(Ottawa) Le chef conservateur Erin O’Toole a renversé mardi la position de son prédécesseur sur les dépenses en aide internationale, affirmant que s’il était élu, un gouvernement conservateur ne réduirait pas ce budget.

Stephanie Levitz
La Presse Canadienne

Mais il a dit qu’il chercherait à rétablir les précédents programmes d’aide étrangère des conservateurs qui associaient les fonds à des résultats précis et mesurables.

« Je veux maintenir et moderniser et rendre plus responsable notre financement du développement », a-t-il déclaré lors d’un évènement virtuel avec Coopération Canada, une organisation-cadre pour les agences de développement international.

« Il n’y aura pas de coupes. L’accent sera renouvelé sur les résultats. »

Lors de l’élection fédérale de 2019, le chef conservateur de l’époque, Andrew Scheer, s’était engagé à réduire l’aide étrangère de 25 %, alléguant que le Canada était trop généreux avec son soutien à l’étranger, en particulier pour les pays à revenu intermédiaire.

Même si c’était une ligne populaire dans les discours de M. Scheer devant les partisans, cette décision avait été vigoureusement critiquée par le secteur de l’aide internationale, qui jugeait que cela minerait la réputation du Canada.

Pas plus tard que la semaine dernière, les libéraux ont accusé les conservateurs de revendiquer toujours ces compressions alors que les partis débattaient de leurs bilans respectifs en matière d’aide étrangère.

M. O’Toole a reconnu mardi que la pandémie avait eu un impact considérable sur les progrès dans le monde, mais a ajouté que la manière de résoudre ce problème ne pouvait être décidée que bien après la fin de la pandémie.

Principes de l’approche O’Toole

Il a tout de même cherché à exposer certains des principes de son approche en matière de politique étrangère.

La promotion de la paix, de la justice et des droits de la personne serait un objectif central, a précisé M. O’Toole.

Cela comprendrait la réouverture du Bureau de la liberté de religion, un poste quasi diplomatique autonome créé par l’ancien gouvernement conservateur, mais devenu un élément du ministère des Affaires mondiales sous les libéraux.

M. O’Toole a noté qu’avec la persécution des musulmans ouïghours en Chine, des chrétiens du Moyen-Orient et une montée de l’antisémitisme dans le monde, la lutte pour les libertés religieuses est importante.

« Nous ne pouvons tout simplement pas rester silencieux », a-t-il soutenu.

Le chef conservateur a également cherché à établir un lien entre sa position agressive contre la Chine et l’engagement de ce pays dans l’aide internationale, accusant le régime chinois de « militariser » l’aide pour élargir sa sphère d’influence.

« Sur le front humanitaire, mais aussi dans notre combat pour la démocratie, nous ne pouvons pas laisser le champ libre aux mauvais acteurs qui n’ont pas la compassion et les valeurs sincères que nous avons », a-t-il souligné.

L’influence de l’aile sociale-conservatrice

Cet engagement de M. O’Toole est annoncé quelques jours avant le début du congrès conservateur, cette semaine, durant lequel les membres de la base visent à façonner la plateforme du parti pour les prochaines élections.

Pendant des années, l’aile sociale-conservatrice du parti a cherché à dominer la convention et à inscrire son opposition à l’avortement dans les positions officielles du parti.

Lorsque le parti était au gouvernement, ses membres ont également essayé de faire avancer leurs idées au Parlement, mais sur les deux fronts, ils ont rarement eu de succès — sauf sur le développement international.

Une déclaration du gouvernement conservateur de l’ancien premier ministre Stephen Harper selon laquelle l’aide canadienne ne pourrait pas être utilisée pour financer des avortements à l’étranger est l’une des rares fois où les groupes antiavortement ont remporté une victoire politique.

L’engagement, cependant, continuerait à colorer le programme d’aide emblématique des années Harper, et dont M. O’Toole a parlé en termes élogieux mardi : l’Initiative de Muskoka.

M. Harper avait déclaré que la santé maternelle était un objectif clé de l’aide étrangère sous son gouvernement.

Lorsque le Canada a dirigé le G8 en 2010, il a été le fer de lance d’un effort qui a permis de financer plus de 7,3 milliards US à l’échelle mondiale sur cinq ans pour des programmes axés sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants. Bien que l’argent ait amélioré la situation, le fait qu’aucun des fonds du Canada ne puisse soutenir les services d’avortement a été une tache sur la contribution du Canada, car de nombreux organismes de santé soutiennent que l’accès à l’avortement sécurisé est un élément crucial de la santé maternelle et reproductive.

Les libéraux ont renversé l’interdiction de financement lorsqu’ils ont formé le gouvernement, mais n’ont pas écarté la question de leurs attaques politiques contre les conservateurs.

Soutien à l’approche Harper

Pendant la course à la direction du parti, M. O’Toole avait déclaré qu’il soutenait l’approche de Stephen Harper et la maintiendrait en place.

Erin O’Toole a affirmé mardi que le monde avait besoin de plus de programmes comme l’Initiative de Muskoka, avec des repères spécifiques afin que les gens puissent voir où et comment leurs dollars d’aide sont utilisés.

La gouvernance des Nations unies, les missions de maintien de la paix et d’autres collaborations internationales ont également besoin de réformes pour garantir une meilleure reddition de comptes, a-t-il ajouté.

« Je veux m’assurer que nous élaborons des objectifs de développement clairs et réalisables, que nous les finançons et que nous favorisons des partenariats », a-t-il indiqué.

« Et ainsi, ces engagements envers les droits de la personne, la dignité et la démocratie vont colorer tout ce que nous faisons d’un point de vue diplomatique, de développement, de sécurité et militaire. »