(Québec) Pas assez pour les banlieues, trop pour le centre-ville. C’est en somme l’opinion que se fait François Legault du projet de réseau structurant dans la capitale, qui tarde à débloquer au grand dam de Régis Labeaume.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« On va mettre 3,1 milliards pour le tramway au centre-ville puis un petit 200 millions pour les banlieues. Nous, ça ne fait pas notre affaire », a lancé le premier ministre jeudi lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.

Longue de 23 kilomètres, la ligne de tramway doit se rendre de Cap-Rouge à l’ouest jusqu’à Charlesbourg au nord-est, tout en passant par le centre-ville.

Le gouvernement du Québec avait déjà promis de financer 1,8 des 3,3 milliards que doit coûter le projet. Mais la Ville de Québec a changé ses plans en court de route rappelle le gouvernement.

Devant l’explosion des coûts, elle a abandonné l’idée d’implanter des « trambus » vers certaines banlieues. Elle les a remplacés par des voies réservées moins coûteuses.

« À l’époque il y avait à peu près, sur un projet de 3 milliards, 2 milliards prévus pour le tramway puis un 1 milliard pour la desserte des banlieues », a expliqué le premier ministre. « Le maire de Québec est revenu à la charge avec un nouveau projet où, maintenant, il y a 3 milliards […] pour le tramway. »

Régis Labeaume n’a pas réagi à la sortie du premier ministre. Mais jeudi matin, il a réitéré qu’il n’avait pas l’intention de modifier son projet.

« Tout le monde voudrait qu’on fasse le tour de la ville avec le tramway mais on n’a pas d’argent pour ça », a lancé le maire de Québec. Selon lui le blocage au gouvernement est « politique ».

« On a un plan complet qui est le tramway, la couronne périphérique et le transport à la demande, qui en passant va faire un tabac. Notre plan est là, dit-il. Il est complet, pensé et réfléchi depuis des années. »

Québec est l’une des rares villes canadiennes de 500 000 habitants et plus sans service structurant de transport en commun, aime rappeler le maire. La semaine dernière, il se réjouissait des annonces d’investissement qui se suivent à Montréal, sans manquer de relever que sa ville était en reste.

« On a la désolante impression que Québec est considéré comme un village », se lamentait le maire.

Le gouvernement n’a toujours pas indiqué quelle était clairement sa vision pour desservir les banlieues. La vice-première ministre, Geneviève Guilbault, parlait mercredi de Val-Bélair, de Loretteville, et de « toutes sortes d’endroits » qui devront être desservis. Elle assurait que le gouvernement et la Ville étaient en discussion.

Les oppositions fustigent le gouvernement

Régis Labeaume peut compter sur l’appui des partis d’opposition. Tour à tour jeudi, ceux-ci ont dénoncé l’impasse qui prévaut dans ce dossier.

« Le maire veut aller de l’avant. Le fédéral est à la table, tout le monde est à la table. Il y a une chaise vide, puis c’est celle du gouvernement du Québec », a dénoncé la cheffe libérale, Dominique Anglade.

La co-porte-parole de Québec solidaire trouve quant à elle « incompréhensible que ce projet-là ne soit pas déjà commencé ».

Manon Massé estime que le tramway représente la première étape vers une meilleure desserte des banlieues. « Quand tu mets une maison, tu ne commences pas par les murs, tu commences par les fondations puis tu mets la structure de base. »

Le gouvernement n’a tout simplement pas la volonté politique de soutenir le tramway de Québec, croit quant à lui Paul St-Pierre Plamondon. « S’il y avait une bonne volonté politique de faire atterrir le projet, ça ferait un bout que le projet serait en chantier », note le chef du Parti québécois.

Le maire de Québec répète qu’il est prêt à lancer un appel d’offres pour trouver le consortium qui réalisera le projet. Il n’attend que le feu vert de Québec. Ottawa a promis 1,2 milliard et la ville assumera les 300 millions restants.