(Ottawa) « Hypocrite », « méprisable », « arrogant », « ignorant ». Le vote de la Chambre des communes reconnaissant l’existence d’un génocide contre les Ouïghours au Xinjiang a inspiré une litanie de reproches à l’ambassade de la Chine au Canada.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Pour la seconde fois en moins de deux semaines, un porte-parole de la mission de Pékin à Ottawa a publié une déclaration au vitriol contre le gouvernement canadien. La semaine passée, c’était en réaction à une initiative canadienne contre la détention arbitraire. Mardi, l’adoption d’une motion voulant qu’un génocide soit perpétré contre la minorité musulmane ouïghoure lui a inspiré une nouvelle sortie virulente.

Tout en arguant que « les enjeux du Xinjiang ne concernent pas les droits humains, l’ethnicité ou la religion », mais bien « la lutte contre le terrorisme violent et la sécession », le représentant de l’ambassade condamne le « geste disgracieux » des élus fédéraux, qui constitue selon lui une « grossière ingérence dans les affaires de la Chine » et une « provocation malveillante à l’endroit des 1,4 milliard de Chinois ».

Et les tentatives du Canada de mettre la Chine au ban est clairement vouée à l’échec, tranche le porte-parole, Zhang Haitao. « Nous exhortons ces politiciens à cesser de s’ingérer dans les affaires internes de la Chine, de cesser d’utiliser l’enjeu lié au Xinjiang pour leurs propres intérêts, et de cesser de prendre part à cette farce anti-Chine, sans quoi ils finiront par s’humilier eux-mêmes ».

Le régime chinois ne veut surtout pas d’un effet boule de neige dans le concert des nations, croit Guy Saint-Jacques, qui a été ambassadeur à Pékin de 2012 à 2016. « Les Chinois vont réagir fortement, ne serait-ce que pour essayer d’empêcher d’autres pays d’adopter des motions semblables », présidait-il lundi, avant le vote aux Communes.

Les élus fédéraux ont adopté lundi par un vote de 266-0 une motion stipulant « que la Chambre reconnaisse qu’un génocide est actuellement perpétré par la République populaire de Chine contre les Ouïghours et d’autres musulmans turciques ». Grâce à un amendement bloquiste, elle exige également le déménagement des Jeux olympiques de Pékin en 2022.

En référence à ce passage de la motion, le porte-parole reproche également aux élus de chercher à « se faire du capital politique en jouant la carte de la Chine », de se livrer à « un battage sur l’enjeu des Jeux d’hiver de Pékin en se basant sur des mensonges politiques », et donc, de « politiser » le sport. « Quel égoïsme, quelle étroitesse d’esprit ! », peste-t-il.

Le premier ministre Justin Trudeau et son conseil des ministres n’ont pas voté. Seul le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, s’est prononcé dans le processus. « Je m’abstiens au nom du gouvernement du Canada », a-t-il déclaré virtuellement, s’attirant des reproches audibles des élus qui siégeaient en personne à la Chambre des communes.

La semaine passée, l’ambassade chinoise au Canada avait critiqué avec véhémence la Déclaration contre la détention arbitraire dans les relations d’État à État, une initiative canadienne qui ne pointait aucun pays du doigt. La détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, qui croupissent en prison depuis plus de deux ans était toutefois clairement derrière la démarche instiguée par le gouvernement du Canada.