les 125 candidats, monter une organisation, recueillir le financement, revoir et s’approprier le programme du parti, qui vit une « crise de croissance », avec 14 000 membres au lieu de 700 l’automne dernier. Un congrès est prévu à l’automne.

Chose certaine, le programme actuel du parti loge à droite et ne fait pas la part belle aux revendications féministes.

Un gouvernement conservateur s’opposera à tout quota d’embauche basé sur le sexe dans la fonction publique québécoise et abolira toute politique de discrimination positive favorisant l’embauche de minorités visibles.

Le modèle québécois des services de garde éducatifs à coût modique, qui a contribué à accroître la place des femmes sur le marché du travail, serait revu. Pour assurer une liberté de choix, on verserait directement une allocation de 800 $ par mois aux parents, de manière à remplacer le financement public des centres de la petite enfance (CPE). On miserait sur la concurrence entre les garderies.

Comme c’était le cas avant les années 80, les femmes pourraient porter légalement le nom de leur mari.

Un gouvernement formé par le Parti conservateur du Québec imposerait un régime minceur à l’État, qui devrait se départir de toute activité non essentielle. La pertinence de chaque société d’État sera réexaminée. Le monopole de la Société des alcools du Québec (SAQ) sera aboli. En culture, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) serait privatisée. Le privé serait aussi mis davantage à contribution dans le réseau de la santé.

On peut se demander ce qu’il resterait du rayonnement international du Québec quand un parti s’engage à abolir le ministère des Relations internationales et de la Francophonie et à fermer toutes les délégations du Québec à l’étranger « sans exception ».

Parmi les autres mesures prônées par le parti, notons la volonté d’éliminer les mesures fiscales et l’aide directe et indirecte aux entreprises, qui verraient leur fardeau fiscal diminué.

Le nombre de circonscriptions passerait de 125 à 78 et le nombre maximal de ministres serait fixé à 20.

Sur le plan environnemental, le pouvoir du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) deviendrait « moins contraignant pour les promoteurs ».

M. Duhaime, qui s’est fait élire en formulant une critique virulente de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement Legault, veut imposer un virage plus nationaliste au parti qu’il dirige.

Il dit avoir voté pour le parti de François Legault, la Coalition Avenir Québec (CAQ), au cours des trois dernières élections, mais constate que « ce parti-là n’a pas livré la marchandise » et que son chef « est resté un péquiste avec un nouveau logo ».

Selon lui, les conservateurs, les anciens adéquistes, les gens de centre droit, « François Legault les a trahis » pour se faire élire.