(Ottawa) Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a entamé des démarches pour chasser « le plus rapidement possible » le député Derek Sloan du caucus. Il lui interdira par ailleurs de se présenter sous la bannière de la formation aux prochaines élections.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« L’acceptation par Derek Sloan du don d’un suprémaciste blanc bien connu est bien pire qu’une grossière erreur de jugement ou qu’un manque de diligence raisonnable », a déclaré le leader conservateur dans un communiqué, lundi soir.

« J’ai entrepris le processus pour expulser M. Sloan du caucus du Parti conservateur du Canada. Je m’attends à ce que ce soit fait le plus rapidement possible. De plus, à titre de chef des conservateurs du Canada, je ne permettrai pas à M. Sloan de se présenter comme candidat pour notre parti », a-t-il ajouté.

Le racisme est une maladie de l’âme, inconciliable avec nos valeurs profondes. Il n’a pas de place dans notre pays. Il n’a pas de place au Parti conservateur du Canada. Je ne le tolérerai pas.

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur, dans un communiqué

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Erin O’Toole

Le chef ne peut décider seul de montrer la porte à un membre du caucus. En vertu de la Loi instituant des réformes, les membres doivent tenir un vote secret pour trancher à ce sujet.

L’annonce de cette sanction survient après que le site de gauche Press Progress a rapporté que Paul Fromm, un suprémaciste blanc dont les affections pour la mouvance néonazie ont été documentées dans plusieurs articles de médias, avait fait un don de 131 $ à la campagne à la direction de Derek Sloan.

Le député ontarien a terminé au dernier rang de la course.

Les registres d’Élections Canada montrent que la contribution a été faite par Frederick Fromm, un nom sous lequel se présente l’homme. Dans les cercles néonazis, 131 est un code alphanumérique signifiant « Anti Communist Action », selon la Ligue antidiffamation, un organisme de défense des droits des États-Unis.

« Cette personne a fait un don à la campagne à la chefferie de Derek Sloan en août, mais pas à M. O’Toole ou au Parti conservateur. Comme le prévoient les règles de la course à la chefferie, le parti a simplement traité les dons aux campagnes à la chefferie », a noté le directeur des communications du parti, Cory Hann.

Dans les heures précédentes, Erin O’Toole avait publié une longue déclaration pour se défendre d’une proximité avec l’extrême droite, signalant qu’il n’y avait « pas de place » pour cette mouvance au sein du parti qu’il dirige.

« Si les libéraux veulent me dépeindre comme quelqu’un ‟d’extrême droite”, ils peuvent toujours essayer. Les Canadiens sont intelligents et ils vont voir que c’est une tentative de tromper les gens et d’attirer une part de la peur et de la division que nous avons vues aux États-Unis », soutenait-il dimanche.

Sloan se défend

Représentant de la frange socialement très à droite du parti, Derek Sloan a notamment accusé la patronne de la Santé publique canadienne, la Dre Theresa Tam, d’être à la solde du régime chinois. Plus récemment, il a appuyé une pétition stipulant entre autres que la campagne de vaccination contre la COVID-19 était comparable à une expérience sur des cobayes humains.

Sur Twitter, le député ontarien a plaidé l’innocence. « Je n’ai jamais été informé de ce don », a-t-il souligné dans une enfilade de gazouillis, lundi soir.

« Paul Fromm est un nom connu pour certains, mais pas pour tous, et de toute évidence, ce nom, qui était mélangé à des milliers d’autres dons, n’a pas attiré l’attention de mon équipe », a-t-il argué en précisant qu’il avait demandé aux autorités du parti de renvoyer le don à son expéditeur.