(Ottawa) Le gouvernement « prend très au sérieux les allégations de génocide » de la minorité musulmane des Ouïghours au Xinjiang, en Chine, mais n’est pas encore prêt à le reconnaître officiellement, a plaidé mercredi le premier ministre Justin Trudeau.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Depuis le début de la semaine, à la Chambre des communes, plusieurs élus du Parti conservateur talonnent le gouvernement libéral, l’exhortant à prendre position de manière formelle, alors que les médias continuent de documenter la situation dans l’est de la Chine.

Ils ont accru la pression mercredi, Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste.

« Des enquêtes indépendantes ont déjà été menées. Elles sont fondées sur des témoignages de survivants, des images satellites et des fuites de données du gouvernement chinois. Les preuves sont claires […], le gouvernement devrait les croire », a martelé l’élu albertain Garnett Genuis.

« Pourquoi le premier ministre est-il toujours assis sur la clôture et refuse-t-il de répondre aux questions et de reconnaître ce génocide ? », a-t-il lancé.

Le premier ministre Justin Trudeau a répliqué qu’Ottawa prenait « les allégations de génocide extrêmement au sérieux », et qu’il s’agissait là de la raison pour laquelle « nous suivons les bons processus pour établir notre point de vue et notre position officielle à ce sujet ».

Le gouvernement canadien travaille en partenariat avec les États-Unis et d’autres partenaires dans l’objectif « d’aller de l’avant de manière concertée », a-t-il ajouté, disant comprendre « la volonté d’agir rapidement sur ce point ».

En octobre dernier, le sous-comité des droits internationaux de la personne de la Chambre des communes a conclu à l’existence d’un génocide.

« À la lumière des témoignages qu’il a recueillis au cours de ses audiences, en 2018 et en 2020, le sous-comité est persuadé que les gestes du Parti communiste chinois constituent un génocide aux termes de la Convention sur le génocide », lit-on dans son rapport.

Le constat avait provoqué la furie de Pékin.

« Ces déclarations sans fondement sont pleines de mensonges et de désinformation […] et cela reflète l’ignorance et les préjugés de ces Canadiens. La Chine déplore et rejette fermement cela », a tempêté le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian.

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Marc Garneau, a affirmé plus tôt cette semaine que « les preuves de plus en plus nombreuses d’une campagne de répression systématique ne peuvent être ignorées ».

Il a argué qu’Ottawa comptait poursuivre ses pressions « pour qu’une enquête soit menée par un organisme international indépendant afin que des experts impartiaux puissent observer la situation directement ».